Avertir le modérateur

02 septembre 2008

Meilleurs moments d’interview avec Tristan Garcia

J’ai passé une bonne heure au téléphone avec Tristan Garcia pour préparer un article pour 20 minutes. Il a une voix rieuse et timide, et franchement, il ne se prend pas pour une révélation ou un Grantécrivain.
656227299.jpgLa meilleure part des hommes est annoncé comme l’un des meilleurs premiers romans de la rentrée, si ce n’est le meilleur. « Je ne suis pas très bien placé pour en parler, mais ça fait plaisir à entendre », rétorque son auteur, Tristan Garcia. Ce thésard de 27 ans raconte les années 80, dites « les années sida », à travers l’histoire de haine qui déchire le créateur d’une association de lutte, et une icône gay amateur du bareback. Beaucoup y reconnaîtront Guillaume Dustan et Didier Lestrade, le fondateur d’Act Up.

Mais cette époque, Tristan Garcia ne l’a connue qu’en grenouillère ! Ecrit sans documentation préparatoire, le livre n’est pas un roman à clefs. « Je l’ai écrit il y a deux ans, parce que j’étais agacé par le retour massif de l’autofiction. Les auteurs d’autofiction sont « saisis » par leurs textes, mais ils ne saisissent rien de leur époque. J’ai alors décidé d’écrire un roman d’époque sur une communauté qui n’est pas la mienne et avec laquelle j’avais la distance nécessaire pour écrire ».


Tristan Garcia a choisi les années 80, parce qu’elles ne sont plus de l’actualité et pas encore de l’histoire. Pile la bonne place pour une fiction qui raconte l’époque mieux qu’un récit. « Les années 2000, par exemple, sont encore trop proches. C’est la raison pour laquelle, à mon sens, les textes ou films sur le 11 septembre ne marchent pas : on n’a pas la distance ».


Pour un coup d’essai, c’est réussi : dans La Meilleure part des hommes, Tristan Garcia a déjà une personnalité littéraire bien dessinée. Il sait où il 1748744095.jpgemmène son lecteur, dans un style vivant et une histoire remarquablement construite qui croise des personnages plus réalistes que s’ils avaient existé. Passionné de littérature classique, allemande, russe, autant que de la littérature de genre, de SF ou de séries télé, Tristan Garcia s’intéresse à toutes les formes de narration : « les écrivains racontent des histoires mais ils ne sont pas les seuls : le grand récit actuel partagé par tous, c’est la série télé, et ce depuis une quinzaine d’années. Surtout les séries américaines qui sont particulièrement bien faites. La moindre des choses, quand on est écrivain, est d’y être attentif ». Avec des auteurs comme Tristan Garcia, c’est peut-être le retour de « l’histoire » dans le roman français qui se confirme : la bonne et passionnante narration qu’on trouve surtout dans les romans anglo-saxons. On croise les doigts !

Tristan Garcia est content de ce qui lui arrive, mais n’en fait pas un plat. « Je l’ai écrit il y a deux ans, c’est déjà un petit peu loin ». il n’avait même pas essayé de se faire publier, une fois le livre écrit ! « Sans faire de coquetterie, j’avoue que je ne savais pas trop ce que c’était de publier, ni comment m’y prendre. Quand on a fini d’écrire, on croit avoir fini tout court : on se trompe ! ». Sur les conseils d’un ami qu’on remercie, Tristan a envoyé quelques manuscrits aux principales maisons d’éditions parisiennes, a attendu, puis oublié. Neuf mois plus tard, Jean-Marie Laclavetine, un éditeur Gallimard, l’appelait. Il a signé, sans avoir eu besoin de retravailler son texte.
Mais si Tristan Garcia semble très éloigné des cocktails parisiens où on parle tant de lui, c’est certes parce que ce n’est pas son "truc", mais aussi parce qu’il prépare la soutenance de sa thèse, programmée en novembre. Une thèse de métaphysique sur le concept de représentation. Rien à voir avec la littérature ? Il confirme. Après la thèse ? Un poste en fac, ou sinon on verra. Mais des livres, on peut y compter.

La Meilleure part des hommes n’est pas son premier manuscrit : tel une Amélie Nothomb ( !), Tristan Garcia écrit depuis longtemps, pour le plaisir, et planque quelques histoires dans ses tiroirs. C’est ainsi que son deuxième roman est en cours d’achèvement. Ce sera une histoire racontée par un chimpanzé. Oui, pendant ses cours à Normale Sup, il a choisi un module d’éthologie, car il adore ça. « Ce prochain roman est un livre d’aventures « classique » à la Stevenson ou London. Je trouve l’idée du roman d’aventures intéressant à l’époque où on en a fini avec le colonialisme et où l’on a tout cartographié ». L’aventure au temps de Google Maps, un vaste défi. C’est la raison pour laquelle il a choisi de raconter les choses du point de vue d’un singe. A suivre, bientôt.

16 janvier 2008

Dernier tour en sarkozisme littéraire

On a parlé du Réza à la rentrée d'automne, c'était inévitable puisque la presse avait, un temps, décidé qu’il n’y avait qu’un livre sorti en septembre, celui-là.
Le problème, c'est que les livres sur Sarkozy se moissonnent en ce moment plus vite que des récoltes de soja transgénique.

2 livres sortent en janvier : le Téléprésident (ed de l'Aube) le 10 janvier dernier, le prochain : Sarkozy, corps et âme d'un président (Perrin) sortira le 17, c'est à dire demain.
En février, il y en aura 6 nouveaux.
En mars, encore 6.
Et encore trois ou quatre, plus ou moins humoristiques en queue de comète.
Non, je ne les citerai pas. Ca ne présente aucun intérêt. Et je ne les lirai pas, pour les mêmes raisons. Il faudra fréquenter d’autres blogs littéraires pour ça.
Ah ! aussi, le premier sur Carla sort le 28 février aux éditions Privé. Même famille, mêmes symptômes, mêmes effets : on n’en parlera pas non plus.
Je ne sais pas trop quoi penser d’une république quand sa presse est amoureuse de son président.

Mais on trouvera ici Sagan, Jones-Gorlin, Palahniuk, et sans doute le meilleur premier roman de la rentrée de janvier, d’Antoni Casas Ros chez Gallimard. De la littérature, quoi !

Et pour en finir avec tout ça, les dernières nouvelles des ventes. Un article concis, précis, écrit par Livres Hebdo et publié ce jour sur son site web, sur les dernières ventes des Cecilia’s books. Promis, on n’y reviendra plus ;-)

L’ex-épouse du président de la République a été la vedette incontestée des librairies en fin de semaine: les trois livres qui lui sont consacrés arrivent dans le Top 20 des meilleures ventes Ipsos/«Livres Hebdo» de la semaine du 7 au 13 janvier. En tête, «Cécilia» (Flammarion), l’ouvrage d’Anna Bitton que l’ex-première dame de France n’a pu faire interdire.

(…)En à peine 48 heures de vente, Cécilia (Flammarion), le portrait de l’éphémère première dame de France réalisé par Anna Bitton, journaliste au Point, mis en vente vendredi 11 janvier avec un tirage de 25 000 exemplaires, décroche la première place du Top 20 des meilleures ventes Ipsos/Livres Hebdo de la semaine du 7 au 13 janvier.

L’ex-madame Sarkozy a été déboutée vendredi par le tribunal de grande instance de Paris alors qu’elle réclamait en référé l’interdiction du livre. Mardi matin, après plusieurs réimpressions, son tirage global atteignait 85 000 exemplaires. A la 6e place du Top 20, on trouve, avec un tirage de 85 000 exemplaires également, l’enquête de Denis Demonpion, journaliste au Point, et Laurent Léger, du site Bakchich.info, intitulé Cécilia, la face cachée de l’ex-première dame (Pygmalion, groupe Flammarion), tandis que Ruptures (éditions du Moment), le livre des journalistes Michaël Darmon et Yves Derai, arrive juste en-dessous, en 7e position, avec un tirage porté à 80 000 exemplaires après deux réimpressions.




09 décembre 2007

Comment va la vieille dame ?

Comment va l’édition ? Ouh la la, la question qui casse les pieds de tout le monde ! C’est comme demander à sa vieille tata de 86 ans des nouvelles de sa santé. Elles sont toujours mauvaises, mon bon monsieur, et on finit même par ne plus en écouter le détail.
Allez, on garde son punch et un peu d’élasticité intellectuelle : Le cabinet d’audit KPMG vient de rendre le deuxième volet de son étude financière sur les entreprises éditoriales. 181 maisons d’éditions ont ainsi livré leurs bilans 2006. Ces 181 maisons totalisent un CA net de 3,2 milliards d’euros. Il en ressort une baisse de la rentabilité globale. Les secteurs juridiques et la jeunesse tiennent bon, les beaux livres et les pratiques peinent.  Les romans semblent compter pour du beurre, ça fera plaisir aux granzécrivains de Saint-Germain-des-Près. Tous les chiffres sont dans Livres Hebdo daté 7 décembre que vous ne trouverez pas en kiosque mais sur le site, si l’article n’est pas en accès payant. Si vous n’obtenez pas les infos et qu’elles vous intéressent, je ferai un addendum à cette note (mais faudra vraiment le demander, hein !).
L’auditeur KPMG propose donc de serrer les boulons en maîtrisant la production et les tirages. Pas possible ! Ca voudrait dire qu’il faudrait publier moins quand on n’a pas trop de sous ? Mais cela fait plusieurs années que  les éditeurs font exactement le contraire, en dépit du bon sens préconisé par l’auditeur : le nombre de romans ne fait que croître à chaque rentrée littéraire. On en a déjà parlé ici (vaste fouille dans les archives de ce modeste blog).



Une certaine logique, sans doute darwinienne, voudrait qu’on entreprenne au lieu de se recroqueviller quand une entreprise va mal. Mais après tout, de quoi je me mêle, n’est-ce pas ? Là où je veux en venir, c’est aux nouveaux supports, à la dématérialisation, à ce qu’on appelle encore scolairement « nouvelles technologies » (ce qui prouve à quel point on est à côté de la plaque, tant elles ne sont plus nouvelles mais intégrées dans nos modes de fonctionnement quotidiens).

A part Gallimard qui numérise largement son catalogue et qui semble avoir élaboré une stratégie un peu « moderne » à ce sujet, qu’en est-il des autres ? Le groupe Flammarion a monté une cellule de réflexion menée par le patron de Casterman. Soit. Mais que fait le groupe Hachette ? Et Editis ? Que font les éditeurs, plus largement ? Le Salon du livre 2008 semble avoir intégré la question du livre électronique à son programme : est-ce de l’image, façon « on en est, on en  parle » ou l’illustration d’une volonté plus urgente ?

Plus sincèrement, j’ai l’impression que les éditeurs qui s’intéressent au sujet le font parce que l’époque leur impose, mais sans engouement, enthousiasme ni réel esprit d’entreprise. C’est pas très bon signe pour l’avenir. Les entreprises éditoriales françaises sont-elles capables de remettre leur fonctionnement en question avant le mur (pensez au secteur de la musique, un bel épouvantail qui peut aiguillonner les nonchalants…) et surtout, de s’adapter au-delà des blablas en s’entourant de vraies compétences ? Il faut peut-être renoncer à un certain confort, celui de la tradition, du savoir-faire et de l’illusion de la maîtrise artisanale d’un secteur qui ne l’est plus tant que ça. Même si cette dernière phrase n’est pas tout à fait écrite en français.

05 novembre 2007

Bravo Antoine ! Du Goncourt…

Chaude ambiance au Drouant ! Les jurés se sont rebellés : pas question de tremper dans la manigance, marre des magouilles, rigolons un peu. Alors ils s’en sont payé une bonne tranche. medium_KIF_0335.JPGLe Renaudot, surtout, était transformé en repaire de garnements : la bande à Besson, président cette année, donc voix compte double, flanqué de ses complices Franz-Olivier Giesbert (mon Boss au Point, hé hé), Christian Giudicelli ou Jean-Noël Pancrazi. Pas possible de sortir une phrase sans un sourire de chat gourmand des uns ou des autres. L’humeur était bonne et belle. On verra dans le prochain post ce qui, peut-être, étirait ces sourires de chats gourmands. Côté Goncourt, c’était plus convenable, mais moins « jeune » aussi. En l’absence de Françoise Mallet-Joris (éditée par Grasset… oui, on va dire les choses comme ça pour rester jésuite et précis jusqu’au bout), et Michel Tournier (édité par Gallimard), l’un des frondeurs était ce garnement de Didier Decoin, la bonne humeur personnifiée et la malice au coin de l’oeil, qui me confiait à Brive il y a dix jours son penchant pour le livre de Leroy. Robert Sabatier aussi n’en a fait qu’à sa tête, en votant pour Amélie Nothomb alors qu’elle n’était plus sur la short list. Michel Tournier avait fait la même chose avec Stéphane Audeguy l’an dernier. La petite jeunesse Françoise Chandernagor, trésorière, a pensé cette année à apporter le chèque de 10 euros destiné au lauréat et encore en blanc au moment de la photo (voir ci contre). Pour la cagnotte, bien moins importante que les 30 000 euros du Prix Décembre remis ce midi à l’hôtel Lutétia, point n’est besoin de se soucier pour l’auteur :  le prix, c’est pour la gloire, mais les ventes suivent en général à hauteur de 300 000 exemplaires vendus (en dessous, le Goncourt est un bide).medium_KIF_0340.JPG

On s’apprêtait donc à remettre les Prix Goncourt et Renaudot à 13h, pour l’ouverture du journal télé. Comme l’an dernier, les journalistes ont été entassés au rez-de-chaussée, bien collés les uns contre les autres, certains avec un morceau de micro ou de caméra fiché dans la tempe. Et on attendait que les jambes des jurés apparaissent dans l’escalier. Oui, parce qu’à moins d’être au premier rang, on ne voyait pas grand-chose de tout ça. Surtout quand on mesure 1,68m talons compris, comme moi. Finalement Didier Decoin a fini par descendre, avec une autre paire de pantalons à pinces, dont tout le monde a vu l’occupant à la télé sauf nous qui étions bien gênés au milieu du paquet humain. medium_KIF_0336.JPGEvidemment, sans sono, on n’a rien entendu ou presque. A part les « 14 tours de scrutin » pour départager le Goncourt et les 10 pour le Renaudot. Ca ressemble à du coup de cœur, ça, mesdames et messieurs les jurés ! Gilles Leroy, Daniel Pennac, les noms sont lancés, les jurés remontent se planquer et les journalistes font comme ils peuvent.
Ca a surpris : Marion, l’attachée de presse de Leroy qui est une vraie supportrice de son auteur, était tellement sûre qu’Olivier Adam remporterait le prix qu’elle a à peine pensé à ouvrir la radio à l’heure dite. Le lauréat du Goncourt a appris la bonne nouvelle après tout le monde.  Revenons sur place, où la tension aurait pu être démoniaque et la cohue meurtrière. Quelques mots échangés avec Pierre Assouline, sélectionné sur la première liste du Goncourt, et on s’aventure en binôme au premier étage où les jurés des deux prix s’apprêtent à passer à table. Mais chacun dans sa salle. Celle du Goncourt est tout de suite à droite en arrivant à l’étage, le Renaudot, c’est un peu plus loin au fond du couloir.


Plutôt que de faire des phrases, il est tard et ça va finir par faire un trèèèès long post, voici une sélection des petites phrases recueillis auprès de Françoise Chandernagor-jurée-Goncourt, entre fourchettes et micros, avant que le déjeuner gastronomique ne commence et qu’on ne vire les parasites de l’auguste salon moquetté.

medium_KIF_0337.JPG
 « Le choix a été difficile, il y avait beaucoup de bons livres et ce n’était pas facile de se décider surtout entre les deux leaders (Adam et Leroy, NDLB), longtemps ex æquo qui étaient très différents mais très intéressants, dans leurs styles et dans leurs sujets.»

La même d’avouer à propos du livre du lauréat, Alabama Song (Mercure de France) : « L’histoire du couple mythique qu’étaient les Fitzgerald me fait rêver. Je vois quand même les choses du point de vue de Francis Scott. Gilles Leroy présente Zelda comme la première féministe. C’est magnifiquement écrit. »Mais coup de théâtre ! « J’aurais aussi été contente d’un autre choix. J’étais ravie de voir autant de femmes dans la sélection mais comme m’a dit Bernard (Pivot), on a couronné le livre dont l’héroïne est une femme ». Consolée, Françoise ?


La petite phrase à méditer : « Les auteurs comptent plus que les éditeurs. Je m’y emploie depuis que je suis dans ce jury. Je crois. Il faut que ça le reste. » Ah bon ? Parce que ce n’était pas évident ? Mince alors !

Faisons les comptes : Un Goncourt à Gilles Leroy, c’est un Goncourt pour le Mercure de France, une première depuis 1995, donc un Goncourt pour Gallimard, c’est le même groupe.(à suivre)

22 octobre 2006

Un prématuré pour le Goncourt ?

C’est demain, mardi 24 octobre, que le jury Goncourt rend publique sa troisième et dernière liste avant de remettre son prix le 6 novembre prochain. L’information paraît anodine, mais les critiques littéraires sont pourtant plus excités qu’à l’habitude. Pourquoi ? Parce qu’on est plus d’un à soupçonner les honorables jurés de proclamer en hussards leur prix plus tôt que prévu.

 


Ce ne serait pas tout à fait une première : en 2003, Jacques-Pierre Amette avait ainsi bénéficié de l’effet de surprise en étant récompensé quelques jours avant le D day. On s’en souvient comme d’une façon de marquer le coup pour les 100 ans du Prix.

 

Cette année, exceptionnellement, les principaux prix littéraires, Goncourt, Renaudot, Médicis, Femina et Académie française sont tous en ligne comme pour le départ d’une grande course. Généralement, les années sans sel, chaque jury trouve son lauréat (flanqué ou précédé de sa maison d’édition), sans trop empiéter sur les plates-bandes des autres. On s’arrange. On fait contre mauvaise fortune bon cœur, on rattrapera son Seuil l’année prochaine en se consolant d’un Gallimard. Choses comme ça. Je caricature peut être. Ou pas.

 

Mais cette année, il s’agit bel et bien d’une course au livre. LE livre qui figure sur TOUTES les listes, les Bienveillantes de Jonathan Littell, dont vous avez tous, que vous le vouliez ou non, entendu parler. Le brillant pavé de 900 pages, détrôné de la première place des ventes de Livres Hebdo (la référence, la bible des journalistes littéraires, mais aussi le premier fournisseur d’idées des critiques littéraires en mal d’avis personnel) au début du mois seulement par la sortie du dernier Bernard Werber.

 

 

Alors, qui décernera le plus vite ?

medium_Bienveillantes.3.JPGIl se dégage une drôle d’impression de ce manège. Habituellement, un Prix met en valeur et consacre un livre. Un prix littéraire est un argument de vente et de prestige pour un roman. D’ailleurs, les ouvrages récompensés ne sont-ils pas enjolivés d’un bandeau rouge précisant la gratification, quelques jours après qu’ils l’ont reçue ? Sauf que là, c’est l’inverse !

 

L’imposant livre de Littell est la queue du Mickey que chaque jury semble vouloir s’arracher. Comme s’il dépendait de cette consécration l’honneur et le standing du Prix qu’ils représentent. Ne pas passer à côté d’un livre dont on dira à coup sûr dans dix ans qu’il était le livre du début du XXIe siècle (en paraphrasant un peu Semprun), et y appliquer son label.

 

 

Donc, le jury Goncourt donne sa dernière liste demain. Si tout se passe normalement, l’Académie française remet ensuite son prix jeudi prochain, et les Femina et Médicis le lundi suivant, le 30 octobre. Le Goncourt, lui, décerne son prix encore une semaine après. La tentation doit être grande, quand on est le prix littéraire français le plus coté, le plus prestigieux, de griller les copains pour récompenser LE livre avant eux. Car il serait très très très étonnant qu’aucun de ces trois prix, qui ont tous distingué le livre événement de la rentrée, n’ait l’idée de consacrer Littell.

 

Autrement dit, si Littell doit avoir le Goncourt, il l’aura demain ou jamais.

Alors, on pourra espérer le 6 novembre, voir un Michel Schneider recevoir le Prix au Drouant pour son livre très remarqué sur Marilyn Monroe.Un scénario plus ridicule serait que plusieurs prix récompenseraient les Bienveillantes.

Et ce serait vraiment stupide que ce roman certes monumental (et que nous avons, à 20 minutes, été parmi les premiers le 21 août à souligner, hop, un coup de brosse en passant), éclipse la qualité d’une rentrée littéraire épatante, roborative et très épanouissante pour les amoureux des livres.

Et ce serait stupide aussi de faire son malin et de ne pas récompenser ce livre considérable, sous prétexte que tout le monde ou presque est d’accord sur sa qualité, sous prétexte aussi que le public n’a pas eu besoin de la préconisation d’un Prix pour en sentir la valeur, sous prétexte enfin qu’on ne voudrait pas être suiveur sur une telle affaire.

 

Et Jonathan Littell dans tout ça ?  A-t-il les mains moites de stress, craque-t-il sous la pression, est-il sous medium_Littell_2.3.JPG

Euphytose et millepertuis à hautes doses ? D’après ce qu’il m’a confié en sortant de l’interview (cf 20 minutes du 28/09), son grand projet en cours serait d’apprendre l’espagnol. Il a emménagé à Barcelone cet été, parce que sa femme, d’origine belge, a été mutée sur place.

 

Il n’est d’ailleurs pas du tout en train d’écrire un deuxième roman. Non, non, il range ses cartons et se plonge dans la lecture des grands philosophes, ce qui, d’après lui, pourrait lui prendre un bon bout de temps puisque le succès de son livre lui permet de vivre sans penser à travailler dans les mois qui viennent. Parce que, dit-il, il a vraiment de grosses lacunes à combler.

Un garçon exigeant. Qui, du reste, n’a absolument pas prévu de revenir en novembre chercher un prix.

Sa promo française semble l’avoir éééépuisé. Répéter tout le temps la même chose, voir tous ces journalistes, parler d’un livre bouclé depuis longtemps, cela l’a fatigué, et surtout, cela ne l’intéressait pas. Ce garçon, qui vient d’avoir 39 ans ce mois-ci, n’a ni la vocation d’un VRP, ni une dépendance aux médias. Et ne s’intéresse qu’à ce qui le passionne (si vous voulez mon avis).

 

… Quant à ceux qui s’étonneraient de voir ressurgir une morte de son tombeau, qu’ils se rassurent : la bloggeuse va bien, mais elle a été bien occupée. Pas seulement : ce truc-là, le blog, c’est un peu comme le gymnase club. On prend l’abonnement (on ouvre sa page) ; on y va consciencieusement au début, et puis on décroche sans même s’en apercevoir.

Je le confesse, c’est ce qui s‘est passé. Mais puisque le symptôme a découvert sa maladie, je ne devrais pas m’absenter si longtemps. C’est justement comme le sport aussi : quand on s’y est mis vraiment, on ne peut plus s’en passer. Pas de promesses, donc, la meilleure garantie pour des rendez-vous à venir.

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu