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17 novembre 2006

Arroseur arrosé

Les Prix, c’est fini ! Le Prix Interallié, dernier Prix littéraire de l’année 2006 (avant le Prix France Télévisions décerné le 24/11), a été remis mardi dernier à Michel Schneider. Enfin ! Marilyn dernières séances fait partie de ces livres à côté desquels il ne faut pas passer. Stéphane Audeguy n’a pas eu cette chance, malgré son magnifique Fils unique qui raconte l’histoire romancée du mystérieux frère de Jean-Jacques Rousseau. Et c’est éblouissant.
 
Au moins Schneider est récompensé. Et pour une fois depuis un moment, l’Interallié respecte sa charte, en récompensant l’œuvre d’un écrivain journaliste. Ce qui, rappelons-le, n’était pas le cas de Houellebecq dont La Possibilité d’une île était repêchée l’an dernier in extremis par l’Interallié. Rappelez-vous que ce poulain de l'écurie Fayard comptait fort sur le Goncourt qui avait finalement été attribué à François Weyergans (Grasset).

Mic et mac 

C'est Fayard la maison d'édition qui a publié le journal de Madeleine Chapsal. Journal qui a valu à son auteur de se faire jeter du Femina (voir notes précédentes). C'est Pauvert, une maison de son giron qui a sorti, une semaine avant les proclamations Renaudot et Goncourt, le journal posthume de Jacques Brenner, juré Renaudot, qui pointe du doigt les petits arrangements des Prix. Et derrière Fayard et Pauvert, un homme de poids, Claude Durand.
Dans le Livres Hebdo du 3/11, Claude Durand affirme à Marie-Christine Imbault: « que je publie simultanément le journal de Madeleine et celui de Jacques Brenner est une coïncidence ». Un peu plus loin, le délaissé des grands prix remet une couche : « contrairement à ce qu’on veut bien dire, les prix, c’est du troc ». Dont acte.

Pour l’instant se dessine le portrait d’un éditeur probe et indigné. Mais l’Interallié en biaise le reflet.
La dernière liste du Prix donnait en effet quatre compétiteurs : Yann Moix, Isabelle Spaak, Michel Schneider et Gabriel Matzneff. Alors comment explique-t-on que deux voix aient été données, en fin de débats, à Benoît Duteurtre, qui ne fait même pas partie des derniers sélectionnés ? On s’amusera de découvrir le nom de son éditeur : Fayard !!

Hypothèse : Si on suivait la logique que dénonce pourtant Claude Durand, ce serait le juré permanent Serge Lentz, édité par Fayard, et le lauréat de l’an dernier, Michel Houellebecq, qui auraient voté pour Duteurtre. Alors même que ce dernier n’était plus en lice ! Mais je ne serai pas assez mauvaise langue pour l’affirmer, ni en mesure de prouver ce que tous mes confrères murmurent dans les cocktails. On sait que Michel Tournier a voté pour Stéphane Audeguy dans les derniers tours de vote du Goncourt, alors même qu’il ne figurait plus sur la dernière sélection. Il a même brandi face caméra le livre en clamant que c’était l’un des meilleurs livres qu’il eût jamais lu. Honnêtement, je ne suis pas sûre que le livre de Benoît Duteurtre, bien que stylistiquement soigné, mériterait une telle démonstration.

Il doit s’agir là encore d’une coïncidence. Il y en a tant ! Alors « arrangements », « coïncidences », jouerait-on sur les mots ? Les frontières se grignotent comme par mégarde. On le prend comme on veut. Il arrive que ceux qui dénoncent un système ne fassent qu'exprimer amèrement le regret de ne point en être. Il en va ainsi dans tous les domaines, littéraires ou non. Un peu d’humilité, de recul, de déontologie, assortis de quelques grammes d’enthousiasme et de passion élèveraient sensiblement le niveau des débats en cours.

02 novembre 2006

Tous pourris ?

Que la houle est sévère dans la petite mer de l'édition française ! Un prix littéraire, le Femina, vient de virer l'une de ses membres, Madeleine Chapsal. C'est une première. Historique. régine Desforges lui a emboîté le pas, par solidarité de rouquine, peut être.

          Madeleine Chapsal aurait fauté en révélant dans son « Journal » l’arrière-cuisine du Prix dont elle était jurée. Ca ne se fait pas, Madeleine, on ne peut pas manger au ratelier des petits arrangements entre amis et à l’auge de la probité dans le même temps. Dommage qu’elle n’ait pas eu le temps de démissionner.

          Jacques Brenner non plus n’aura pas démissionné : il est mort. Ce juré Renaudot s’est éteint il y a cinq ans. Et c’est la semaine dernière que, fort opportunément quelques jours avant la remise du Goncourt et du Renaudot (6/11), Claude Durand, pdg du groupe Fayard, publie l’énorme Journal du monsieur aux éditions Pauvert. L’un de ces pavés (le tome V) s’appelle malicieusement (?) La Cuisine des prix, et concerne les années 1980-1993.

            Les amateurs du « tous pourris » vont connaître une béatitude absolue. On y apprend toutes les petites medium_photo2.JPGcombines, tractations, négociations, échanges de bons procédés qui tricotent les liens entre jurys, éditeurs, écrivains. On apprend aussi beaucoup de choses sur les chiens, un véritable essai d’éthologie canine. Mais ça, c’est moins intéressant. A peine moins triste, du reste, que toutes ces pages qui défigurent l’édition. L’angélisme n’est plus de mise : les candides sauront une bonne fois pour toutes, après avoir fini ce « journal », que l’édition est une industrie, un secteur économique et pas un bataillon d’idéalistes motivés par la littérature, la pensée, l’art et la beauté.
           Un dernier mot sur l’éditeur dudit brûlot, Claude Durand, un grand monsieur et un éditeur comme on n’en fait plus. Mais aussi un homme de pouvoir et d’orgueil qui enrage encore de ne pas avoir eu le Goncourt pour son Houellebecq l’an dernier.

          Et il a raison d'enrager, Claude Durand : systématiquement le Goncourt le boude, il est exclu du groupe Galligrasseuilalbin qui se partage les grands prix (à quelquesanecdotiques maisons d’éditions près). Alors puisqu’on l’a évincé des Prix, il rétorque au bazooka et n’en finit pas d’apaiser sa vindicte. C’est de bonne guerre. De bonne guéguerre, ai-je envie de corriger. Il ne s’agit pas (encore) d’affaires d’état et aucun éditeur n’a la bombe atomique en sa possession. On se calme.

          Je pars à Brive vendredi pour les 25 ans de la Foire et j’espère bien vous rapporter quelques perles post-brenneriennes et pré-goncouriennes. Il va de soi que le livre de Jacques Brenner n’intéressera personne, à part les cités et les acteurs du secteur du livre (j’en suis, pas vous !). Pas la peine donc de vous précipiter pour l’acheter, les journaux vous en sélectionneront les meilleurs extraits et les réactions les plus distinguées, à l’instar du Figaro littéraire et du Monde des Livres aujourd’hui.

      medium_photo1bis.JPG    Il faudrait créer un prix dont le jury serait UNIQUEMENT composé de journalistes QUI N’ECRIVENT PAS DE ROMANS. Et ça, ça n’existe pas. Si chacun daignait rester à sa place au lieu de pratiquer ce mélange des genres, gaiement et sans vergogne : j’écris, tu me publies, je le chronique, il me reçoit, il écrit, je le publie, tu le chroniques, etc.

          Comment tous ces hommes et ces femmes jurés peuvent-ils garantir une rigueur sans faille ? La plupart se côtoient depuis tant et tant d’années. Certains sont probes, évidemment. Mais la faiblesse est humaine et les tentations grandes (sonnantes et trébuchantes, dit-on aussi).

           Tous les ans on brandit la corruption des prix littéraires comme un petit chiffon rouge et en criant très fort. Et ça passe. En attendant, ça fait vendre les journaux (dans lesquels écrivent les écrivains ou les éditeurs qui… voir plus haut). Bon an, mal an, les éditeurs auront ourdi, œuvré, organisé les choses pour faire leur chiffre, malgré tout. C’est à cela que les prix littéraires servent, à renflouer les caisses. Pour se permettre de sortir des livres qui ne seront pas forcément des best sellers mais des œuvres littéraires de qualité. Ce doit être comme cela que les choses se passent in fine, n’est-ce pas ?

 

 

 

 
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