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04 septembre 2008

« La littérature n’est pas une activité d’anorexique »

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(interview publiée dans le 20 minutes du 25/08/08)
-Régis Jauffret, Lacrimosa est votre nouveau roman. Dans ce livre, vous donnez la parole à un écrivain qui revient sur les quelques mois de son histoire d’amour avec une jeune femme, après qu’elle s’est donné la mort. C’est la première fois que vous écrivez quelque chose d’aussi personnel…
Oui, c’est la première fois. Cela m’a semblé nécessaire de le faire. Je me suis dit que si je n’écrivais pas ce livre, alors il ne servait à rien d’écrire. Je n’en sais pas plus aujourd’hui, sinon que l’écriture en  a été difficile. Il m’est plus facile d’imaginer que de chercher à trouver 
une réalité qui s’est déroulée.

-Ce dialogue entre un écrivain et une défunte renvoie-t-il à la relation entre un artiste et sa création, ou un romancier avec ses personnages ?
Je ne me pose pas beaucoup de questions sur la littérature. La Recherche théorique en ce domaine m’a toujours échappé. Les questions que je me pose sont simples et concernent le pouvoir qu’aurait la littérature à faire revivre des gens, ou l’illusion de penser que les arts ont des  pouvoirs occultes. Les questions simples appellent une infinité de réponses et sont donc insolubles et intéressantes. Les questions complexes sur le style ou la réflexion littéraire, même si elles ont l’air intelligent et  compliqué, aboutissent rapidement à des réponses précises et sans intérêt.

-La presse littéraire plébiscite ce livre qui pourrait faire un excellent Prix Goncourt…
C’est une malchance, la plupart du temps, les favoris ne l’ont pas ! J’ai accepté avec un grand plaisir les honneurs dont on m’a gratifié, comme le 124082034.jpgPrix Fémina pour Asile de fous en 2005 ou le Prix France Culture-Télérama l’an dernier pour Microfictions. Je serais donc ravi si je l'avais. Cela dit,  j’ai vécu 53 sans prix Goncourt, et je peux continuer encore pendant un demi-siècle.

-Pour un écrivain, un prix littéraire est important parce qu’il signe la reconnaissance de ses pairs… ou pour les chiffres de vente qu’il génère ?
Les deux. Le Prix Femina m’a fait sortir d’une sorte d’underground littéraire ce qui, en France, correspond à sortir de nulle part, puisque nous n’avons pas ici de littérature underground. Le danger des prix, c’est de rendre un écrivain académique. Et pour moi qui suis de plus en plus «intranquille » pour reprendre Pessoa, ce sera de toute façon impossible.

-Il y a une question que je ne vous ai pas posée et qui vous énerve, c’est quand on vous fait remarquer que vous écrivez beaucoup…
Oui, je trouve que c’est une drôle de question. Un athlète gagnera-t-il une médaille d’or en natation en allant à la piscine une fois par semaine ? Balzac, Joyce, Flaubert, Faulkner, Roth ont tous abondamment écrit. La littérature n’est pas une activité d’anorexique. On dit aussi qu’écrire est une souffrance. Comme si un écrivain souffrait plus qu’une caissière, ou un aide-comptable que son patron injurie toute la journée.

Propos recueillis par Karine Papillaud

Pour la Nuit blanche (4 au 5 octobre), 100 acteurs se relaieront pour lire les Microfictions de Régis Jauffret au théâtre du Rond Point. L’auteur y  lira à son tour Lacrimosa du 5 au 31 décembre 2008.


10:09 Publié dans Interviews | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : régis jauffret

 
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