Avertir le modérateur

10 novembre 2006

Passeport français

S'il ne revient pas en France avec tout ça... Antoine Gallimard a annoncé que Jonathan Littell venait de gagner euh... pardon, recevoir la nationalité française ! Depuis le temps que le fils de Robert Littell l'espérait. On soupçonnait que son fameux devoir de réserve d'écrivain se doublât quand même d'une petite rancoeur contre l'Etat français qui la lui refusait obstinément. Le Goncourt et le Prix de l'Académie française auraient-ils fini par convaincre ? Mais c'est vrai qu'en ce moment, les Français sont préférés aux Francophones, surtout quand il s'agit de récompenser l'excellence.

Oui, et on le répète encore à tous ceux qui croiraient les télés mal renseignées : ce n'est pas une "prouesse" de la part de ce "jeune Américain" (37 ans, 2 enfants) d'avoir écrit un premier roman entièrement en français : il a été élevé depuis l'âge de 3 ans en france, a fait toute sa scolarité dans l'hexagone, jusqu'à sa majorité, et passé son bac à Paris, au lycée Fénelon. S'il a souhaité être publié chez Gallimard (son manuscrit a été acheté à prix modique par l'éditeur, soit dit en passant), c'est parce qu'il rêvait d'être publié dans la même collection que Maurice Blanchot !

 

06 novembre 2006

Goncourt Jour J

Le Goncourt a été annoncé par les pieds !

C’est en effet la seule partie du corps du secrétaire général du Prix, Didier Decoin, qu’ont pu voir, cette année, la plupart des journalistes. Cette année, l’organisation du Goncourt a changé les règles du jeu : jusqu’à présent, les journalistes étaient conviés au premier étage du restaurant Le Drouant, et priés de s’entasser près de la porte du salon particulier où le Goncourt était annoncé juste avant que les jurés ne passent à  table. Des raisons de sécurité ont été invoquées pour modifier la mise en scène de la proclamation, mais aucun membre de l’équipe du restaurant n’a pu nous les justifier.

Cette année, donc, les journalistes se sont entassés dans le bar du restaurant, tournés tant bien que mal vers l’escalier que les secrétaires généraux des prix Goncourt, puis Renaudot, ont descendu pour annoncer leurs lauréats. Mais la descente n’était pas assez longue pour les nombreux cadreurs rassemblés qui, pour les plus éloignés, se sont contentés d’un Didier Decoin pas tout à fait entier sur l’image. « C’est pas possible de travailler comme ça, on ne reviendra plus », tempêtait Geneviève Moll. La journaliste de France 2 a eu d’autres raisons de se plaindre : sitôt le prix annoncé, les jurés se sont éclipsés pour déjeuner à l’étage. Et les journalistes, bien sûr, ont été priés de ne pas les déranger. Quelques irréductibles, dont les équipes de 20 minutes et de France 2, ont dû patienter près de deux heures pour recueillir les témoignages des différents jurés, comme Jorge Semprun, Edmonde Charles-Roux, Bernard Pivot ou Didier Decoin. Pressé de reprendre son train, Daniel Boulanger n’a pas pris le temps de répondre et d’expliquer pourquoi il avait attribué sa voix à … Elie Wiesel.

 En tout cas, les jurés ne se sont pas seulement régalé de littérature. Voici le menu du repas Goncourt chez Drouant, signé Antoine Westermann : 

- Caviar impérial Baeri et mousseline de céleri (avec vodka)

- Pâté en croûte de foie gras d'oie truffé (avec Sancerre)

- Homard Thermidor (avec un Puligny Montrachet)

- Canard colvert rôti, purée de potiron et chou rouge braisé aux épices(avec un Margaux)

- Mont d'Or du haut Jura, salade de mâche au vieux vinaigre

- Vacherin glacé vanille, chocolat et framboise (avec un Rivesaltes)

- Petit cognac pour pousser, mais de 1970-1973


Il doit y avoir des cantines plus frugales !

02 novembre 2006

Tous pourris ?

Que la houle est sévère dans la petite mer de l'édition française ! Un prix littéraire, le Femina, vient de virer l'une de ses membres, Madeleine Chapsal. C'est une première. Historique. régine Desforges lui a emboîté le pas, par solidarité de rouquine, peut être.

          Madeleine Chapsal aurait fauté en révélant dans son « Journal » l’arrière-cuisine du Prix dont elle était jurée. Ca ne se fait pas, Madeleine, on ne peut pas manger au ratelier des petits arrangements entre amis et à l’auge de la probité dans le même temps. Dommage qu’elle n’ait pas eu le temps de démissionner.

          Jacques Brenner non plus n’aura pas démissionné : il est mort. Ce juré Renaudot s’est éteint il y a cinq ans. Et c’est la semaine dernière que, fort opportunément quelques jours avant la remise du Goncourt et du Renaudot (6/11), Claude Durand, pdg du groupe Fayard, publie l’énorme Journal du monsieur aux éditions Pauvert. L’un de ces pavés (le tome V) s’appelle malicieusement (?) La Cuisine des prix, et concerne les années 1980-1993.

            Les amateurs du « tous pourris » vont connaître une béatitude absolue. On y apprend toutes les petites medium_photo2.JPGcombines, tractations, négociations, échanges de bons procédés qui tricotent les liens entre jurys, éditeurs, écrivains. On apprend aussi beaucoup de choses sur les chiens, un véritable essai d’éthologie canine. Mais ça, c’est moins intéressant. A peine moins triste, du reste, que toutes ces pages qui défigurent l’édition. L’angélisme n’est plus de mise : les candides sauront une bonne fois pour toutes, après avoir fini ce « journal », que l’édition est une industrie, un secteur économique et pas un bataillon d’idéalistes motivés par la littérature, la pensée, l’art et la beauté.
           Un dernier mot sur l’éditeur dudit brûlot, Claude Durand, un grand monsieur et un éditeur comme on n’en fait plus. Mais aussi un homme de pouvoir et d’orgueil qui enrage encore de ne pas avoir eu le Goncourt pour son Houellebecq l’an dernier.

          Et il a raison d'enrager, Claude Durand : systématiquement le Goncourt le boude, il est exclu du groupe Galligrasseuilalbin qui se partage les grands prix (à quelquesanecdotiques maisons d’éditions près). Alors puisqu’on l’a évincé des Prix, il rétorque au bazooka et n’en finit pas d’apaiser sa vindicte. C’est de bonne guerre. De bonne guéguerre, ai-je envie de corriger. Il ne s’agit pas (encore) d’affaires d’état et aucun éditeur n’a la bombe atomique en sa possession. On se calme.

          Je pars à Brive vendredi pour les 25 ans de la Foire et j’espère bien vous rapporter quelques perles post-brenneriennes et pré-goncouriennes. Il va de soi que le livre de Jacques Brenner n’intéressera personne, à part les cités et les acteurs du secteur du livre (j’en suis, pas vous !). Pas la peine donc de vous précipiter pour l’acheter, les journaux vous en sélectionneront les meilleurs extraits et les réactions les plus distinguées, à l’instar du Figaro littéraire et du Monde des Livres aujourd’hui.

      medium_photo1bis.JPG    Il faudrait créer un prix dont le jury serait UNIQUEMENT composé de journalistes QUI N’ECRIVENT PAS DE ROMANS. Et ça, ça n’existe pas. Si chacun daignait rester à sa place au lieu de pratiquer ce mélange des genres, gaiement et sans vergogne : j’écris, tu me publies, je le chronique, il me reçoit, il écrit, je le publie, tu le chroniques, etc.

          Comment tous ces hommes et ces femmes jurés peuvent-ils garantir une rigueur sans faille ? La plupart se côtoient depuis tant et tant d’années. Certains sont probes, évidemment. Mais la faiblesse est humaine et les tentations grandes (sonnantes et trébuchantes, dit-on aussi).

           Tous les ans on brandit la corruption des prix littéraires comme un petit chiffon rouge et en criant très fort. Et ça passe. En attendant, ça fait vendre les journaux (dans lesquels écrivent les écrivains ou les éditeurs qui… voir plus haut). Bon an, mal an, les éditeurs auront ourdi, œuvré, organisé les choses pour faire leur chiffre, malgré tout. C’est à cela que les prix littéraires servent, à renflouer les caisses. Pour se permettre de sortir des livres qui ne seront pas forcément des best sellers mais des œuvres littéraires de qualité. Ce doit être comme cela que les choses se passent in fine, n’est-ce pas ?

 

 

 

24 octobre 2006

Bébé à l'heure

Les Goncourt sont fair play : ils ont rendu ce midi leur troisième et dernière sélection, avant de remettre le prix le 6 novembre prochain. On aurait pu les croire tentés de proclamer leur lauréat aujourd'hui, pour toutes les raisons que j'expliquais dans la note précédente. Mais à quoi bon se fâcher avec les jurys de trois prix ? D'autant que les ventes de Littell baissent, un peu, et qu'il y a vraiment de fameux livres à récompenser cette année.

Ils ne s'y sont d'ailleurs pas trompés, la liste finale en témoigne :

    Alain Fleischer : "L'Amant en culottes courtes" (Seuil)

    Jonathan Littell : "Les Bienveillantes" (Gallimard)

    Michel Schneider : "Marilyn, dernières séances" (Grasset)

    François Vallejo : "Ouest" (Vivianne Hamy)

Dur dur de les départager. Ma préférence va au livre de Michel Schneider qui rassemble tous les critères d’un livre excellent : l’écriture, le sujet, le traitement, le rythme. Il fait inédit, subtil et passionnant avec l’une des vedettes sur lesquelles on a le plus écrit ces quarante dernières années. N’attendez pas la parution de ma chronique dans 20 Minutes pour avoir le détail et allez l’acheter les yeux fermés. Mais il a la malchance d’être édité chez Grasset qui a déjà été récompensé l’an dernier avec le roman de François Weyergans. Misère ! Mais stop, je garde mes commentaires pour les remises de prix.

 

23:40 Publié dans Coulisses | Lien permanent | Commentaires (2)

22 octobre 2006

Un prématuré pour le Goncourt ?

C’est demain, mardi 24 octobre, que le jury Goncourt rend publique sa troisième et dernière liste avant de remettre son prix le 6 novembre prochain. L’information paraît anodine, mais les critiques littéraires sont pourtant plus excités qu’à l’habitude. Pourquoi ? Parce qu’on est plus d’un à soupçonner les honorables jurés de proclamer en hussards leur prix plus tôt que prévu.

 


Ce ne serait pas tout à fait une première : en 2003, Jacques-Pierre Amette avait ainsi bénéficié de l’effet de surprise en étant récompensé quelques jours avant le D day. On s’en souvient comme d’une façon de marquer le coup pour les 100 ans du Prix.

 

Cette année, exceptionnellement, les principaux prix littéraires, Goncourt, Renaudot, Médicis, Femina et Académie française sont tous en ligne comme pour le départ d’une grande course. Généralement, les années sans sel, chaque jury trouve son lauréat (flanqué ou précédé de sa maison d’édition), sans trop empiéter sur les plates-bandes des autres. On s’arrange. On fait contre mauvaise fortune bon cœur, on rattrapera son Seuil l’année prochaine en se consolant d’un Gallimard. Choses comme ça. Je caricature peut être. Ou pas.

 

Mais cette année, il s’agit bel et bien d’une course au livre. LE livre qui figure sur TOUTES les listes, les Bienveillantes de Jonathan Littell, dont vous avez tous, que vous le vouliez ou non, entendu parler. Le brillant pavé de 900 pages, détrôné de la première place des ventes de Livres Hebdo (la référence, la bible des journalistes littéraires, mais aussi le premier fournisseur d’idées des critiques littéraires en mal d’avis personnel) au début du mois seulement par la sortie du dernier Bernard Werber.

 

 

Alors, qui décernera le plus vite ?

medium_Bienveillantes.3.JPGIl se dégage une drôle d’impression de ce manège. Habituellement, un Prix met en valeur et consacre un livre. Un prix littéraire est un argument de vente et de prestige pour un roman. D’ailleurs, les ouvrages récompensés ne sont-ils pas enjolivés d’un bandeau rouge précisant la gratification, quelques jours après qu’ils l’ont reçue ? Sauf que là, c’est l’inverse !

 

L’imposant livre de Littell est la queue du Mickey que chaque jury semble vouloir s’arracher. Comme s’il dépendait de cette consécration l’honneur et le standing du Prix qu’ils représentent. Ne pas passer à côté d’un livre dont on dira à coup sûr dans dix ans qu’il était le livre du début du XXIe siècle (en paraphrasant un peu Semprun), et y appliquer son label.

 

 

Donc, le jury Goncourt donne sa dernière liste demain. Si tout se passe normalement, l’Académie française remet ensuite son prix jeudi prochain, et les Femina et Médicis le lundi suivant, le 30 octobre. Le Goncourt, lui, décerne son prix encore une semaine après. La tentation doit être grande, quand on est le prix littéraire français le plus coté, le plus prestigieux, de griller les copains pour récompenser LE livre avant eux. Car il serait très très très étonnant qu’aucun de ces trois prix, qui ont tous distingué le livre événement de la rentrée, n’ait l’idée de consacrer Littell.

 

Autrement dit, si Littell doit avoir le Goncourt, il l’aura demain ou jamais.

Alors, on pourra espérer le 6 novembre, voir un Michel Schneider recevoir le Prix au Drouant pour son livre très remarqué sur Marilyn Monroe.Un scénario plus ridicule serait que plusieurs prix récompenseraient les Bienveillantes.

Et ce serait vraiment stupide que ce roman certes monumental (et que nous avons, à 20 minutes, été parmi les premiers le 21 août à souligner, hop, un coup de brosse en passant), éclipse la qualité d’une rentrée littéraire épatante, roborative et très épanouissante pour les amoureux des livres.

Et ce serait stupide aussi de faire son malin et de ne pas récompenser ce livre considérable, sous prétexte que tout le monde ou presque est d’accord sur sa qualité, sous prétexte aussi que le public n’a pas eu besoin de la préconisation d’un Prix pour en sentir la valeur, sous prétexte enfin qu’on ne voudrait pas être suiveur sur une telle affaire.

 

Et Jonathan Littell dans tout ça ?  A-t-il les mains moites de stress, craque-t-il sous la pression, est-il sous medium_Littell_2.3.JPG

Euphytose et millepertuis à hautes doses ? D’après ce qu’il m’a confié en sortant de l’interview (cf 20 minutes du 28/09), son grand projet en cours serait d’apprendre l’espagnol. Il a emménagé à Barcelone cet été, parce que sa femme, d’origine belge, a été mutée sur place.

 

Il n’est d’ailleurs pas du tout en train d’écrire un deuxième roman. Non, non, il range ses cartons et se plonge dans la lecture des grands philosophes, ce qui, d’après lui, pourrait lui prendre un bon bout de temps puisque le succès de son livre lui permet de vivre sans penser à travailler dans les mois qui viennent. Parce que, dit-il, il a vraiment de grosses lacunes à combler.

Un garçon exigeant. Qui, du reste, n’a absolument pas prévu de revenir en novembre chercher un prix.

Sa promo française semble l’avoir éééépuisé. Répéter tout le temps la même chose, voir tous ces journalistes, parler d’un livre bouclé depuis longtemps, cela l’a fatigué, et surtout, cela ne l’intéressait pas. Ce garçon, qui vient d’avoir 39 ans ce mois-ci, n’a ni la vocation d’un VRP, ni une dépendance aux médias. Et ne s’intéresse qu’à ce qui le passionne (si vous voulez mon avis).

 

… Quant à ceux qui s’étonneraient de voir ressurgir une morte de son tombeau, qu’ils se rassurent : la bloggeuse va bien, mais elle a été bien occupée. Pas seulement : ce truc-là, le blog, c’est un peu comme le gymnase club. On prend l’abonnement (on ouvre sa page) ; on y va consciencieusement au début, et puis on décroche sans même s’en apercevoir.

Je le confesse, c’est ce qui s‘est passé. Mais puisque le symptôme a découvert sa maladie, je ne devrais pas m’absenter si longtemps. C’est justement comme le sport aussi : quand on s’y est mis vraiment, on ne peut plus s’en passer. Pas de promesses, donc, la meilleure garantie pour des rendez-vous à venir.

17 septembre 2006

BHL, débat ?

On va parler de BHL et d'Onfray pour faire plaisir à Mathieu. J’ai rencontré les deux, j’ai lu les deux.

 

Ils sont de séduisants orateurs, des hommes charismatiques. L’un est né riche, l’autre s’est extirpé du prolétariat avec rage et huile de coude. Ils n’ont pas fréquenté les mêmes quartiers, ils n’ont pas les mêmes colères.

Prenons BHL, il faut bien commencer. Il est l’un des premiers philosophes médiatiques, tels que les années 70  les ont promus à travers des émissions de télé comme Apostrophes. Un homme qui pense et qui n’est pas un barbon, youpi, voilà le contexte où on l’a vu apparaître. L’homme agace. Il est nanti, vit à Saint Germain des Prés, a du pouvoir. Qu’il sorte un livre et c’est la curée. Je vous renvoie à la somme d’ouvrages écrits sur le « phénomène » BHL, l’ « industrie » BHL, la « BHL connexion ».

Mais restons en aux textes, et surtout à son dernier, American Vertigo. Qu’y lit-on ? Le voyage d’un Frenchie à travers les Etats-Unis. Il a rencontré Sharon Stone plutôt que la belle Sandy de nulle part. En voiture avec chauffeur. Ben on s’en doutait un peu, non ? Il reprend le motif du voyage de Tocqueville, l’argument est marketing et ne trompait personne. Et pourtant, il s’en est trouvé des pleureuses horrifiées en France, et quelques persifleurs goguenards outre-Atlantique ! Peut être parce que ce livre est un malentendu, tout simplement : il s’adressait en réalité à tout ceux qui n’ont pas de connaissances approfondies sur le sujet. Au bon peuple. Mais ça, ni les critiques, ni même l’auteur ne s’en sont aperçu, si je puis me permettre un avis personnel.

Il suffisait d’ailleurs d’écouter/lire BHL dans différents médias français pour connaître la substantifique moelle du livre et se passer de l’acheter. En deux mots, BHL dit que le peuple américain ne ressemble pas forcément à son président, et que, toujours, les Etats-Unis ont généré des « virus » auxquels ils ont toujours trouvé leurs propres anticorps, exemples à l’appui. Donc faisons leur confiance en les surveillant quand même du coin de l’œil. Une pensée positive sur les Amerloques, ça change, non ? Ben voilà. Pas si indigne, pas si crucial non plus.

 

Alors, quid du livre ? Les observateurs, journalistes et philosophes de tout poils n’y auront rien appris. Et c’est ce dont ils font état avec stupéfaction ! Attendaient-ils d’apprendre quelque chose d’un BHL qu’ils méprisent, taxent d’imposteur et vilipendent depuis trente ans ? Il faut croire que oui, tiens, tiens… L’homme énerve et tout texte signé de son nom est prétexte à aboiements. Il y aurait un effet miroir à BHL, une vindicte pulsionnelle.  Si BHL n'a rien à dire d'intéressant, pourquoi parler autant de lui ? S'il a tant de pouvoir, pourquoi contribuer à lui en donner encore plus ? Il nous parle de nous et de nos complexes, nos jalousies. Il y a l'argent, le sien, hérité de surcroît. On ne peut pas être intelligent, médiatique, séducteur et riche en France. Mais attention, je ne suis pas en train de défendre BHL, juste d'essayer de garder une neutralité d'analyse. Ce qui ne me demande pas d'effort particulier : je n'ai pas d'actions BHL, je ne suis pas germanopratine et n'ai aucun complexe à enfouir. Je suis de la génération d'après 68, n'ai donc pas de comptes idéologiques d'arrière garde à régler. Et je n'ai besoin d'épargner personne ou de renvoyer quelque ascenseur pour faire mon boulot correctement. Assez libre, la jeune fille, c'est dit.

On a donc beaucoup parlé du livre et il s’est fort bien vendu. Messieurs les détracteurs, croyez-vous avoir travaillé à ensevelir BHL sous le silence ? Si on veut réduire l’influence de quelqu’un, on commence par éviter de lui ouvrir tant de micros, non ? Chacun des lecteurs a pu se faire son propre avis, mais les euros étaient dépensés. Pour ma part, j’ai toujours préféré Platon, Spinoza, Kant et Nietzsche. Les « philosophes » d’aujourd’hui m’amusent un peu en exhibant leurs Bac+6 ou 8 comme un postulat de sagesse.

N’y a –t-il pas aujourd’hui des livres qui se prêtent à l’enthousiasme ? La critique, ou plutôt la « descente » comme on dit dans le jargon journalistique est si facile. Alors on préfère les livres qui suscitent l'indignation parce qu’on a alors l’impression de penser en disant non. Ca nous ramène à l’âge de 3 ans, où le « non » est une façon de se sentir devenir un individu en s’opposant aux parents. Ca redémarre à l’adolescence. Tous les parents témoigneront de ce passage douloureusement chiant pour toute la famille. La société actuelle (ou ceux qui la disent) se comporte comme un ado. Ou alors comme une très vieille dame indigne, à bout de pensée, mais pas à court de plaintes. Tout ça, bien sûr pour se sentir exister. Enquiquiner tout son monde est l’un des moyens assurés de se sentir exister. Et à peu de frais : on geint, on critique, mais on n’est responsable de rien : c’est le monde qui tourne mal, pas moi. Et tout est tellement beau à travers le prisme du souvenir : « C’était mieux avant ».

Je reprends une autre note pour Onfray un peu plus tard, j’ai écrit un peu long pour une lecture verticale. A plus tard, Mathieu !

12 septembre 2006

Zakouski

Bon alors j'essaie de progresser dans la gestion de ce blog. J'ai inséré une petite photo de Moix dans la dernière note, histoire de faire ma futée. A la demande quasi générale, je vous copie-colle la petite chronique que j'ai écrite sur son livre et on passera ensuite à autre chose. La voici :

Et moi et Moix

Yann Moix a 13 ans quand François Mitterrand est élu président. Il raconte une enfance humiliée, consolée par son admiration pour des grands hommes qu’il égrène dans un Panthéon très personnel. Inventions verbales et ruptures syntaxiques sont mises à profit d’un texte qui mélange anecdotes, jeux d’esprits et réflexion distanciée sur l’époque. En filigrane, la solitude, la sincérité et une lucidité sévère font le terreau d’aphorismes savoureux. Dans ce dernier volet de sa « Trilogie du monde moderne », Moix ne se laisse pas aller au salmigondis d’idées tel que dans Podium. Le plaisir de lire Panthéon est réel.

Panthéon, Yann Moix (Grasset)

Voilà, c'est fait. Je me suis absentée un bon moment parce que j'errais fantôme sur le site. Maintenant, ma page est de retour et pour de bon, Jamal est aux commandes.

 

Elodie, pardon, mais je ne peux rien pour votre prof de droit. Rendez-lui des copies brillantes, émaillées d'aphorismes tonitruants que vous attribuerez... voyons... à tel ou tel auteur contemporain faussement moderne, bêtement choquant ou totalement ringard puisqu'il semble aimer ce genre. Quant à Angot, son livre est à côté de moi, là. Au moins, elle sourit sur la couverture. C'est peut être un bon cru, cela reste Angot. Chacun son truc. Reste à savoir s'il y a encore un public nombreux qui a envie de lire ces / ses livres. Je vous tiendrai au courant des ventes, promis.

medium_Saint_Malo.3.JPG

(... La photo, C'est Saint-Malo, juste pour faire beau).

Il faut absolument parler ici de Littell, j’en serine tout le monde depuis un mois. Mille choses à en dire et vous pouvez aussi bien commencer.  Je le rencontre aussi le 22 septembre prochain et c'est promis, je débriefe. Il vient d'entrer sur la première liste du Goncourt, malgré ses 900 et quelques pages.

 Parlons-en de cette première liste : y figurent Stéphane Audeguy, Antoine Audouard, Christophe Bataille, Jean-Eric Boulin, Alain Fleischer, Nancy Huston, Gilles Lapouge, Camille Laurens, Jonathan Littell, Léonora Miano, Amélie Nothomb (eh oui !), Olivier et Patrick Poivre d’Arvor, Michel Schneider et François Vallejo. Pas vraiment des perdreaux de l’année, mise à part la jeune Camerounaise Léonora Miano dont j’ouvre le livre cette semaine. On note que Gallimard, Grasset et Albin Michel, "Galligralbin" pour les initiés, totalisent la moitié des 14 livres sélectionnés.

Et la liste a été ouverte aux « petits » éditeurs Viviane Hamy, Stock et POL, avec beaucoup d’urbanité et de modernisme, n’oublions pas que le jury compte « quand même » deux petits jeunes, les sémillants Bernard Pivot et Didier Decoin, de vrais amoureux de la littérature ces deux-là et c’est déjà ça.  Pour l’heure, rien n’est joué, les deuxième et troisième sélections interviennent les 3 et 23 octobre prochain, pour un verdict attendu le 6 novembre.

N’oublions pas que la première liste sert à faire plaisir d’une part aux jurés et à leurs coups de cœur personnels, d’autre part aux amis qu’on n’osera pas froisser dès le début de septembre. Après, il faudra être plus raisonnable. Chaque juré a lu une cinquantaine de livres cet été. Ensemble, ils ont essayé de couvrir le plus largement possible l’éventail de la production « goncourable », c’est à dire le Galligralseuil.

Gallimard totalise quatre candidats (Audeguy, Audouard, Littell, Poivre d’Arvor), c’est le concurrent le mieux placé. Derrière lui, ex aequo, Albin Michel (Amélie Nothomb, Gilles Lapouge) et Grasset (Bataille, Schneider). Grasset ne joue pas pour de vrai : l’éditeur a vu son Weyergans récompensé l’an dernier. Simple hommage, donc, à Christophe Bataille, édité et éditeur chez Grasset qui livre un petit ouvrage amusant sur l’histoire de sa maison d’édition. Réservé aux happy few. Michel Schneider vaut le détour avec son Marylin, dernières séances. Dommage que ce soit pour du beurre, comme on a dit.

Pour résumer, à moins de choisir parmi les éditeurs outsiders, comme ce fut le cas il y a deux ans avec Laurent Gaudé et Actes Sud, Gallimard est donné favori. Après il y a la qualité des livres et les grandes manœuvres des éditeurs. Evitons le cynisme facile, la première sélection du Goncourt est une bonne liste, faite de bons livres. Pour la majorité. Question de goûts, aussi bien.

Pendant l’errance de mon blog dans les limbes de sa conception balbutiante, j’ai assisté aux premiers cocktails de la rentrée : la Fnac, puis Virgin donnaient leurs prix. Je n’en ai rien raconté. Je sais, c’est vache. En fait, c’était comme une rentrée scolaire, sans l’odeur des cartables neufs mais avec des coupettes de champagne (en vrai verre) : Il y avait les auteurs, les patrons de presse, en forme, les attachées de presse et les journalistes, et les immanquables pique-assiettes, les hirondelles, rendus plus affamés encore par la trêve estivale. Il y avait ceux qu’on a trouvé plaisir à revoir, ceux qu’on a essayé de ne pas voir, ceux aussi à qui on s’est contenté de faire des sourires, et puis les copains. Nous étions tous bronzés, coupes de cheveux rafraîchies, à l’exception de Frédéric Beigbeder qui avait troqué son teint de jeune fille contre une petite barbe très seyante. L’air du retour au taf se respirait à pleins poumons, effet septembre. Devant l’entrée gardée de la Fnac Montparnasse, des petits groupes s’agglutinaient, tout le monde se balançait d’un pied sur l’autre avant de pouvoir entrer.

Heureusement, les parents n’étaient pas venus.

01:25 Publié dans Coulisses | Lien permanent | Commentaires (8)

25 août 2006

De Jacques Lanzmann à Yann Moix

medium_Moix.3.JPGBigre, Elodie a une sacrée mémoire pour se souvenir aussi bien des rencontres du salon littéraire de Caen. Je suis impressionnée. Et gauchère aussi, bien vu ! Quant à Jacques Lanzmann, il était tout sauf gâteux. S’il semblait à côté de la plaque durant le débat, c’est qu’il n’entendait strictement rien des questions que je lui posais. Son sonotone interférait avec le micro. Et puis Janine Boissard l’insupportait. Il m’a confié avoir pris un malin plaisir à la contredire systématiquement. Un drôle de malicieux, bien vert malgré ses moustaches blanches.

Mais revenons à la rentrée littéraire. Première vraie surprise, j’ai aimé le dernier Yann Moix, Panthéon (Grasset). Je vous renvoie au pitch de la chronique qui paraît lundi dans 20 Minutes. J’ai pu finir le livre, sans que la lecture me devienne pénible à partir de la page 60. Ce qui justement n’avait pas été le cas pour ses deux précédents. J’ai donc commencé le texte avec une petite appréhension : la malédiction de la page 60 allait-elle frapper de nouveau ? Vérification dans Panthéon : sur la page fatidique, François Mitterrand tripote des bonbons collants au fond de sa poche et l’auteur cite son copain Benoît Poelvoorde (c’est le côté midinette de l’auteur qui déborde un peu).

On peut continuer. Moix a trouvé une forme en adéquation avec son style dissipé : des séquences courtes, un travail sur la phrase, la langue, sa voix d’écrivain est posée. Et puis le sujet est familier au lecteur, un trentenaire, qui partage avec l’auteur les souvenirs d’une époque politique vécue en culottes courtes. L’enfance du narrateur ne se prête pourtant pas à la nostalgie, orléanaise, maltraitée, solitaire. Il a les mots justes pour la décrire, raviver la morsure des torgnioles et s’en détacher d’un « même pas mal » un peu faraud. Le rire est froid, la carence affective palpable et l’échappée dans l’imaginaire, peuplé de ses grands hommes, est touchante.

L’écrivain Yann Moix a du talent et un univers, c’est indéniable. L’homme, lui, pèche par opportunisme : il travaillerait à l’adaptation cinématographique de son texte. Je ne suis peut être pas assez moderne, mais ce systématisme affiché, qui consiste à sortir le livre et le film à partir d’une même idée m’agace. Yann Moix a-t-il fait ses classes chez Walt Disney qui décline chacune de ses nouvelles histoires en une série de produits dérivés, du DVD à la cuillère à potage ? L’écrivain fait un croc en jambe à son œuvre : c’est lui-même qu’il décline d’un support à l’autre, Moix version livre, Moix version film. A quand le porte-clef vendu avec le livre ? C’est presque dommage de n’y avoir pas pensé pour ce roman-ci :  imaginons un petit Panthéon en plastique dur, pas plus gros qu’un dé, pendouillant au bout de sa chaînette. Ravissant. Succès garanti à l’export.

La prochaine fois, vous parler de Jonathan Littell qui signe le livre le plus impressionnant de la rentrée.

20 août 2006

Drôle d’année pour une rentrée littéraire

C'est parti pour la rentrée littéraire 2006 ! La France n'a pas encore rangé son p'tit bikini que les livres d'automne arrivent déjà sur les tables des libraires. C'est un petit peu comme le catalogue de La Redoute ou les collections de prêt à porter : ils arrivent toujours trop tôt et filent le bourdon aux estivants. De quoi sera faite cette rentrée ? Pas de gros noms pour les prix donc rien de joué, aucun kador sinon les habitués, et surtout, surtout, beaucoup de livres politiques qui s’ajoutent à l’habituel déferlement de romans. C'est malheureusement le fait le plus saillant de cette fin d'août littéraire.

Quelles seront les stratégies de ceux qu’on pourrait appeler les « Peopolitiques » pour convaincre les Monsieur-tout-le-monde que nous sommes d’acheter, et cher, des livres prévisibles. Révéler des pensées politiques personnelles, inédites, profondes ? Faire comme si le sort de la France ne dépendait plus que d’un homme providentiel ? Raconter sa recette de cake aux légumes ?

De tout cela, il ne sera question dans ce blog. J’ai mis assez longtemps à l’ouvrir, me demandant ce que je pourrais bien y raconter. Je vous ferai part des commérages de cocktail, puisque le critique littéraire parisien est un champion de la bouchée-tiède-foie-gras-abricoté diluée à grandes rasades de coupettes de champagne. Et puis ce blog sera bien le lieu privilégié des livres et des lecteurs. Ca tombe bien, la rentrée littéraire s’y prête à merveille, avec des bons romans bien léchés, des idées, des sorties de nombril réussies pour les écrivains, et du style, des pépites à découvrir et des bouquins qui peuvent changer la vie.

Alors plutôt que de s’emparer du dernier Jack Lang qui publie cette année plus frénétiquement que la collection Harlequin, il nous reste les romans qui disent plus sur le monde qui nous entoure qu’un essai politique. Essayez, vous verrez. A condition d’en lire plus d’un. Sur ce, je déblogue et retourne aux pages du livre dont je parlerai bientôt ici.

 

 Karine Papillaud

19:40 Publié dans Coulisses | Lien permanent | Commentaires (7)

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu