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06 novembre 2007

…au Renaudot

medium_besson.jpgPatrick Besson est un homme parmi les plus intelligents de sa génération, et ils sont pourtant nombreux, les jeunes quinquas. On lui passe autant qu'à un enfant surdoué, même s’il raconte plein de trucs faux sur mon compte, comme un livre que je serais en train d’écrire et que c’est même pas vrai, et qu'il me fatigue avec ça. « Toute une vie passée à écrire sans avoir de prix, c’était pas juste », m’a-t-il dit, patelin, pour expliquer le choix de Daniel Pennac avec Chagrin d’école (Gallimard), tandis que Jean-Noël Pancrazi écrasait un sourire. C’est bien mignon, ça, Patrick, mais Daniel Pennac ne figurait pas sur la liste des derniers sélectionnés et son livre n’est pas un roman. Et Donner, donné favori avec Un roi sans lendemain pour Grasset ? « Je compte beaucoup que Donner ait l’Interallié ! », ponctue Christian Giudicelli, à la rescousse de son coreligionnaire. « Pennac, j’ai beaucoup aimé, explique de son côté Franz-Olivier Giesbert. C’est du Pagnol, pas prise de tête, un bon écrivain populaire. On a voulu rendre un coup de chapeau à l’écrivain » que Jean-Marie-Gustave Le Clézio, en voyage, avait retenu. Il y a chez ces tontons « électeurs », un air potache qui fait plaisir à voir mais qui tranche avec la solennité voulue de la circonstance.

 

Crédit photo : Bruno CHAROY


C’est vrai que c’est amusant de consacrer un lauréat qui ne faisait pas partie de la dernièremedium_pennac03.2.jpg sélection. C’est vrai que c’est amusant de récompenser un auteur qui vient de sortir 230 000 exemplaires de son livre en trois semaines. C’est vrai que c’est amusant de penser que le Renaudot, cette année, se vendra certainement mieux que le Goncourt, avec l’avance prise par Pennac, la renommée de l’écrivain et de son éditeur Gallimard. C’est vrai aussi que ça doit être amusant, quand on est juré Renaudot, de griller la priorité du Prix le plus vendeur de l’automne au Goncourt. Et c’est vrai que ça doit être très amusant de faire enrager les éditeurs en cassant les codes minutieusement établis qui prédestinent les auteurs aux prix mieux que les infantes aux jeunes rois.


Score : Gallimard un Goncourt par truchement, et un Renaudot en nom propre.

C’est un beau bazar maintenant, pour les autres prix en piste. Les Femina et Medicis ont rendu leurs dernières sélections lundi en fin de journée. On imagine que les jurys ont dû sacrément cogiter l’après-midi. Le Baisers de cinéma d’Eric Fottorino était un parfait prix Femina, mais il est griffé Gallimard. Le Prix décembre remis ce mardi, devrait* théoriquement être attribué à Yannick Haenel, un auteur Gallimard de l’écurie Sollers, mais ça fait beaucoup, non ? Et l’excellent La Chaussure sur le toit de Vincent Delecroix à qui on prêtait l’Académie française avant… un changement de cap de l’institution, et à qui on aurait bien vu un Médicis, mais c’est encore un Gallimard ! Olivia Rosenthal, bien placée pour le Wepler, publie chez Verticales, donc dans le groupe de… on n’ose plus dire le nom. Ca glousse autour des buffets. Disons les choses : la production de Gallimard est d’excellente qualité, particulièrement depuis une bonne année. Comme la production des éditions de l’Olivier, remarquable cette rentrée. On pourrait peut-être créer un prix qui récompenserait plus franchement et exclusivement les éditeurs pour la qualité de leur production sur une période donnée. En attendant, on félicite Antoine G qui sait publier des livres et les faire couvrir de prix.

 

*Toutes ces élucubrations ne sont que pures spéculations journalistiques que n’étaye aucune preuve, pensez-bien, sinon une petite expérience et quelques analyses confraternelles sur lesquelles tout le monde s’accorde mais qui ne peuvent pas être sourcées. Sinon les scandales éclateraient plus au jour, et les jurys de prix littéraires seraient sans doute tournants.

27 février 2007

Les petites histoires de Régis Jauffret

 

medium_1901-CUL-JAUFFRET_photo_C._Hélie_Gallimard_COUL_4_06.05.jpgMicrofictions de Régis Jauffret restera-t-il comme l'un des livres événements de la rentrée de janvier ? C’est en tout cas le plus volumineux, 1000 pages, publié chez Gallimard, l’éditeur du pavé de Jonathan Littell. Pas de grande saga mais 500 histoires de deux pages qui sont autant de morceaux d’esprits et de tranches de vie coupées fin. Un abécédaire sombre, grinçant et drôle qui effeuille de A à Z les petites misères du quotidien. Auteur de 13 romans, récompensé du Prix Femina en 2005 pour Asiles de fous, Jauffret corrige l’écriture ordinaire par l’absurde et un goût prononcé pour les dérèglements et la transgression. Il compose en musicien des phrases fluides, exigeantes et maîtrisées. Les instantanés de Microfictions favorisent la violence sourde et l’âpre cocasserie de la vie de couple : dans la nouvelle « Cri de fou », un homme fantasme sa femme en nain de jardin. Dans « Saint Valentin », un couple se résout à reprendre une vie sexuelle… par économie. L’idée est folle, le projet indistinct, mais le livre tout aussi bien se dévore et se picore.

02 novembre 2006

Tous pourris ?

Que la houle est sévère dans la petite mer de l'édition française ! Un prix littéraire, le Femina, vient de virer l'une de ses membres, Madeleine Chapsal. C'est une première. Historique. régine Desforges lui a emboîté le pas, par solidarité de rouquine, peut être.

          Madeleine Chapsal aurait fauté en révélant dans son « Journal » l’arrière-cuisine du Prix dont elle était jurée. Ca ne se fait pas, Madeleine, on ne peut pas manger au ratelier des petits arrangements entre amis et à l’auge de la probité dans le même temps. Dommage qu’elle n’ait pas eu le temps de démissionner.

          Jacques Brenner non plus n’aura pas démissionné : il est mort. Ce juré Renaudot s’est éteint il y a cinq ans. Et c’est la semaine dernière que, fort opportunément quelques jours avant la remise du Goncourt et du Renaudot (6/11), Claude Durand, pdg du groupe Fayard, publie l’énorme Journal du monsieur aux éditions Pauvert. L’un de ces pavés (le tome V) s’appelle malicieusement (?) La Cuisine des prix, et concerne les années 1980-1993.

            Les amateurs du « tous pourris » vont connaître une béatitude absolue. On y apprend toutes les petites medium_photo2.JPGcombines, tractations, négociations, échanges de bons procédés qui tricotent les liens entre jurys, éditeurs, écrivains. On apprend aussi beaucoup de choses sur les chiens, un véritable essai d’éthologie canine. Mais ça, c’est moins intéressant. A peine moins triste, du reste, que toutes ces pages qui défigurent l’édition. L’angélisme n’est plus de mise : les candides sauront une bonne fois pour toutes, après avoir fini ce « journal », que l’édition est une industrie, un secteur économique et pas un bataillon d’idéalistes motivés par la littérature, la pensée, l’art et la beauté.
           Un dernier mot sur l’éditeur dudit brûlot, Claude Durand, un grand monsieur et un éditeur comme on n’en fait plus. Mais aussi un homme de pouvoir et d’orgueil qui enrage encore de ne pas avoir eu le Goncourt pour son Houellebecq l’an dernier.

          Et il a raison d'enrager, Claude Durand : systématiquement le Goncourt le boude, il est exclu du groupe Galligrasseuilalbin qui se partage les grands prix (à quelquesanecdotiques maisons d’éditions près). Alors puisqu’on l’a évincé des Prix, il rétorque au bazooka et n’en finit pas d’apaiser sa vindicte. C’est de bonne guerre. De bonne guéguerre, ai-je envie de corriger. Il ne s’agit pas (encore) d’affaires d’état et aucun éditeur n’a la bombe atomique en sa possession. On se calme.

          Je pars à Brive vendredi pour les 25 ans de la Foire et j’espère bien vous rapporter quelques perles post-brenneriennes et pré-goncouriennes. Il va de soi que le livre de Jacques Brenner n’intéressera personne, à part les cités et les acteurs du secteur du livre (j’en suis, pas vous !). Pas la peine donc de vous précipiter pour l’acheter, les journaux vous en sélectionneront les meilleurs extraits et les réactions les plus distinguées, à l’instar du Figaro littéraire et du Monde des Livres aujourd’hui.

      medium_photo1bis.JPG    Il faudrait créer un prix dont le jury serait UNIQUEMENT composé de journalistes QUI N’ECRIVENT PAS DE ROMANS. Et ça, ça n’existe pas. Si chacun daignait rester à sa place au lieu de pratiquer ce mélange des genres, gaiement et sans vergogne : j’écris, tu me publies, je le chronique, il me reçoit, il écrit, je le publie, tu le chroniques, etc.

          Comment tous ces hommes et ces femmes jurés peuvent-ils garantir une rigueur sans faille ? La plupart se côtoient depuis tant et tant d’années. Certains sont probes, évidemment. Mais la faiblesse est humaine et les tentations grandes (sonnantes et trébuchantes, dit-on aussi).

           Tous les ans on brandit la corruption des prix littéraires comme un petit chiffon rouge et en criant très fort. Et ça passe. En attendant, ça fait vendre les journaux (dans lesquels écrivent les écrivains ou les éditeurs qui… voir plus haut). Bon an, mal an, les éditeurs auront ourdi, œuvré, organisé les choses pour faire leur chiffre, malgré tout. C’est à cela que les prix littéraires servent, à renflouer les caisses. Pour se permettre de sortir des livres qui ne seront pas forcément des best sellers mais des œuvres littéraires de qualité. Ce doit être comme cela que les choses se passent in fine, n’est-ce pas ?

 

 

 

 
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