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30 août 2007

Sarkozy par Reza : mes révélations

Vous vous êtes faits avoir par le titre de la note, hé hé. Les fâchés iront directement lire la liste à la fin.

J’ai lu le livre mais n’en ai toujours pas compris le titre : L’Aube, le soir ou la nuit. Le fameux livre dont Nicolas Sarkozy est le héros, écrit par Yasmina Reza. Quelqu’un peut-il m’éclairer ?


Est-ce un roman ? Non, mais l’éditeur n’a pas tranché. Pourtant, c’est dans la catégorie des romans que les  listes de ventes l’ont classé. Et en bonne place puisque le livre est numéro 1 du classement Livres Hebdo une semaine après sa sortie : en tête des romans à la place de l’Elégance du hérisson de M. Barbéry, et en tête du Top 20, devant un manuel… de conjugaison. Les médias voulaient de l’événement ? Le voilà ! Il lui a fallu deux jours pour atteindre le haut du podium : sorti en librairie le vendredi 24 août (jour de la Saint Barthélemy), premier le dimanche 26 ! Les 100 000 exemplaires ne suffisent déjà plus, l’éditeur a fait retirer 115 000 exemplaires qui alimenteront les librairies, déjà à court, ce vendredi.


Alors tout ça, c’est bien joli, un phénomène, ça nous occupe, les journalistes, et puis les chiffres, ça fait enquête, bref on est content (et bing, une balle dans le pied : j’ai signé un papier dans le même sens pour 20 minutes). Mais… le livre ?


Le projet de Yasmina Reza est passionnant : extirper le romanesque des situations politiques, hisser ces personnages que sont les hommes politiques jusqu’au littéraire. Mais. Pour faire court, L’Aube, le soir ou la nuit (Flammarion) n'est pas un document mais un  carnet de campagne, écrit par un écrivain qui n’a pas eu l’intention de jouer au journaliste. Pendant un an, elle a suivi le ministre puis le candidat dans ses déplacements. C’est qu’il est remuant. Patiemment, elle a noté les petites phrases, consigné ses propres observations, écouté l’entourage. Pas en groupie, mais en observatrice, parfois attendrie, lucide le plus possible. Sarkozy n’a livré aucune confidence, mais s’est montré librement : odieux ou touchant, la palette est large, il ne fait pas l’effort de composer. On ne découvre rien de lui que la presse n’ait déjà raconté : il n’était pas dans l’intention de Yasmina Reza d’écrire un livre racoleur, mais d’utiliser l’homme politique comme support littéraire. Ce que j’en ai compris.

Plaisant à lire, le livre n'est pourtant pas à la hauteur de son ambition. Il est probable que le charisme de son personnage ait empêché l’écrivain de s'en distancier ou de se l'approprier. Le livre ne s’élance pas, le projet a échoué. L’auteur le sent bien, se trahit parfois auprès du lecteur. P. 23, elle dit « Je ne crois pas que le ministre de l’Intérieur soit plus fort que moi ». On en doute : à la fin du livre, elle évoque par exemple ses prises de notes monotones (p 126). Finalement, elle ne le suit pas jusqu’au bout (juin 2007) mais s’arrête après l’élection. Peut être qu’elle n’a pas obtenu ce qu’elle cherchait. Peut être aussi n’a-t-elle pas eu le temps de laisser reposer suffisamment sa matière avant d’écrire. On ne lui en voudra pas. On imagine même que ce thème n'a pas fini de la hanter et qu'elle nous surprendra sans doute dans quelques mois.

Pour tous ceux qui n’ont pas envie de le lire mais qui voudraient quand même en parler, voici de quoi bricoler une petite panoplie de cuistre :

-    Le livre consigne minutieusement les fautes de français du président (je n’indique pas, elles sont citées partout dans la presse)

-    Il dit beaucoup « hein », forme de ponctuation

-    Les choses qu’il n’aime pas faire, il les fait à la lettre, docilement

-    Il claudique. On le voit, mais elle est la seule à le dire


-    « Sympa l’âne » :  le poster d’un âne dans une charcuterie « Chez Lolo » à Rieutort de Randon, le marque plus que  les gens ou la ville (p 25). Une publicité pour une montre dans une double page de journal retient plus son attention que les titres ou les articles : Il s’attache curieusement au banal


-    Il aime Chimène Badi à la folie


-    Elle dit « Les hommes dont je parle vivent dans un monde où les mots ont le poids de l’hélium. A peine lâchés, ils s’envolent et disparaissent de l’avenir »


-    Il a un chihuahua nommé Big dont il a honte…
-    … mais il entretient une relation mêlée de tendresse et d’admiration fusionnelle pour Henri Guaino, l’auteur de ses discours


-    Il ne sait pas allumer son propre poste de télévision (mais sait se servir de la télécommande)


-    Il a rencontré Marc Levy page 84 et ils ont parlé des chiffres de vente de leurs livres. Deux auteurs de best sellers…


-    « La victoire est belle à côté du vainqueur », p 109 : ce genre de petites phrases pré-cousues pullulent. Elles ne sont pas de l’écrivain


-    Michel Onfray en prend pour son grade à trois reprises (notamment p 115). Elle tacle, Yasmina


-    Vigoureuse et rafraîchissante tirade de la mamie de l’auteur sur les élections p 137

Maintenant, ça suffit, lisez-le ou achetez un autre livre. 727 romans sortent actuellement. De quoi satisfaire les envies les plus éclectiques. 

 

 

 
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