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17 novembre 2006

Vive Bernard Pivot !

Enfin une voix s’élève ! Bernard Pivot a fait sensation avec sa chronique du JDD datée 12/11. Dans le Monde des Livres daté d’hier, mon excellent confrère Alain Beuve-Méry analyse ses propos et les réactions qu’ils ont suscitées cette semaine. B. Pivot préconisait ainsi « une mesure qui devrait être appliquée à l’avenir dans tous les grands prix : interdiction pour un salarié d’une maison d’édition d’accéder aux jurys, interdiction à un juré de devenir le salarié d’une maison d’édition ». Et de conclure : « Ce serait la moindre des choses ; ce serait pourtant une révolution ».
En effet, une REVOLUTION. Si l’on en croit les réactions choquées, outrées, blessées, très cour de Louis XVI, de ses petits camarades. C’est qu’on s’accroche à son fauteuil…

Alain Robbe-Grillet, Dominique Fernandez, Christine de Rivoyre et Denis Roche pour le Médicis, Diane de Margerie, Christine Jordis, Danièle Sallenave du Femina figurent parmi les plus scandalisés. D’autres sont plus nuancés, sans doute plus conscients du problème. Je vous renvoie à l’édifiant article d’Alain qu’on trouve sur le site du Monde (section Monde des livres, dans la rubrique « Pratique », eh oui, cette localisation a toujours le don de m’émerveiller).

L’occasion d’en savoir un peu plus sur les points de vue des uns et des autres, parmi les plus intéressants, comme celui de Didier Decoin, de découvrir l’extrême probité de François Nourissier, et la proposition de Françoise Chandernagor qui suggère « d’interdire de jury les critiques littéraires qui écrivent des romans, afin de corriger le caractère incestueux du système ». Oui, oui et re-oui.

Je biche un peu, forcément, depuis le temps que je brame ce même air, sur ce blog ou ailleurs.

Si j’avais un peu de courage et de temps, je monterais un prix littéraire décerné par un jury tournant de journalistes non romanciers. Mais il existe tant de prix déjà, qu’il me semble plus judicieux de réformer les existants, plutôt que de sortir un énième candidat à la labellisation.

Encore bravo à Bernard Pivot pour sa hauteur de vue. La prise de position d’un homme de lettres aussi aimé et respecté pourrait suffire à enclencher un changement, en espérant que le débat ne s’achève pas avec l’année. A suivre.  

22 octobre 2006

Un prématuré pour le Goncourt ?

C’est demain, mardi 24 octobre, que le jury Goncourt rend publique sa troisième et dernière liste avant de remettre son prix le 6 novembre prochain. L’information paraît anodine, mais les critiques littéraires sont pourtant plus excités qu’à l’habitude. Pourquoi ? Parce qu’on est plus d’un à soupçonner les honorables jurés de proclamer en hussards leur prix plus tôt que prévu.

 


Ce ne serait pas tout à fait une première : en 2003, Jacques-Pierre Amette avait ainsi bénéficié de l’effet de surprise en étant récompensé quelques jours avant le D day. On s’en souvient comme d’une façon de marquer le coup pour les 100 ans du Prix.

 

Cette année, exceptionnellement, les principaux prix littéraires, Goncourt, Renaudot, Médicis, Femina et Académie française sont tous en ligne comme pour le départ d’une grande course. Généralement, les années sans sel, chaque jury trouve son lauréat (flanqué ou précédé de sa maison d’édition), sans trop empiéter sur les plates-bandes des autres. On s’arrange. On fait contre mauvaise fortune bon cœur, on rattrapera son Seuil l’année prochaine en se consolant d’un Gallimard. Choses comme ça. Je caricature peut être. Ou pas.

 

Mais cette année, il s’agit bel et bien d’une course au livre. LE livre qui figure sur TOUTES les listes, les Bienveillantes de Jonathan Littell, dont vous avez tous, que vous le vouliez ou non, entendu parler. Le brillant pavé de 900 pages, détrôné de la première place des ventes de Livres Hebdo (la référence, la bible des journalistes littéraires, mais aussi le premier fournisseur d’idées des critiques littéraires en mal d’avis personnel) au début du mois seulement par la sortie du dernier Bernard Werber.

 

 

Alors, qui décernera le plus vite ?

medium_Bienveillantes.3.JPGIl se dégage une drôle d’impression de ce manège. Habituellement, un Prix met en valeur et consacre un livre. Un prix littéraire est un argument de vente et de prestige pour un roman. D’ailleurs, les ouvrages récompensés ne sont-ils pas enjolivés d’un bandeau rouge précisant la gratification, quelques jours après qu’ils l’ont reçue ? Sauf que là, c’est l’inverse !

 

L’imposant livre de Littell est la queue du Mickey que chaque jury semble vouloir s’arracher. Comme s’il dépendait de cette consécration l’honneur et le standing du Prix qu’ils représentent. Ne pas passer à côté d’un livre dont on dira à coup sûr dans dix ans qu’il était le livre du début du XXIe siècle (en paraphrasant un peu Semprun), et y appliquer son label.

 

 

Donc, le jury Goncourt donne sa dernière liste demain. Si tout se passe normalement, l’Académie française remet ensuite son prix jeudi prochain, et les Femina et Médicis le lundi suivant, le 30 octobre. Le Goncourt, lui, décerne son prix encore une semaine après. La tentation doit être grande, quand on est le prix littéraire français le plus coté, le plus prestigieux, de griller les copains pour récompenser LE livre avant eux. Car il serait très très très étonnant qu’aucun de ces trois prix, qui ont tous distingué le livre événement de la rentrée, n’ait l’idée de consacrer Littell.

 

Autrement dit, si Littell doit avoir le Goncourt, il l’aura demain ou jamais.

Alors, on pourra espérer le 6 novembre, voir un Michel Schneider recevoir le Prix au Drouant pour son livre très remarqué sur Marilyn Monroe.Un scénario plus ridicule serait que plusieurs prix récompenseraient les Bienveillantes.

Et ce serait vraiment stupide que ce roman certes monumental (et que nous avons, à 20 minutes, été parmi les premiers le 21 août à souligner, hop, un coup de brosse en passant), éclipse la qualité d’une rentrée littéraire épatante, roborative et très épanouissante pour les amoureux des livres.

Et ce serait stupide aussi de faire son malin et de ne pas récompenser ce livre considérable, sous prétexte que tout le monde ou presque est d’accord sur sa qualité, sous prétexte aussi que le public n’a pas eu besoin de la préconisation d’un Prix pour en sentir la valeur, sous prétexte enfin qu’on ne voudrait pas être suiveur sur une telle affaire.

 

Et Jonathan Littell dans tout ça ?  A-t-il les mains moites de stress, craque-t-il sous la pression, est-il sous medium_Littell_2.3.JPG

Euphytose et millepertuis à hautes doses ? D’après ce qu’il m’a confié en sortant de l’interview (cf 20 minutes du 28/09), son grand projet en cours serait d’apprendre l’espagnol. Il a emménagé à Barcelone cet été, parce que sa femme, d’origine belge, a été mutée sur place.

 

Il n’est d’ailleurs pas du tout en train d’écrire un deuxième roman. Non, non, il range ses cartons et se plonge dans la lecture des grands philosophes, ce qui, d’après lui, pourrait lui prendre un bon bout de temps puisque le succès de son livre lui permet de vivre sans penser à travailler dans les mois qui viennent. Parce que, dit-il, il a vraiment de grosses lacunes à combler.

Un garçon exigeant. Qui, du reste, n’a absolument pas prévu de revenir en novembre chercher un prix.

Sa promo française semble l’avoir éééépuisé. Répéter tout le temps la même chose, voir tous ces journalistes, parler d’un livre bouclé depuis longtemps, cela l’a fatigué, et surtout, cela ne l’intéressait pas. Ce garçon, qui vient d’avoir 39 ans ce mois-ci, n’a ni la vocation d’un VRP, ni une dépendance aux médias. Et ne s’intéresse qu’à ce qui le passionne (si vous voulez mon avis).

 

… Quant à ceux qui s’étonneraient de voir ressurgir une morte de son tombeau, qu’ils se rassurent : la bloggeuse va bien, mais elle a été bien occupée. Pas seulement : ce truc-là, le blog, c’est un peu comme le gymnase club. On prend l’abonnement (on ouvre sa page) ; on y va consciencieusement au début, et puis on décroche sans même s’en apercevoir.

Je le confesse, c’est ce qui s‘est passé. Mais puisque le symptôme a découvert sa maladie, je ne devrais pas m’absenter si longtemps. C’est justement comme le sport aussi : quand on s’y est mis vraiment, on ne peut plus s’en passer. Pas de promesses, donc, la meilleure garantie pour des rendez-vous à venir.

 
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