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09 décembre 2007

Comment va la vieille dame ?

Comment va l’édition ? Ouh la la, la question qui casse les pieds de tout le monde ! C’est comme demander à sa vieille tata de 86 ans des nouvelles de sa santé. Elles sont toujours mauvaises, mon bon monsieur, et on finit même par ne plus en écouter le détail.
Allez, on garde son punch et un peu d’élasticité intellectuelle : Le cabinet d’audit KPMG vient de rendre le deuxième volet de son étude financière sur les entreprises éditoriales. 181 maisons d’éditions ont ainsi livré leurs bilans 2006. Ces 181 maisons totalisent un CA net de 3,2 milliards d’euros. Il en ressort une baisse de la rentabilité globale. Les secteurs juridiques et la jeunesse tiennent bon, les beaux livres et les pratiques peinent.  Les romans semblent compter pour du beurre, ça fera plaisir aux granzécrivains de Saint-Germain-des-Près. Tous les chiffres sont dans Livres Hebdo daté 7 décembre que vous ne trouverez pas en kiosque mais sur le site, si l’article n’est pas en accès payant. Si vous n’obtenez pas les infos et qu’elles vous intéressent, je ferai un addendum à cette note (mais faudra vraiment le demander, hein !).
L’auditeur KPMG propose donc de serrer les boulons en maîtrisant la production et les tirages. Pas possible ! Ca voudrait dire qu’il faudrait publier moins quand on n’a pas trop de sous ? Mais cela fait plusieurs années que  les éditeurs font exactement le contraire, en dépit du bon sens préconisé par l’auditeur : le nombre de romans ne fait que croître à chaque rentrée littéraire. On en a déjà parlé ici (vaste fouille dans les archives de ce modeste blog).



Une certaine logique, sans doute darwinienne, voudrait qu’on entreprenne au lieu de se recroqueviller quand une entreprise va mal. Mais après tout, de quoi je me mêle, n’est-ce pas ? Là où je veux en venir, c’est aux nouveaux supports, à la dématérialisation, à ce qu’on appelle encore scolairement « nouvelles technologies » (ce qui prouve à quel point on est à côté de la plaque, tant elles ne sont plus nouvelles mais intégrées dans nos modes de fonctionnement quotidiens).

A part Gallimard qui numérise largement son catalogue et qui semble avoir élaboré une stratégie un peu « moderne » à ce sujet, qu’en est-il des autres ? Le groupe Flammarion a monté une cellule de réflexion menée par le patron de Casterman. Soit. Mais que fait le groupe Hachette ? Et Editis ? Que font les éditeurs, plus largement ? Le Salon du livre 2008 semble avoir intégré la question du livre électronique à son programme : est-ce de l’image, façon « on en est, on en  parle » ou l’illustration d’une volonté plus urgente ?

Plus sincèrement, j’ai l’impression que les éditeurs qui s’intéressent au sujet le font parce que l’époque leur impose, mais sans engouement, enthousiasme ni réel esprit d’entreprise. C’est pas très bon signe pour l’avenir. Les entreprises éditoriales françaises sont-elles capables de remettre leur fonctionnement en question avant le mur (pensez au secteur de la musique, un bel épouvantail qui peut aiguillonner les nonchalants…) et surtout, de s’adapter au-delà des blablas en s’entourant de vraies compétences ? Il faut peut-être renoncer à un certain confort, celui de la tradition, du savoir-faire et de l’illusion de la maîtrise artisanale d’un secteur qui ne l’est plus tant que ça. Même si cette dernière phrase n’est pas tout à fait écrite en français.

24 mars 2007

Best sellers : ventes dans le flou

J'ai connu comme un trou d'air entre la fête des femmes et le début du printemps. Un déblogage sans doute. J'ai donc passé sous silence un premier rendez-vous littéraire, qui avait lieu début mars, et qui a réuni au restaurant Le Procope (Paris 6) les écrivains qui ont vendu le plus de livres en 2006 (classement l’Express-RTL-Tite-Live). Ils étaient 30 sur la photo de groupe, mais beaucoup moins nombreux à rester déjeuner. On les comprend. Les 8 années précédentes, on leur servait un repas fin. Cette année, c'était buffet froid.

Les petits nouveaux, Nicolas Fargues, J’étais derrière toi (POL) ou Claire Faÿ, Cahier de gribouillage pour les adultes qui s’ennuient au bureau (Panama), ont rejoint les habitués, Amélie Nothomb, Bernard Werber, Eric-Emmanuel Schmitt pour Albin Michel, Jean d’Ormesson ou Marc Levy pour Robert Laffont, et Jacques Attali et Erik Orsenna pour Fayard. Mais combien de livres, au juste, ces auteurs ont-ils vendu ? Une polémique déclenchée par des éditeurs à ce sujet, Bernard Fixot en tête pour XO éditions, avait secoué l’édition ces dernières semaines. Avec dialogue-réglement de compte par Livres Hebdo interposé.

Mises en cause, trois méthodologies qui définissent les meilleures ventes : Ipsos,Tite-Live et GFK. Les ventes des Bienveillantes, de Jonathan Littell, étaient évaluées en février à 395 000 exemplaires par Ipsos, 503 435 par GFK, et 549 200 par Tite-Live. L’écart de 39 % laisse perplexe. « Il faut douze à dix-huit mois de vente pour savoir à combien d’exemplaires un livre s’est vendu », précisait Christine Ferrand, rédactrice en chef de Livres Hebdo, hebdomadaire des professionnels du livre, dans son enquête sur les meilleures ventes 2006. C'est à dire qu'en ce mois de mars 2007seuls les chiffres des ventes de la fin 2005 sont validés fermement. Justement, ceux qui n'intéressent plus personne aujourd'hui !

Actuellement, Jean-Christophe Grangé est en tête des ventes. Seule certitude : ses livres se vendent mieux que ceux de Régis Jauffret, 46e (attention, on parle ici de quantité, pas de qualité). Grangé a donc de bonnes chances d’être invité au Procope l’an prochain. Restera-t-il jusqu'à la fin du buffet ? 

 

On envisagerait de se tourner vers le modèle anglais. C'est tendance, la Grande Bretagne : Nicolas Sarkozy ne cesse de se référer à des exemples de réussite anglaise dans les débats télévisés. Côté livres, depuis 11 ans, la Grande Bretagne s’est équipée d’un système de suivi des ventes grandeur nature et en temps réel, BookScan. Cet outil de gestion fait l’unanimité auprès des éditeurs, des libraires et de la presse, dans un pays où le prix du livre est soumis à la concurrence. L'édition a le regard rivé, mais perplexe, vers cette expérience réussie par la perfide mais néanmoins européenne et ingénieuse Albion. A suivre, donc. Quant à se tourner, on se rassure, les épaules n'ont pas encore réellement pivoté. Bientôt en France ? Au train où vont les contestations, peut être. Sauf si les esprits se calment, les colères se tempèrent et que tout redevient "comme avant", houleux mais sans tempête. Changer, mais surtout le dire et pas trop bouger quand même. Ca pourrait faire du vent.

17 novembre 2006

Vive Bernard Pivot !

Enfin une voix s’élève ! Bernard Pivot a fait sensation avec sa chronique du JDD datée 12/11. Dans le Monde des Livres daté d’hier, mon excellent confrère Alain Beuve-Méry analyse ses propos et les réactions qu’ils ont suscitées cette semaine. B. Pivot préconisait ainsi « une mesure qui devrait être appliquée à l’avenir dans tous les grands prix : interdiction pour un salarié d’une maison d’édition d’accéder aux jurys, interdiction à un juré de devenir le salarié d’une maison d’édition ». Et de conclure : « Ce serait la moindre des choses ; ce serait pourtant une révolution ».
En effet, une REVOLUTION. Si l’on en croit les réactions choquées, outrées, blessées, très cour de Louis XVI, de ses petits camarades. C’est qu’on s’accroche à son fauteuil…

Alain Robbe-Grillet, Dominique Fernandez, Christine de Rivoyre et Denis Roche pour le Médicis, Diane de Margerie, Christine Jordis, Danièle Sallenave du Femina figurent parmi les plus scandalisés. D’autres sont plus nuancés, sans doute plus conscients du problème. Je vous renvoie à l’édifiant article d’Alain qu’on trouve sur le site du Monde (section Monde des livres, dans la rubrique « Pratique », eh oui, cette localisation a toujours le don de m’émerveiller).

L’occasion d’en savoir un peu plus sur les points de vue des uns et des autres, parmi les plus intéressants, comme celui de Didier Decoin, de découvrir l’extrême probité de François Nourissier, et la proposition de Françoise Chandernagor qui suggère « d’interdire de jury les critiques littéraires qui écrivent des romans, afin de corriger le caractère incestueux du système ». Oui, oui et re-oui.

Je biche un peu, forcément, depuis le temps que je brame ce même air, sur ce blog ou ailleurs.

Si j’avais un peu de courage et de temps, je monterais un prix littéraire décerné par un jury tournant de journalistes non romanciers. Mais il existe tant de prix déjà, qu’il me semble plus judicieux de réformer les existants, plutôt que de sortir un énième candidat à la labellisation.

Encore bravo à Bernard Pivot pour sa hauteur de vue. La prise de position d’un homme de lettres aussi aimé et respecté pourrait suffire à enclencher un changement, en espérant que le débat ne s’achève pas avec l’année. A suivre.  

 
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