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16 février 2007

L'anglais pas pour les anglophones

Savez-vous que les anglophones, Anglais ou Américains de souche, sont d'emblée saqués aux concours d'entrée à l'éducation nationale (Capes, Agreg) ? Ce pur petit scandale, jubilatoire et franco-français est dénoncé dans un livre savoureux et passionnant écrit par une Américaine vivant en France depuis 20 ans, et qui a vécu  l'expérience de revenir à 40 ans passés sur les bancs de l'école. De la Sorbonne, précisément. Paris IV. La même fac que moi. Celle où les étudiants en barbour assorti au marbre des halls ancestraux, se voussoient, rien que ça.

Lisez Sorbonne Confidential de Laurel Zuckerman (Fayard). On s'en reparlera ici.

01 février 2007

Les belges sont-ils tombés sur la tête ?

Branle-bas de combat dans les écoles belges : un texte écrit par un célèbre écrivain pour la jeunesse secoue actuellement le territoire de Wallonie jusqu’en Flandres. « Rédaction », l’une des nouvelles de Bernard Friot, qui fait partie d’un recueil désopilant destiné aux enfants, Encore des Histoires pressées, publiées chez Milan, est accusée de banaliser la violence. Elle raconte les bêtises qu’un petit garçon est obligé de mettre au point pendant ses week end, pour avoir de quoi raconter dans ses rédactions le lundi, et récolter de bonnes notes. C’est du Friot, donc du deuxième degré, et les mauvais coups en question ne manquent pas d’humour noir. (La maison d’édition m’a donné l’autorisation de produire le texte un peu plus bas dans cette note).

En soi, le texte ne pose pas de problème et n'a provoqué aucune polémique au moment de la sortie du livre.

Le « scandale » s’est déclenché depuis que le texte a été sélectionné, avec trois autres, pour le Grand Test de lecture organisé à l’échelle nationale par la commission du pilotage en Communauté française, qui concerne l’ensemble des écoles primaires belges francophones. L’affaire a éclaté la semaine dernière, le test a lieu cette semaine : 150 000 élèves sont actuellement soumis à ce test d'évaluation en lecture et en expression écrite. L'objectif est de mesurer les acquis de l'ensemble des élèves et de donner des indications aux enseignants sur l'efficacité de leur action. Martine Herphelin, la directrice de la commission du pilotage en Communauté française ne s'attendait pas à un tollé en la matière, entretenu notamment par la fédération de l'enseignement fondamental catholique ou le Conseil de l'enseignement des communes et des provinces qui estime que "les valeurs véhiculées dans les tests heurtent à juste titre directeurs et enseignants"(Source Libre Belgique).

Dans La Dernière heure, le journaliste Christian Carpentier a recueilli des réactions d’enseignants : "Ceci n'est pas un fait divers. Le Centre antipoison risque d'être débordé" , nous fait-on savoir. D'autres insistent : "Ce texte véhicule une image négative des enseignants, ainsi qu'une banalisation de la violence, du vandalisme, voire plus puisqu'on est récompensé en fonction de la gravité des faits. Peut-on proposer n'importe quoi aux élèves sous le couvert de l'humour ? Les enfants de 5e n'ont pas le recul suffisant pour analyser ce genre de texte au second degré (à supposer qu'il y en ait un)."

La ministre de l’enseignement a jugé le choix regrettable. Les enseignants ont été invités, par circulaire ministérielle, à faire précéder l'épreuve d'un petit avertissement aux enfants. Justement, les enfants dans tout ça ? Comme d’habitude, ils sont plus sages que les adultes et surtout plus réceptifs au second degré que leurs aînés. Rappelons juste que les contes de Grimm, Perrault ou Andersen, les histoires de la Comtesse de Ségur ou encore du merveilleux Roal Dahl sont d’une férocité et d’une cruauté redoutables et que ça n’a choqué personne jusque là.

En France, les livres de Bernard Friot figurent sur les listes de l’Education nationale. Pourvu qu’ils y restent…

medium_Encore.Histoires.jpg« Rédaction », Encore des histoires pressées, de Bernard Friot (ed Milan)

Tous les lundis, c’est pareil. On a rédaction. « Racontez votre dimanche ». C’est embêtant, parce que, chez moi, le dimanche, il ne se passe rien : on va chez mes grands-parents, on fait rien, on mange, on refait rien, on remange, et c’est fini. Quand j’ai raconté ça, la première fois, la maîtresse a marqué : « Insuffisant ». La deuxième fois, j’ai même eu un zéro.

Heureusement, un dimanche, ma mère s’est coupé le doigt en tranchant le gigot. Il y avait plein de sang sur la nappe. C’était dégoûtant. Le lendemain, j’ai tout raconté dans ma rédaction, et j’ai eu « Très bien ». J’avais compris : il fallait qu’il se passe quelque chose le dimanche. Alors la fois suivante, j’ai poussé ma sœur dans l’escalier. Il a fallu l’emmener à l’hôpital. J’ai eu 9/10 à ma rédac.
Après, j’ai mis de la poudre à laver dans la boîte de lait en poudre. Ca a très bien marché : mon père a failli mourir empoisonné. J’ai eu 9,5/10.
Mais 7/10 seulement le jour où j’ai détraqué la machine à laver et inondé l’appartement des voisins du dessous.
Dimanche dernier, j’ai eu une bonne idée pour ma rédaction. J’ai mis un pot de fleurs en équilibre sur le rebord de la fenêtre. Je me suis dit : « Avec un peu de chance, il tombera sur la tête d’un passant, et j’aurai quelque chose à raconter. »
C’est ce qui est arrivé. Le pot est tombé. J’ai entendu un grand cri mais, comme j’étais aux WC, je n’ai pas pu arriver à temps. J’ai juste vu qu’on transportait la victime (c’était une dame) chez le concierge. Après, l’ambulance est arrivée.
Ca n’a quand même servi à rien. On n’a pas fait la rédaction. Le lendemain, à l’école, on avait une remplaçante.
-Votre maîtresse est à l’hôpital, nous a-t-elle annoncé. Fracture du crâne.
Ca m’est égal. On a eu conjugaison à la place. La conjugaison, c’est plus facile que la rédaction. Il n’y a pas besoin d’inventer.

30 janvier 2007

La littérature qu'on enseigne

Lu dans les Indiscrétions du Point sur le net : "Du rififi dans l'enseignement de la littérature française
Le sémiologue d'origine bulgare Tzevtan Todorov ouvre un débat en déplorant que l'enseignement des œuvres soit enseveli sous un discours post-structuraliste, qui jargonne dans un charabia pseudo-scientifique. Une position relayée par la vice-présidente de la Maison des Ecrivains, Anne-Marie Garat, qui accuse l'Education Nationale de laisser « la filière littéraire de l'enseignement secondaire en voie d'extinction ». Ironie de l'histoire, l'inspection générale de l'Education Nationale a elle-même remis récemment un rapport alarmiste au ministre sur le « déclin des sections littéraires dans les lycées »… En attendant la réponse du ministère, les écrivains espèrent déclencher un mouvement chez les lycéens… © Le Point, 19/01/07."

La sémiologie qui, elle non plus, n’est pas toujours insensible au virus du jargon, à l’attrait de certain enfermement dans ses propres codes. D’après mes vieux souvenirs de fac…

Evidemment, T. Todorov et A.-M. Garat ont raison. C'est drôle comme on n'a pas l'impression de découvrir le problème... Mais quel scandale d’attendre toujours que l’action vienne des lycéens, alors qu’on pourrait laisser tranquillement bosser les futures forces vives de la nation, pendant que des autorités dites compétentes (eh oui, on a quelques soupçons sur la question, fatalement ), dont le métier revient justement à se poser ces questions et à les faire avancer, s’en chargeraient. Qui (ne) fait (pas) son boulot dans l’histoire ? Et si on commençait par mettre quelques pragmatiques dans l’élaboration des programmes ? Et si on arrêtait de créer des expressions toutes neuves pour initier des actes judicieux ? Et si les super intelligents qui décident de ce que nos rejetons doivent savoir et comment ils doivent l’apprendre, essayaient justement de se renseigner sur ce que c’est, un môme, plutôt que de recourir à des souvenirs oblitérés ?

 
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