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03 juin 2008

La petite histoire de la Villa Médicis

 

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Qui l’aura ? La Villa Médicis à Rome* est l’enjeu de pas mal d’intrigues depuis trois mois. Rappelez-vous : pendant le dernier salon du livre, en mars, Benamou, conseiller spécial du Président, est nommé directeur de l’académie de France à Rome (donc patron de la Villa Médicis, même chose). Olivier Poivre d’Arvor, pdt de Cultures France prend sa plume et met au grand jour les petits arrangements de Palais. On comprend qu’il se soit un peu énervé : Benamou s’est proposé pour reprendre la Villa avec son projet. Sans être susceptible, on le prendrait forcément mal. Les milieux culturels qui ne peuvent pas supporter Georges Marc (Benamou) et qui s'ennuient un peu en ce moment, sautent sur l'occasion, se joignent à Poivre et c’est une valse qui emporte le landernau dans un vrai petit scandale. Les courageux se comptent toujours en meute, mais rien qu’en meute, c’est bien connu. La danse continue, version samba : l’Elysée recule et organise une commission qui ferait comme si c’était elle qui décidait. Mais c’est quand même Christine Albanel qui prendrait la décision finale, faut pas charrier.


C’est ainsi qu’en avril, une commission s’est constituée autour de Hugues Gall, l'ancien directeur de l’Opéra de Paris. Neuf membres, puisque Pascal Dusapin s’est désisté pour cause d’engagements professionnels. Ils ont sélectionné 10 projets parmi les 35 proposés. Au terme d'un grand oral comme les étudiants de Sciences Po et les thésards de la Sorbonne n'osent pas en rêver (3/4 d'heure de planche) Et le 28 mai, avec 24h d’avance, m’a précisé Hugues Gall pas peu fier de cette fougue, ils ont livré une short list à la ministre de la Culture. Frédéric Mitterrand, Olivier Poivre d’Arvor et Sylvain Bellanger (un historien d’art) restent en lice. Roulements de tambour.


Les jurés ont choisi les candidats sur des critères de « combativité, d’imagination, d’ambition et du rayonnement personnel ». Mazette. Hugues Gall ne se cache pas du fait que la commission a été créé pour calmer les esprits médiatiques. « Cette histoire n’a pas beaucoup de sens. Ce qu’on appelle le fait du prince est la règle à Pompidou, Branly, Orsay, dans la plupart des établissements publics à caractère culturel. Ces emplois réservés sont toujours nommés par les chefs d’état ou de gouvernement, ça fait mille ans que cela dure, sous la monarchie comme sous la république ! » Et  c’est vrai.

Un exemple, Bruno Racine : il a été patron de la Villa Médicis, du Centre Georges Pompidou et vient de succéder (avril 2007) à Jean-Noël Jeanneney à la tête de la BNF. Tout un circuit pour cet ancien énarque habitué des cabinets de Chirac et Juppé !
Mais revenons à la short list : on sait que Frédéric Mitterrand est un proche de Carla Bruni. Il a 60 ans tout rond et il ne pourra plus se présenter à la Villa Médicis : la nomination est pour trois ans (et non pas 5 comme me l’a soutenu Hugues Gall), volontiers renouvelable et deux fois si ça peut faire plaisir. La limite d’âge étant 65 ans, le compte est fait : c’est maintenant ou jamais. MM. Bellanger et Poivre d’Arvor, dans la cinquantaine fringante, ont bien tout leur temps, non ?

La Ministre a reçu les impétrants en fin de semaine dernière. Le choix devrait déjà être fait. A moins qu’elle n’attende une consigne du château pour s’exprimer. Mais, en ce cas, à quoi servait cette commission ? Et pourquoi a-t-il été impossible d’en savoir plus sur les programmes des candidats ? (celui de Poivre d’Arvor avait été partiellement rendu public, on sait donc qu’il existe et qu’il pèse) Et pourquoi, au cours de l’entretien qu’il m’a donné, M. Hugues Gall a-t-il parlé de M. Bellanger comme d’une « femme formidable à la personnalité intéressante » ? (j’ai gardé mes notes, troublée) Etait-il fatigué ou a-t-il confondu avec une candidate de la sélection précédente ? Peut-être ont-ils été trop à leur affaire, concentrés, l'esprit tout brouillé en fin de mission...  On notera, au passage, comme tout cela reste une affaire d’hommes.
 
Cette histoire de Villa Médicis aura été une petite fantaisie culturelle, toute fraîche, toute printanière.


*haut lieu du rayonnement de la culture française à Rome. Surtout importante pour les Italiens, donc, avec lesquels les échanges culturels sont ainsi favorisés. Allez voir la fiche wikipedia ad hoc.

(Photo Marie-Lan Nguyen sis wikipedia, libre de droits) 

06 novembre 2007

…au Renaudot

medium_besson.jpgPatrick Besson est un homme parmi les plus intelligents de sa génération, et ils sont pourtant nombreux, les jeunes quinquas. On lui passe autant qu'à un enfant surdoué, même s’il raconte plein de trucs faux sur mon compte, comme un livre que je serais en train d’écrire et que c’est même pas vrai, et qu'il me fatigue avec ça. « Toute une vie passée à écrire sans avoir de prix, c’était pas juste », m’a-t-il dit, patelin, pour expliquer le choix de Daniel Pennac avec Chagrin d’école (Gallimard), tandis que Jean-Noël Pancrazi écrasait un sourire. C’est bien mignon, ça, Patrick, mais Daniel Pennac ne figurait pas sur la liste des derniers sélectionnés et son livre n’est pas un roman. Et Donner, donné favori avec Un roi sans lendemain pour Grasset ? « Je compte beaucoup que Donner ait l’Interallié ! », ponctue Christian Giudicelli, à la rescousse de son coreligionnaire. « Pennac, j’ai beaucoup aimé, explique de son côté Franz-Olivier Giesbert. C’est du Pagnol, pas prise de tête, un bon écrivain populaire. On a voulu rendre un coup de chapeau à l’écrivain » que Jean-Marie-Gustave Le Clézio, en voyage, avait retenu. Il y a chez ces tontons « électeurs », un air potache qui fait plaisir à voir mais qui tranche avec la solennité voulue de la circonstance.

 

Crédit photo : Bruno CHAROY


C’est vrai que c’est amusant de consacrer un lauréat qui ne faisait pas partie de la dernièremedium_pennac03.2.jpg sélection. C’est vrai que c’est amusant de récompenser un auteur qui vient de sortir 230 000 exemplaires de son livre en trois semaines. C’est vrai que c’est amusant de penser que le Renaudot, cette année, se vendra certainement mieux que le Goncourt, avec l’avance prise par Pennac, la renommée de l’écrivain et de son éditeur Gallimard. C’est vrai aussi que ça doit être amusant, quand on est juré Renaudot, de griller la priorité du Prix le plus vendeur de l’automne au Goncourt. Et c’est vrai que ça doit être très amusant de faire enrager les éditeurs en cassant les codes minutieusement établis qui prédestinent les auteurs aux prix mieux que les infantes aux jeunes rois.


Score : Gallimard un Goncourt par truchement, et un Renaudot en nom propre.

C’est un beau bazar maintenant, pour les autres prix en piste. Les Femina et Medicis ont rendu leurs dernières sélections lundi en fin de journée. On imagine que les jurys ont dû sacrément cogiter l’après-midi. Le Baisers de cinéma d’Eric Fottorino était un parfait prix Femina, mais il est griffé Gallimard. Le Prix décembre remis ce mardi, devrait* théoriquement être attribué à Yannick Haenel, un auteur Gallimard de l’écurie Sollers, mais ça fait beaucoup, non ? Et l’excellent La Chaussure sur le toit de Vincent Delecroix à qui on prêtait l’Académie française avant… un changement de cap de l’institution, et à qui on aurait bien vu un Médicis, mais c’est encore un Gallimard ! Olivia Rosenthal, bien placée pour le Wepler, publie chez Verticales, donc dans le groupe de… on n’ose plus dire le nom. Ca glousse autour des buffets. Disons les choses : la production de Gallimard est d’excellente qualité, particulièrement depuis une bonne année. Comme la production des éditions de l’Olivier, remarquable cette rentrée. On pourrait peut-être créer un prix qui récompenserait plus franchement et exclusivement les éditeurs pour la qualité de leur production sur une période donnée. En attendant, on félicite Antoine G qui sait publier des livres et les faire couvrir de prix.

 

*Toutes ces élucubrations ne sont que pures spéculations journalistiques que n’étaye aucune preuve, pensez-bien, sinon une petite expérience et quelques analyses confraternelles sur lesquelles tout le monde s’accorde mais qui ne peuvent pas être sourcées. Sinon les scandales éclateraient plus au jour, et les jurys de prix littéraires seraient sans doute tournants.

 
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