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25 février 2007

Ce qu'on lit dans l'espace

C'est dimanche ! Et comme on n'est pas censé travailler le jour du Seigneur, je me contente de vous rapporter une dépêche AFP, parue jeudi dernier :

En avril, à bord de la fusée Soyouz, le touriste de l'espace Charles Simonyi compte emporter de la lecture.

Le prochain touriste de l'espace, le milliardaire américain d'origine hongroise Charles Simonyi, rêve d'une bibliothèque dans l'espace à laquelle il apportera lors de son vol en avril Goethe et l'auteur de sciences fiction Robert Heinlein.

« Partout où les humains se trouvent, il doit y avoir une bibliothèque », a-t-il déclaré au cours d'un entretien accordé à l'AFP dimanche à Moscou.

Les deux ouvrages que l'homme d'affaires et informaticien de renom prendra dans son maigre bagage à bord de la fusée russe Soyouz à destination de la Station spatiale internationale seront le Faust du grand écrivain allemand Goethe mort en 1832 et Révolte sur la Lune de l'auteur de science fiction américain Robert Heinlein disparu en 1988.

Révolte sur la Lune « décrit un avenir particulier où l'humanité quitte la Terre et il traite plus de l'aspect politique de la situation que des technologies concernées, c'est très divertissant », a déclaré M. Simonyi pour expliquer son choix.

« Faust fait partie de notre héritage littéraire, il appartient à l'humanité tout entière et aborde les relations de l'homme avec l'univers et avec les sciences. Y a t-il un meilleur endroit pour lire sur ces sujets (que l'espace)?», a lancé l'ancien créateur de logiciels de Microsoft.

 

afp

23 février 2007

Un nid pour quoi faire, Olivier Cadiot

medium_Un_nid_cadiot.jpgL’histoire n’est pas si importante : un roi exilé avec sa cour à la montagne recrute un nouveau conseiller pour reconquérir le pouvoir. Tous les tics de notre société y passent joyeusement, du marketing au bouddhisme en passant par la psychologie et la démocratie participative. Mais l’essentiel est dans la forme, dans ces phrases descendues à fond de train, comme en ski. L’histoire est truffée d’expérimentations narratives, bribes poétiques, emprunts au théâtre qui construisent un texte hybride, 100 % pure littérature. Délectation intellectuelle garantie.

Un nid pour quoi faire, d’Olivier Cadiot (P.O.L)

KP

11:30 Publié dans Chroniques express | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Cadiot

Mort du Professeur Zarifian

Il pensait qu’on substituait trop souvent la pilule à la parole. Le Professeur Edouard Zarifian est mort d’un cancer mardi 20 février, à l’âge de 65 ans.

Psychiatre, professeur de psychiatrie et de psychologie médicale au CHU de Caen, il s'est très vite distingué comme humaniste, et privilégiait un rapport humain vrai fondé sur la parole, et l’empathie dans l’approche des souffrances psychiques. Resteront ses livres, comme Jardiniers de la folie, Des paradis plein la tête, Le Prix du bien-être, La Force de guérir.

Dans l’un de ses derniers ouvrages, Le Goût de vivre, publié en 2005 par Odile Jacob chez qui il dirigeait une collection médicale, il dénonçait l’approche scientiste et autoritaire des neurosciences, domaine dans lequel il a longtemps cherché pour se tourner ensuite vers la psychanalyse et la connaissance de la psyché. Pour lui, psychisme et cerveau, chimie du corps et souffrances du sujet sont indissociablement liés. Cela peut sembler évident, mais cette position a été comme révolutionnaire dans le monde neuroscientifique et psychiatrique.

Edouard Zarifian s’est aussi fait connaître en étant l’un des premiers à stigmatiser la consommation excessive d’antidépresseurs en France :"Aujourd'hui encore, la nécessité de rénover l'expertise psychiatrique et la place de la France comme 1er consommateur européen de psychotropes, montrent à quel point les thèmes de réflexion du Professeur Zarifian demeurent d'actualité", note le communiqué du Ministère de la santé, publié hier (source AFP).

J’ai eu le plaisir de le recevoir dans un débat en mai 2006, au Salon du Livre de Caen. Ce bon vivant venait de publier un livre intitulé La Bulle de champagne (Perrin), dans lequel il rendait un hommage gourmand et esthétique au moine bénédictin Dom Perignon. Je garde de cet homme un souvenir lumineux, et pétillant.

Je termine cette note en lui laissant la parole, ce qu’il a lui-même fait avec tant de bienveillance dans sa pratique analytique.

 « Le besoin de croire est consubstantiel à l’être humain. Contrairement à ce que l’on imagine, le don et le partage ne sont pas des valeurs morales mais des nécessités pour vivre en société de manière harmonieuse. Si j’ai une foi, c’est la foi en l’être humain. Dans toute l’histoire de l’humanité, il y a toujours eu un homme qui, par son action, à permis de racheter les autres. Demain, il y en aura un ou plusieurs qui induiront le changement. Aujourd’hui, on peut modifier notre génome sans avoir aucune idée de ce que cela va produire. Sur notre magnifique planète Terre, on détruit de manière souvent irréversible l’environnement. Mais on peut penser qu’il y aura des prises de conscience. On a toujours tendance à envisager le temps à notre échelle humaine. Si on veut tout immédiatement, on sera déçu. Mais l’espoir, c’est l’avenir… » (source Alternative Santé )

22 février 2007

Mal de pierres de Milena Agus

medium_Agus.2.JPGDans la Sardaigne d’après guerre, on est considéré comme une vieille fille à trente ans, même quand on est soufflante de beauté. Pourquoi cette femme rebute-t-elle tant les hommes ? Il faudra attendre la fin du livre pour percer le mystère bouleversant de cette héroïne secrète et fantasque. Elle finira par se marier sans passion, et le roman d’une vie étrange de demi teintes commence, à travers le récit qu’elle fait grand-mère à sa petite fille. Court, serré, riche d’une émotion intense qui n’attend plus que son lecteur, ce Mal de Pierres est l’un des bijoux de la rentrée littéraire de janvier 2007.

Mal de Pierres, de Milena Agus (Liana Levi)

KP

 

21 février 2007

Fan fiction, c’est quoi ?

Puisque Harry c’est bientôt fini, il reste à ses fans la possibilité d’inventer des suites à son histoire. Pourquoi pas ? Le principe est en train de devenir un phénomène international, rien que ça, qu’on désigne sous le terme de « fan fiction ». C’est la dernière mode sur le web, de raconter des suites d’œuvres littéraires.

De Peter Pan au Journal de Bridget Jones, tout est permis. Un chapitre de l’histoire originale chiffonne ? Hop, on en propose un autre. Le site fanfiction.net recense ainsi plus de 280 000 variations d’Harry Potter… et près de 1400 des Misérables, quand même (source Livres Hebdo n°673).

Le principe suivi par les "fanfic" consiste à reprendre une histoire quelle que soit sa forme, série télé, film, roman ou manga. Et son élaboration tient compte des remarques effectuées par les internautes lecteurs ! De la vraie littérature collaborative.

Ca ne ressemblerait pas à des ateliers d’écriture, ça ? L’atelier d’écriture est un concept plutôt anglo-saxon, tendance américaine. La plupart des auteurs reconnus ou à succès y ont usé leurs fonds de culotte sans se sentir dépossédés de leur talent d’écrivain. En France, l’engouement est marginal option mépris ou deuxième zone, à peu près semblable à celui que suscitaient les lectures publiques il y a quelques années.
Aujourd’hui les lectures publiques ont conquis un large auditoire, grâce notamment au Marathon des mots de Toulouse qui en a pour de bon lancé la mode il y a trois ans. De belles perspectives s’ouvrent peut être pour l’atelier d’écriture qu’on ne s’attendait peut être pas à voir arriver sur le front du Net. Le succès s’évaluera, comme souvent, au nombre de grincheux qui y trouveront à redire. A suivre.

20 février 2007

"Je ne suis pas amoral", Joseph Connolly

Je ne suis pas immoral !

medium_joseph_connolly1.JPG
Votre nouveau roman, L’Amour est étrange (Flammarion) raconte l’histoire d’une famille anglaise des années 50 à 90. Les hommes sont des pauvres types, pendant que les femmes se battent pour survivre. Est-ce votre regard sur la société contemporaine ?

Ce livre est effectivement une sorte de roman féministe. Clifford, le personnage principal, ne sait jamais où il en est. Il y a toujours une femme pour s’occuper de lui. Sa sœur, Annette, bataille pour s’en sortir et pour exister dans la société. C’est elle qui porte la famille à bout de bras et qui permettra à sa mère très effacée, démunie à la mort de son mari, d’épanouir sa véritable nature.

Vous n’êtes certes pas un écrivain moraliste, mais vous êtes allé loin dans ce livre : inceste, éloge de la prostitution, nonnes sadiques, prêtres libidineux…

Attention, ceci est un roman ! Je ne suis pas immoral, mais certains de mes personnages le sont, c’est vrai.

Votre livre est tout de même une charge contre la religion…

Personnellement, je n’ai rien contre aucune religion. Ce couvent catholique irlandais où se produisent tant de choses atroces existait encore il y a dix ans. Dans ces endroits, on a souvent commis le mal au nom du bien. Des gens qui représentent Dieu disent à des enfants, du haut de leur autorité, qu’ils font le Mal. Difficile de grandir avec ça, non ?

La famille est-elle le lieu privilégiée de la violence ?

C’est souvent  le cas, si l’on en croit les faits divers. Mais il y a aussi de la tendresse entre mes personnages : le père aime ses enfants, Clifford et Annette, même s’il ne sait pas le leur montrer de façon… saine.

Le monde est-il pour vous régi par les rapports de force ?

Une relation idéale entre êtres humains repose sur une entente mutuelle où l’on donne et l’on reçoit de façon équilibrée. Dans la réalité, il y a la plupart du temps un dominant et un dominé. Les forts ressentent la faiblesse des uns, et les faibles recherchent la force des dominants, c’est ainsi.

Propos recueillis par Karine Papillaud

Le livre

Une modeste famille anglaise des années 50, vérolée par les non-dits, la honte et la misère affective, glisse doucement dans une tragédie amorale. L’humour grince, la plume corrode, l’histoire tient en haleine. La réussite tient dans une maîtrise stylistique sophistiquée qui alterne et fond entre eux les monologues intérieurs des quatre héros.

21:30 Publié dans Interviews | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : Joseph Connolly

Harry Potter déjà chaud

Qu’on en finisse avec les élections, pour en arriver enfin à l’événement de l’année : la parution du septième et dernier tome d’Harry Potter ! JK l’a dit, c’est le der de der. L’auteure aurait rendu son dernier manuscrit, Harry Potter And The Deathly Hallows, le 11 janvier dernier. On parle du 21 juillet comme date de publication en Grande-Bretagne. Si cette date se confirme et comme peu de fans sauront attendre la publication française prévue en fin d’année, les professeurs d’anglais de notre beau pays auront le plaisir de constater que le niveau d’anglais de leurs élèves aura augmenté comme par magie à la rentrée prochaine. A moins que, façon bouquet final, le livre ne paraisse en sortie mondiale, comme un film a succès. Ce serait une belle chute, non ? Jean-François Ménard, le traducteur français, doit déjà être dans les starting blocks.

Avec ce septième tome, c’est une manne financière qui s’évanouit pour des éditeurs du monde entier (Gallimard en France). Joanne Kathleen Rowlings, de son côté, met un point final à une histoire qu’elle porte depuis 1990. Même si la fin a été quelque peu modifiée, elle en connaît les secrets depuis… 17 ans ! Il était lourd à porter ce gros bébé. Est-ce la raison pour laquelle elle a décidé de mettre à mort deux des personnages principaux dans cette toute fin ? Sadisme ou possessivité d’un écrivain dépassé par son succès ?

En attendant, le jeune Daniel Radcliffe qui interprète Harry Potter au cinéma, fait beaucoup parler de lui. Il apparaît en effet nu dans une pièce de théâtre, Equus, donnée à Londres. On peut voir ses fesses en photo sur le site de Fantasy, Elbakin.net. Mignon, mais sans conséquence sur le système hormonal d'une trentenaire (j'ai testé, si si). La plus belle insolence du jeune Daniel n’est pas de montrer ses fesses, mais de toucher un chèque astronomique, 50 millions de dollars, le 23 juillet prochain, jour de ses 18 ans(cinehoraire.ca et news.com.au). Ce sera l’ado le plus riche d’Angleterre. Une indiscrétion, il commencerait par se faire plaisir en achetant quelques toiles de maître. L’interview, toute chaude, est sur le Coin ensorcelé d’Harry Potter (ce site est une mine, je n'apprends rien aux fans). Enfin, pour ceux qui souhaiterait voir Daniel Radcliffe dans sa panoplie de sorcier nubile, trois photos exclusives de Harry Potter et l’Ordre du Phoenix viennent d’être mises en ligne sur le site de cinéma-france.com. Sortie annoncée : 11 juillet 2007.

16 février 2007

L'anglais pas pour les anglophones

Savez-vous que les anglophones, Anglais ou Américains de souche, sont d'emblée saqués aux concours d'entrée à l'éducation nationale (Capes, Agreg) ? Ce pur petit scandale, jubilatoire et franco-français est dénoncé dans un livre savoureux et passionnant écrit par une Américaine vivant en France depuis 20 ans, et qui a vécu  l'expérience de revenir à 40 ans passés sur les bancs de l'école. De la Sorbonne, précisément. Paris IV. La même fac que moi. Celle où les étudiants en barbour assorti au marbre des halls ancestraux, se voussoient, rien que ça.

Lisez Sorbonne Confidential de Laurel Zuckerman (Fayard). On s'en reparlera ici.

13 février 2007

L’Arlésienne

Que sont devenus les livres politiques que tout le monde attendait en fin d’année 2006 ? Je veux parler du fameux livre de Ségolène Royal, Désirs d’avenir et du énième signé par Jack Lang cette même année (par pitié, ne m’obligez pas à en faire le recensement et allez voir en librairie).

Vous n’en lirez aucun, même si certains catalogues de libraires, plus désespérés qu’optimistes, persistent à les annoncer pour le printemps.

L’abandon de candidature de Jack Lang a causé la mort de son projet littéraire (et la naissance de quelques soucis avec l’éditeur).

Quant à Ségolène Royal, on apprend que les deux livres qu’elle devait publier sont également abandonnés. Deux livres, car aux Désirs d’avenir s’était ajouté un abécédaire-portrait dessiné-écrit par Marie-Françoise Colombani du Elle.

Chausses-trappes, rebondissement, colères d’éditeur et revirements de tous bords : tous les détails de ces petites histoires fort croustillantes se trouvent dans les Rebuts de presse, le blog de mon confrère du Nouvel Obs, Didier Jacob.

Vous allez vous régaler, l’enquête est excellente.

08 février 2007

Le scoop fait flop

L'an dernier à peu près à la même époque, Franz-Olivier Giesbert cassait la baraque et pulvérisait les records de vente de livres toutes catégories confondues pendant plusieurs semaines avec son livre sur Chirac, la Tragédie du Président (Flammarion). Un livre passionnant qui, et ça n'engage que moi, ne violait en rien la sacro-sainte déontologie journalistique dont on parle beaucoup plus qu'on ne la médite réellement.
Cette année, Pierre Péan s'apprête à sortir "son" Chirac, après avoir "fait" son Mitterrand en 1994, où il mettait en lumière la jeunesse française du Président de l'époque sous l'Occupation. Enquête ou entartage, espèrons qu'il a consigné dans ce nouvel opus des révélations "révélantes" : il s'est tellement dit, écrit et filmé sur Chirac, ces derniers temps, qu'on ne s'attend plus à en apprendre beaucoup. Peut être même qu'on ne s'y intéresse plus tant que ça. Je tiens les chiffres de ventes à l'oeil, on fera le point dans deux ou trois semaines ici.  

Pour l'occasion, les éditions Fayard rejouent le coup de l'embargo le 14 février (on se souvient du brillant lancement de Houellebecq en septembre 2005, façon "la montagne accouche d'une souris, toute petite"). L'affaire est parfaitement expliquée par Pierre Assouline sur son blog dans une note datée 6 février, je vous y renvoie, je ne dirai pas mieux que lui ;-)

 

06 février 2007

Rencontre à Saint Germain

J’ai rencontré ce soir un écrivain passionnant dont je n’ai pas encore lu le livre. Ca arrive ! Il s’agit de Sylvie Aymard, l’auteur de Courir dans les bois sans désemparer (éditions Maurice Nadeau). Le titre, une merveille, tout un programme. Je dis « écrivain » parce qu’elle en a tous les symptômes, je vous confirmerai mon opinion après lecture, ce qui ne tardera pas.

Je confesse être passée à côté de ce livre sorti en septembre dernier dont on me dit les meilleures choses depuis quelques semaines. Des amies, une écrivain, une éditrice ; le principe du bouche à oreille. Et bing, je finis par rencontrer cette fameuse Sylvie Aymard le jour où les centres Leclerc lui décernent leur prix. Un Prix littéraire qui n’a rien de bidon et qui a du flair, même si ça sent le caddie.

Courir dans les bois sans désemparer (je ne m’en lasse pas) est un premier roman, écrit par une très jolie femme de 52 ans, passionnante, simple, profonde. Elle écrit depuis ses 15 ans, pour elle et ses proches, mais son métier officiel est guide-conférencière à Cluny, spécialisée dans l’art roman. Son dada, découvrir comment se construisent les gens. Elle est éditée par ce grand monsieur qu’est Maurice Nadeau, un éditeur mythique et éminemment respectable, amoureux des livres et découvreur de talents (on lui doit le premier Houellebecq, son meilleur), toujours aussi fringant et sagace du haut de ses 96 ans.

En route pour le livre.

 

01 février 2007

Les belges sont-ils tombés sur la tête ?

Branle-bas de combat dans les écoles belges : un texte écrit par un célèbre écrivain pour la jeunesse secoue actuellement le territoire de Wallonie jusqu’en Flandres. « Rédaction », l’une des nouvelles de Bernard Friot, qui fait partie d’un recueil désopilant destiné aux enfants, Encore des Histoires pressées, publiées chez Milan, est accusée de banaliser la violence. Elle raconte les bêtises qu’un petit garçon est obligé de mettre au point pendant ses week end, pour avoir de quoi raconter dans ses rédactions le lundi, et récolter de bonnes notes. C’est du Friot, donc du deuxième degré, et les mauvais coups en question ne manquent pas d’humour noir. (La maison d’édition m’a donné l’autorisation de produire le texte un peu plus bas dans cette note).

En soi, le texte ne pose pas de problème et n'a provoqué aucune polémique au moment de la sortie du livre.

Le « scandale » s’est déclenché depuis que le texte a été sélectionné, avec trois autres, pour le Grand Test de lecture organisé à l’échelle nationale par la commission du pilotage en Communauté française, qui concerne l’ensemble des écoles primaires belges francophones. L’affaire a éclaté la semaine dernière, le test a lieu cette semaine : 150 000 élèves sont actuellement soumis à ce test d'évaluation en lecture et en expression écrite. L'objectif est de mesurer les acquis de l'ensemble des élèves et de donner des indications aux enseignants sur l'efficacité de leur action. Martine Herphelin, la directrice de la commission du pilotage en Communauté française ne s'attendait pas à un tollé en la matière, entretenu notamment par la fédération de l'enseignement fondamental catholique ou le Conseil de l'enseignement des communes et des provinces qui estime que "les valeurs véhiculées dans les tests heurtent à juste titre directeurs et enseignants"(Source Libre Belgique).

Dans La Dernière heure, le journaliste Christian Carpentier a recueilli des réactions d’enseignants : "Ceci n'est pas un fait divers. Le Centre antipoison risque d'être débordé" , nous fait-on savoir. D'autres insistent : "Ce texte véhicule une image négative des enseignants, ainsi qu'une banalisation de la violence, du vandalisme, voire plus puisqu'on est récompensé en fonction de la gravité des faits. Peut-on proposer n'importe quoi aux élèves sous le couvert de l'humour ? Les enfants de 5e n'ont pas le recul suffisant pour analyser ce genre de texte au second degré (à supposer qu'il y en ait un)."

La ministre de l’enseignement a jugé le choix regrettable. Les enseignants ont été invités, par circulaire ministérielle, à faire précéder l'épreuve d'un petit avertissement aux enfants. Justement, les enfants dans tout ça ? Comme d’habitude, ils sont plus sages que les adultes et surtout plus réceptifs au second degré que leurs aînés. Rappelons juste que les contes de Grimm, Perrault ou Andersen, les histoires de la Comtesse de Ségur ou encore du merveilleux Roal Dahl sont d’une férocité et d’une cruauté redoutables et que ça n’a choqué personne jusque là.

En France, les livres de Bernard Friot figurent sur les listes de l’Education nationale. Pourvu qu’ils y restent…

medium_Encore.Histoires.jpg« Rédaction », Encore des histoires pressées, de Bernard Friot (ed Milan)

Tous les lundis, c’est pareil. On a rédaction. « Racontez votre dimanche ». C’est embêtant, parce que, chez moi, le dimanche, il ne se passe rien : on va chez mes grands-parents, on fait rien, on mange, on refait rien, on remange, et c’est fini. Quand j’ai raconté ça, la première fois, la maîtresse a marqué : « Insuffisant ». La deuxième fois, j’ai même eu un zéro.

Heureusement, un dimanche, ma mère s’est coupé le doigt en tranchant le gigot. Il y avait plein de sang sur la nappe. C’était dégoûtant. Le lendemain, j’ai tout raconté dans ma rédaction, et j’ai eu « Très bien ». J’avais compris : il fallait qu’il se passe quelque chose le dimanche. Alors la fois suivante, j’ai poussé ma sœur dans l’escalier. Il a fallu l’emmener à l’hôpital. J’ai eu 9/10 à ma rédac.
Après, j’ai mis de la poudre à laver dans la boîte de lait en poudre. Ca a très bien marché : mon père a failli mourir empoisonné. J’ai eu 9,5/10.
Mais 7/10 seulement le jour où j’ai détraqué la machine à laver et inondé l’appartement des voisins du dessous.
Dimanche dernier, j’ai eu une bonne idée pour ma rédaction. J’ai mis un pot de fleurs en équilibre sur le rebord de la fenêtre. Je me suis dit : « Avec un peu de chance, il tombera sur la tête d’un passant, et j’aurai quelque chose à raconter. »
C’est ce qui est arrivé. Le pot est tombé. J’ai entendu un grand cri mais, comme j’étais aux WC, je n’ai pas pu arriver à temps. J’ai juste vu qu’on transportait la victime (c’était une dame) chez le concierge. Après, l’ambulance est arrivée.
Ca n’a quand même servi à rien. On n’a pas fait la rédaction. Le lendemain, à l’école, on avait une remplaçante.
-Votre maîtresse est à l’hôpital, nous a-t-elle annoncé. Fracture du crâne.
Ca m’est égal. On a eu conjugaison à la place. La conjugaison, c’est plus facile que la rédaction. Il n’y a pas besoin d’inventer.

30 janvier 2007

La littérature qu'on enseigne

Lu dans les Indiscrétions du Point sur le net : "Du rififi dans l'enseignement de la littérature française
Le sémiologue d'origine bulgare Tzevtan Todorov ouvre un débat en déplorant que l'enseignement des œuvres soit enseveli sous un discours post-structuraliste, qui jargonne dans un charabia pseudo-scientifique. Une position relayée par la vice-présidente de la Maison des Ecrivains, Anne-Marie Garat, qui accuse l'Education Nationale de laisser « la filière littéraire de l'enseignement secondaire en voie d'extinction ». Ironie de l'histoire, l'inspection générale de l'Education Nationale a elle-même remis récemment un rapport alarmiste au ministre sur le « déclin des sections littéraires dans les lycées »… En attendant la réponse du ministère, les écrivains espèrent déclencher un mouvement chez les lycéens… © Le Point, 19/01/07."

La sémiologie qui, elle non plus, n’est pas toujours insensible au virus du jargon, à l’attrait de certain enfermement dans ses propres codes. D’après mes vieux souvenirs de fac…

Evidemment, T. Todorov et A.-M. Garat ont raison. C'est drôle comme on n'a pas l'impression de découvrir le problème... Mais quel scandale d’attendre toujours que l’action vienne des lycéens, alors qu’on pourrait laisser tranquillement bosser les futures forces vives de la nation, pendant que des autorités dites compétentes (eh oui, on a quelques soupçons sur la question, fatalement ), dont le métier revient justement à se poser ces questions et à les faire avancer, s’en chargeraient. Qui (ne) fait (pas) son boulot dans l’histoire ? Et si on commençait par mettre quelques pragmatiques dans l’élaboration des programmes ? Et si on arrêtait de créer des expressions toutes neuves pour initier des actes judicieux ? Et si les super intelligents qui décident de ce que nos rejetons doivent savoir et comment ils doivent l’apprendre, essayaient justement de se renseigner sur ce que c’est, un môme, plutôt que de recourir à des souvenirs oblitérés ?

Ames sensibles

Un livre intéressant sur le mode obsessionnel vient de sortir, Vingt-Quatre Heures d’une femme sensible, de Constance de Salm (Phébus,10 €).
Publié une première fois en 1824, il vient d’être exhumé par les éditions Phébus qui lui verraient bien le succès de Laissez-moi de Marcelle Sauvageot publié en 2005 : un sublime texte écrit dans les années 1930 par une femme atteinte de tuberculose à l’attention d’un amant ingrat et bien opportuniste, parti en épouser une autre dès son entrée au sanatorium. Deux minutes pour huer le malappris... Bien lui en a pris pourtant, à ce scélérat, puisque de cette aventure malheureuse est sorti un chef d’œuvre de lucidité, de rage digne et de sensibilité féminine.


En sera-t-il ainsi avec le texte de Vingt-Quatre Heures d’une femme sensible ? Ce mignon petit roman raconte en 44 lettres, les 24 heures d’une femme éperdue de jalousie : « Confrontée à l’image obsédante de son amant disparaissant dans la calèche d’une autre beauté au sortir de l’opéra, notre héroïne tente de comprendre et de calmer les mille émotions qui l’assaillent », comme le dit la 4e de couverture. Ces affres, mesdames, mesdemoiselles, nous les avons toutes connues, peu ou prou, même si nous ne les avons pas formulées de la même façon. D'autant qu'aujourd’hui, on recourt curieusement plus volontiers aux mails et aux sms qu’aux missives portées.

Le style sera sans doute un écueil au succès du livre : ça sent la poudre de riz, les parfums nichés dans le replis des crinolines, les sentiments sont exacerbés, c’est un poil précieux, scandé de points d’exclamation. Goethe est passé par là. En bref, c’est très 19e siècle et on n’est plus très habituées. Plus Fifi Chachnil que Chantal Thomass, en somme. Mais il y a des fans et pas mal de curieuses.

Il faut simplement le savoir pour ne pas se sentir déçue d’avoir mis 10 euros dans un livre qui ne plaira pas vraiment. C’est cher, les livres…

Rien à voir avec le dernier livre de Jacques-Pierre Amette, Un été chez Voltaire (Albin Michel), qui ancre son intrigue au cœur du 18e siècle, de plain-pied dans la vivacité intellectuelle d’une époque politique, bruyante, pertinente, incroyablement scientifique et curieuse d’avenir. L’écrivain raconte l’été 1761 au château de Ferney, où Voltaire monte une pièce qui fit scandale 20 ans auparavant, Le Fanatisme ou Mahomet. Amette joue de la transposition d’une époque à l’autre pour réfléchir à la question du fanatisme, avec une plume rapide, précise, éclairée à l’intelligence d’un Voltaire frondeur et passionné.

26 janvier 2007

On lit chez vous

Ca s’appelle les Mille lectures d’hiver et ça se passe dans la région du Centre. Mille lectures, parce que le défi est d’organiser un millier de lectures depuis le 6 décembre et jusqu’à fin mars. Rien à voir avec la manifestation du Marathon des mots à Toulouse qui organise avec l’énorme succès qu’on connaît des lectures qui, elles, sont publiques. Non : Les mille lectures d’hiver se passent… chez vous ! Et ça, c’est une grande première.

En clair, voilà comment les choses se passent : vous invitez des amis, de la famille, en tout 30 à 40 personnes, chez vous ou dans le lieu qui vous agrée. Avant, vous avez contacté le CRLL pour réserver la soirée. Pas question de billetterie ou de rentabilité. Simplement prévoir de quoi boire un gobelet et croquer un quignon, c’est plus sympa et ça allonge le moment de convivialité qu’est la lecture.

220 comédiens de la régions ont choisi des textes d’auteurs vivants (117 sélectionnés !) et donnent ainsi 10 lectures par soir pendant 100 jours. La recette fonctionne : les gens se rencontrent, partagent, découvrent, et ça fait vivre la littérature. Une variante épatante au book crossing.

Si vous êtes du coin et tentés, contactez le CRLL.

 

24 janvier 2007

Prix Clara pour écrivains en herbe

Paris, 18 jan 2007 (AFP) - Un premier prix Clara des jeunes écrivains, du nom d'une adolescente de 13 ans morte d'une malformation cardiaque indécelable, est lancé dans les journaux  d'actualité pour enfants et adolescents des éditions Play-Bac, avec  publication à la clé, a annoncé Play-Bac vendredi.
Les numéros de Mon Quotidien (10-14 ans) et de l'Actu (après 14 ans), qui présentent l'opération, ont été envoyés à 18.000 documentalistes et 40.000 professeurs de français de collège, en plus de leurs 100.000 lecteurs quotidiens, pour encourager les enfants à  
participer, a expliqué à l'AFP François Dufour, rédacteur en chef de ces journaux.

Les enfants, âgés de moins de 17 ans au 28 septembre - date de la mort de Clara -, sont invités à rédiger une histoire, de 10.000 à 100.000 signes, sur le sujet de leur choix, avant le 15 mai.

Un jury présidé par Erik Orsenna et auquel participent les parents de Clara, à l'origine de l'initiative, élira un ou plusieurs gagnants, qui sera - ou seront - publiés par les éditions Héloïse d'Ormesson. Les gagnants pourront bénéficier par contrat de droits d'auteur, si  
leur oeuvre rencontre du succès.


Clara, 13 ans, s'est écroulée le 28 septembre en cours d'Education physique et sportive, tuée par une malformation cardiaque impossible à déceler. "Comme elle avait commencé à écrire des textes, qu'elle était une dingue de bouquins, on a eu l'idée d'un prix qui récompense quelqu'un comme elle", a précisé François Dufour.

 

23 janvier 2007

Au revoir Laurent

Aujourd’hui, on donnait une messe à Saint-Germain-des-Prés, ça n’arrive pas souvent. C’était un hommage à Laurent Bonelli, le libraire le plus célèbre de France, pour dire vite. Il a eu le mauvais goût de mourir le 19 décembre dernier, à 39 ans, c’est une des rares choses qu’on peut lui reprocher.

Le livre lui doit beaucoup : depuis son QG, le Virgin Megastore des Champs-Elysées où il était le Monsieur livres prisé des médias, jusque dans les émissions auxquelles il a participé (Tam tam sur France Inter, Field dans ta Chambre, Pink TV, etc.), il n’a cessé de lire, repérer, défendre les livres avec un amour pressé. Quant à l’homme, certains de ses amis l’avaient surnommé « le Petit Prince ». Je n’en dirai pas plus sans voler un peu le chagrin de ses proches.

Il y avait beaucoup de monde dans l’église. Quelques germanopratins ont préféré attendre dehors leurs camarades. C’est sur le parvis qu’on était le plus sûr d’être vu. On ne relèvera pas la petite vulgarité, ça gâcherait.

00:15 Publié dans Les gens | Lien permanent | Commentaires (8)

22 janvier 2007

Les people ont tout dit

 

Titeuf, Code da Vinci et les Bienveillantes : les trois livres que vous avez le plus achetés l’an dernier. C’est à se demander pourquoi les attachées de presse et les journalistes se décarcassent pour trouver des nouveautés avec un tel palmarès. M’enfin.

Et comme nous l’apprend Christine Ferrand, rédactrice en chef dans son édito du Livres Hebdo de la semaine (ne cherchez pas, vous ne le trouverez pas dans le commerce), « le roman plonge ; le volume total de ses 100 meilleures ventes affiche une baisse de 15 % par rapport à 2005 ».

La vraie bonne nouvelle, c’est la baisse des ventes de livres people, 11 parus contre 20 en 2005 et encore, ils marchent deux fois moins bien. Un people qui écrit un livre, c’est ringard. La différence, c’est que maintenant ça se voit.

Spéculation 1 : les people auraient-ils écoeurés les lecteurs, non seulement de leurs petites histoires faites livres, mais des romans en général ? Autrement dit, auriez-vous jeté le bébé avec l’eau du bain ?

Spéculation 2 : on ne croit plus la presse littéraire, on achète de bouche à oreille, en sortant du troupeau des modes.

Spéculation 3 : on lit moins, on fait autre chose. Des blogs ?

17 novembre 2006

Vive Bernard Pivot !

Enfin une voix s’élève ! Bernard Pivot a fait sensation avec sa chronique du JDD datée 12/11. Dans le Monde des Livres daté d’hier, mon excellent confrère Alain Beuve-Méry analyse ses propos et les réactions qu’ils ont suscitées cette semaine. B. Pivot préconisait ainsi « une mesure qui devrait être appliquée à l’avenir dans tous les grands prix : interdiction pour un salarié d’une maison d’édition d’accéder aux jurys, interdiction à un juré de devenir le salarié d’une maison d’édition ». Et de conclure : « Ce serait la moindre des choses ; ce serait pourtant une révolution ».
En effet, une REVOLUTION. Si l’on en croit les réactions choquées, outrées, blessées, très cour de Louis XVI, de ses petits camarades. C’est qu’on s’accroche à son fauteuil…

Alain Robbe-Grillet, Dominique Fernandez, Christine de Rivoyre et Denis Roche pour le Médicis, Diane de Margerie, Christine Jordis, Danièle Sallenave du Femina figurent parmi les plus scandalisés. D’autres sont plus nuancés, sans doute plus conscients du problème. Je vous renvoie à l’édifiant article d’Alain qu’on trouve sur le site du Monde (section Monde des livres, dans la rubrique « Pratique », eh oui, cette localisation a toujours le don de m’émerveiller).

L’occasion d’en savoir un peu plus sur les points de vue des uns et des autres, parmi les plus intéressants, comme celui de Didier Decoin, de découvrir l’extrême probité de François Nourissier, et la proposition de Françoise Chandernagor qui suggère « d’interdire de jury les critiques littéraires qui écrivent des romans, afin de corriger le caractère incestueux du système ». Oui, oui et re-oui.

Je biche un peu, forcément, depuis le temps que je brame ce même air, sur ce blog ou ailleurs.

Si j’avais un peu de courage et de temps, je monterais un prix littéraire décerné par un jury tournant de journalistes non romanciers. Mais il existe tant de prix déjà, qu’il me semble plus judicieux de réformer les existants, plutôt que de sortir un énième candidat à la labellisation.

Encore bravo à Bernard Pivot pour sa hauteur de vue. La prise de position d’un homme de lettres aussi aimé et respecté pourrait suffire à enclencher un changement, en espérant que le débat ne s’achève pas avec l’année. A suivre.  

Arroseur arrosé

Les Prix, c’est fini ! Le Prix Interallié, dernier Prix littéraire de l’année 2006 (avant le Prix France Télévisions décerné le 24/11), a été remis mardi dernier à Michel Schneider. Enfin ! Marilyn dernières séances fait partie de ces livres à côté desquels il ne faut pas passer. Stéphane Audeguy n’a pas eu cette chance, malgré son magnifique Fils unique qui raconte l’histoire romancée du mystérieux frère de Jean-Jacques Rousseau. Et c’est éblouissant.
 
Au moins Schneider est récompensé. Et pour une fois depuis un moment, l’Interallié respecte sa charte, en récompensant l’œuvre d’un écrivain journaliste. Ce qui, rappelons-le, n’était pas le cas de Houellebecq dont La Possibilité d’une île était repêchée l’an dernier in extremis par l’Interallié. Rappelez-vous que ce poulain de l'écurie Fayard comptait fort sur le Goncourt qui avait finalement été attribué à François Weyergans (Grasset).

Mic et mac 

C'est Fayard la maison d'édition qui a publié le journal de Madeleine Chapsal. Journal qui a valu à son auteur de se faire jeter du Femina (voir notes précédentes). C'est Pauvert, une maison de son giron qui a sorti, une semaine avant les proclamations Renaudot et Goncourt, le journal posthume de Jacques Brenner, juré Renaudot, qui pointe du doigt les petits arrangements des Prix. Et derrière Fayard et Pauvert, un homme de poids, Claude Durand.
Dans le Livres Hebdo du 3/11, Claude Durand affirme à Marie-Christine Imbault: « que je publie simultanément le journal de Madeleine et celui de Jacques Brenner est une coïncidence ». Un peu plus loin, le délaissé des grands prix remet une couche : « contrairement à ce qu’on veut bien dire, les prix, c’est du troc ». Dont acte.

Pour l’instant se dessine le portrait d’un éditeur probe et indigné. Mais l’Interallié en biaise le reflet.
La dernière liste du Prix donnait en effet quatre compétiteurs : Yann Moix, Isabelle Spaak, Michel Schneider et Gabriel Matzneff. Alors comment explique-t-on que deux voix aient été données, en fin de débats, à Benoît Duteurtre, qui ne fait même pas partie des derniers sélectionnés ? On s’amusera de découvrir le nom de son éditeur : Fayard !!

Hypothèse : Si on suivait la logique que dénonce pourtant Claude Durand, ce serait le juré permanent Serge Lentz, édité par Fayard, et le lauréat de l’an dernier, Michel Houellebecq, qui auraient voté pour Duteurtre. Alors même que ce dernier n’était plus en lice ! Mais je ne serai pas assez mauvaise langue pour l’affirmer, ni en mesure de prouver ce que tous mes confrères murmurent dans les cocktails. On sait que Michel Tournier a voté pour Stéphane Audeguy dans les derniers tours de vote du Goncourt, alors même qu’il ne figurait plus sur la dernière sélection. Il a même brandi face caméra le livre en clamant que c’était l’un des meilleurs livres qu’il eût jamais lu. Honnêtement, je ne suis pas sûre que le livre de Benoît Duteurtre, bien que stylistiquement soigné, mériterait une telle démonstration.

Il doit s’agir là encore d’une coïncidence. Il y en a tant ! Alors « arrangements », « coïncidences », jouerait-on sur les mots ? Les frontières se grignotent comme par mégarde. On le prend comme on veut. Il arrive que ceux qui dénoncent un système ne fassent qu'exprimer amèrement le regret de ne point en être. Il en va ainsi dans tous les domaines, littéraires ou non. Un peu d’humilité, de recul, de déontologie, assortis de quelques grammes d’enthousiasme et de passion élèveraient sensiblement le niveau des débats en cours.

 
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