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13 août 2008

Pas de subprimes dans l'édition française

Décidément, on ne lit jamais assez la presse l’été quand on est journaliste. OK, je ne parle que de moi. Et c’est donc piteuse, un peu, que je vous relaie une info déjà rance, épinglée le 10 juillet par le magazine Challenges et étayée dès le lendemain par le site livreshebdo.fr (signé cch).
Même rance, l’information reste  savoureuse et la valse des chiffres enivrante. Vous allez donc découvrir qu’on peut bien, fort bien même, vivre de sa plume. Mais quelles que soient les sommes, elles ne concernent que des exceptions : écrivain est majoritairement un métier de laborieux, l’équivalent d’une classe sociale très moyenne pour ceux qui décident de vivre de leur plume. Autrement dit, il y a des chances pour que la plupart de ces audacieux (ceux qui, je le répète, ne vivent que de leur plume) fassent partie des 42 % de Français qui ne sont pas partis en vacances cet été.
Quant aux chanceux dont il est question dans le texte et pour faire taire les mauvaises langues, Amélie Nothomb est belge et ne doit donc pas dépendre du régime fiscal français, Marc Levy est un résident londonien (de longue date), mais Guillaume Musso et Anna Gavalda résident en France (mais pas au même endroit). Muriel Barbery, quant à elle, vivrait au Japon.

On ne pleurera pas non plus sur le sort des éditeurs. A noter que Francis Esménard est l’heureux promoteur des textes de Bernard Werber, Katherine Pancol et Amélie Nothomb, et qu’Arnaud Lagardère concentre en son giron une bonne partie des éditeurs parisiens (Fayard, Grasset, Stock, Calmann Levy, Harlequin, Livre de Poche, Lattès, Le Masque, etc. ET etc.). Dernière précision enfin : Jacques Glénat est le bienfaiteur de tous les amateurs de mangas puisque c’est lui qui, le premier, a édité des mangas en France.

Voici donc l’article publié dans l’édition électronique de Livres Hebdo, cette sainte Bible du journaliste littéraire francophone :

Le livre peut rapporter gros

Selon le classement annuel du magazine Challenges, 7 écrivains ont gagné plus d'un million d'euros en un an et 5 éditeurs se classent parmi les 500 plus grandes fortunes de France.

L'édition du 10 juillet du magazine Challenges propose un classement des 10 écrivains les mieux rémunérés de juin 2007 à juin 2008. Selon les estimations de l'hebdomadaire, et sans surprise, c'est Marc Lévy qui occupe la tête du classement avec 2,35 millions d'euros, suivi de près par Guillaume Musso avec 2,02 millions, talonné lui même par Anna Gavalda, qui ferme la marche du trio de tête avec 2,01 millions.

Cette année, cinq femmes prennent place parmi les dix meilleurs. Muriel Barbery (4e place avec 1,98 million d'euros), Amélie Nothomb (7e rang et 1,01 million), Katherine Pancol (8e avec 842 400 euros) et Fred Vargas (9e, 653 000 euros) rejoignent Anna Gavalda.

Au total, ce sont sept écrivains dépassent le million annuel. Marc Levy, Guillaume Musso, Anna Gavalda, Muriel Barbery, Daniel Pennac (5e avec 1,74 million), Bernard Werber (6e avec 1,31 million) et Amélie Nothomb.

Challenges fait ses calculs à partir des chiffres sorties caisses et hors club en appliquant le pourcentage touché par les auteurs : au minimum 15% du chiffre d'affaires, ce pourcentage pouvant s'élever jusqu'à 25% dans certains cas.

Cinq éditeurs au patrimoine conséquent

Par ailleurs, parmi les 500 plus grosses fortunes françaises classées par l'hebdomadaire, on compte 5 éditeurs. Arnaud Lagardère (Lagardère, maison mère d'Hachette Livre) fait la course en tête puisqu'il se classe 65e avec 611 millions euros, qui comprend ses activités dans l'aéronautique et les médias. Il chute toutefois de 10 places par rapport à 2007.

Les 4 autres sont certes loin derrière, mais tous « en progression ». Francis Esménard (Albin Michel) et Antoine Gallimard (Gallimard) se classent respectivement 226e (150 millions d'euros) et 254e rang (135 millions).

Jacques Glénat (Groupe Glénat) arrive à la 349e place avec 90 millions. Enfin, Hervé de la Martinière (La Martinière groupe) se place en 410e position avec 70 millions.

22 octobre 2006

Un prématuré pour le Goncourt ?

C’est demain, mardi 24 octobre, que le jury Goncourt rend publique sa troisième et dernière liste avant de remettre son prix le 6 novembre prochain. L’information paraît anodine, mais les critiques littéraires sont pourtant plus excités qu’à l’habitude. Pourquoi ? Parce qu’on est plus d’un à soupçonner les honorables jurés de proclamer en hussards leur prix plus tôt que prévu.

 


Ce ne serait pas tout à fait une première : en 2003, Jacques-Pierre Amette avait ainsi bénéficié de l’effet de surprise en étant récompensé quelques jours avant le D day. On s’en souvient comme d’une façon de marquer le coup pour les 100 ans du Prix.

 

Cette année, exceptionnellement, les principaux prix littéraires, Goncourt, Renaudot, Médicis, Femina et Académie française sont tous en ligne comme pour le départ d’une grande course. Généralement, les années sans sel, chaque jury trouve son lauréat (flanqué ou précédé de sa maison d’édition), sans trop empiéter sur les plates-bandes des autres. On s’arrange. On fait contre mauvaise fortune bon cœur, on rattrapera son Seuil l’année prochaine en se consolant d’un Gallimard. Choses comme ça. Je caricature peut être. Ou pas.

 

Mais cette année, il s’agit bel et bien d’une course au livre. LE livre qui figure sur TOUTES les listes, les Bienveillantes de Jonathan Littell, dont vous avez tous, que vous le vouliez ou non, entendu parler. Le brillant pavé de 900 pages, détrôné de la première place des ventes de Livres Hebdo (la référence, la bible des journalistes littéraires, mais aussi le premier fournisseur d’idées des critiques littéraires en mal d’avis personnel) au début du mois seulement par la sortie du dernier Bernard Werber.

 

 

Alors, qui décernera le plus vite ?

medium_Bienveillantes.3.JPGIl se dégage une drôle d’impression de ce manège. Habituellement, un Prix met en valeur et consacre un livre. Un prix littéraire est un argument de vente et de prestige pour un roman. D’ailleurs, les ouvrages récompensés ne sont-ils pas enjolivés d’un bandeau rouge précisant la gratification, quelques jours après qu’ils l’ont reçue ? Sauf que là, c’est l’inverse !

 

L’imposant livre de Littell est la queue du Mickey que chaque jury semble vouloir s’arracher. Comme s’il dépendait de cette consécration l’honneur et le standing du Prix qu’ils représentent. Ne pas passer à côté d’un livre dont on dira à coup sûr dans dix ans qu’il était le livre du début du XXIe siècle (en paraphrasant un peu Semprun), et y appliquer son label.

 

 

Donc, le jury Goncourt donne sa dernière liste demain. Si tout se passe normalement, l’Académie française remet ensuite son prix jeudi prochain, et les Femina et Médicis le lundi suivant, le 30 octobre. Le Goncourt, lui, décerne son prix encore une semaine après. La tentation doit être grande, quand on est le prix littéraire français le plus coté, le plus prestigieux, de griller les copains pour récompenser LE livre avant eux. Car il serait très très très étonnant qu’aucun de ces trois prix, qui ont tous distingué le livre événement de la rentrée, n’ait l’idée de consacrer Littell.

 

Autrement dit, si Littell doit avoir le Goncourt, il l’aura demain ou jamais.

Alors, on pourra espérer le 6 novembre, voir un Michel Schneider recevoir le Prix au Drouant pour son livre très remarqué sur Marilyn Monroe.Un scénario plus ridicule serait que plusieurs prix récompenseraient les Bienveillantes.

Et ce serait vraiment stupide que ce roman certes monumental (et que nous avons, à 20 minutes, été parmi les premiers le 21 août à souligner, hop, un coup de brosse en passant), éclipse la qualité d’une rentrée littéraire épatante, roborative et très épanouissante pour les amoureux des livres.

Et ce serait stupide aussi de faire son malin et de ne pas récompenser ce livre considérable, sous prétexte que tout le monde ou presque est d’accord sur sa qualité, sous prétexte aussi que le public n’a pas eu besoin de la préconisation d’un Prix pour en sentir la valeur, sous prétexte enfin qu’on ne voudrait pas être suiveur sur une telle affaire.

 

Et Jonathan Littell dans tout ça ?  A-t-il les mains moites de stress, craque-t-il sous la pression, est-il sous medium_Littell_2.3.JPG

Euphytose et millepertuis à hautes doses ? D’après ce qu’il m’a confié en sortant de l’interview (cf 20 minutes du 28/09), son grand projet en cours serait d’apprendre l’espagnol. Il a emménagé à Barcelone cet été, parce que sa femme, d’origine belge, a été mutée sur place.

 

Il n’est d’ailleurs pas du tout en train d’écrire un deuxième roman. Non, non, il range ses cartons et se plonge dans la lecture des grands philosophes, ce qui, d’après lui, pourrait lui prendre un bon bout de temps puisque le succès de son livre lui permet de vivre sans penser à travailler dans les mois qui viennent. Parce que, dit-il, il a vraiment de grosses lacunes à combler.

Un garçon exigeant. Qui, du reste, n’a absolument pas prévu de revenir en novembre chercher un prix.

Sa promo française semble l’avoir éééépuisé. Répéter tout le temps la même chose, voir tous ces journalistes, parler d’un livre bouclé depuis longtemps, cela l’a fatigué, et surtout, cela ne l’intéressait pas. Ce garçon, qui vient d’avoir 39 ans ce mois-ci, n’a ni la vocation d’un VRP, ni une dépendance aux médias. Et ne s’intéresse qu’à ce qui le passionne (si vous voulez mon avis).

 

… Quant à ceux qui s’étonneraient de voir ressurgir une morte de son tombeau, qu’ils se rassurent : la bloggeuse va bien, mais elle a été bien occupée. Pas seulement : ce truc-là, le blog, c’est un peu comme le gymnase club. On prend l’abonnement (on ouvre sa page) ; on y va consciencieusement au début, et puis on décroche sans même s’en apercevoir.

Je le confesse, c’est ce qui s‘est passé. Mais puisque le symptôme a découvert sa maladie, je ne devrais pas m’absenter si longtemps. C’est justement comme le sport aussi : quand on s’y est mis vraiment, on ne peut plus s’en passer. Pas de promesses, donc, la meilleure garantie pour des rendez-vous à venir.

 
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