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10 novembre 2007

Arlington Park de Rachel Cusk

Signé par l’un des meilleurs espoirs de la littérature anglaise contemporaine, Arlington Park est une des belles découvertes de cette rentrée littéraire.


Méfiez-vous des apparences, et particulièrement de l’eau qui dort, semble vouloir dire Rachel Cusk aux lecteurs de son roman. Arlington Park raconte le quotidien ordinaire d’une poignée de femmes dans une banlieue résidentielle anglaise. Elles sont des épouses et des mères accomplies, mènent des vies paisibles et prospères, mais chacune collectionne une quantité de névroses et de frustrations très appréciable. Parfois des bouffées de révolte leur échappent : Juliet, un professeur de lettres, coupe symboliquement sa chevelure pour que quelque chose change enfin dans sa vie ; Maisie, une impassible londonienne aux yeux de ses voisines, déchaîne ses rancoeurs et ses désirs rageurs quand son mari rentre à la maison.
Dans ce sixième roman qui est le premier à être publié en France, Rachel Cusk maîtrise avec beaucoup de maturité une écriture proche de celle de Virginia Woolf. Comme Mrs Dalloway, Arlington Park relate un moment suspendu dans la vie de chacune des héroïnes, un vertige de lucidité dans un quotidien qu’elles n’essaient pas de changer. Mais il y a aussi quelque chose d’un Philip Roth dans la violence avec laquelle Rachel Cusk malmène ses personnages, les accule et réussit à perturber son lecteur : persuadé de lire un roman féministe qui vilipende la famille, il finit par se demander si, finalement, la détresse des hommes ne serait pas le réel sujet de ces histoires de harpies silencieuses. Leur fadeur affichée, leur rigidité grise inspirée des années 50, celle des hommes qui camouflent leur incapacité à vivre une vie privée derrière des satisfactions professionnelles, sont remises au goût du jour par l’habileté ironique de Rachel Cusk. L’auteur a-t-elle choisi entre féminisme et misogynie ? Difficile de trancher. Dans Arlington Park, les Amazones semblent avoir perdu la guerre des sexes, mais les hommes ne l’ont pas gagnée non plus : c’est le roman qui en ressort en brillant vainqueur.

« Arlington Park », de Rachel Cusk, traduit de l’anglais par Justine de Mazères (ed. de l’Olivier, 292 pages, 21 €)

Karine Papillaud
Paru dans Le Point

 
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