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30 juillet 2007

Courjault/Pingeot : une affaire ?

Voilà un petit scandale peu banal : un livre défraie la chronique plus d’un mois avant sa sortie. Il s’agit du nouveau livre de Mazarine Pingeot, Le Cimetière des poupées (Julliard). On reproche à ce livre qui sort le 27 août, de s’inspirer de l’affaire des bébés congelés du couple Courjault, alors que le jugement n’a pas été rendu.
Ca tombe bien, je suis en train de le lire. Arrivée p 105 du livre, je n’avais toujours pas fait le lien avec l’affaire quand un ami m’a poussé le coude pour me réveiller et me ramener à de saines lectures journalistiques : rue89, le figaro, etc. Mais c’est qu’ils sont drôlement agités les confrères ! Serait-ce le mauvais temps parisien qui les met dans un tel état de hargne, forcés qu’ils sont de rester dans la Capitale, à peine consolés par l’émoustillante perspective de faire du vélo sur les nouveaux engins de Delanoé ?
Je me suis donc intéressée de plus près à ce qu’on va appeler sans essayer de rigoler « l’affaire Pingeot ».

Je vous renvoie à l’article du Figaro qui raconte comment une pétition a été lancée par les proches de la famille Courjault. 200 signatures auraient déjà été recueillies dans le chinonais, terre d’origine de la mère présumée enfanticide. Pour un livre qui, précisons-le encore, sort le 27 août ! Il y a donc 200 panurgistes qui veulent censurer un texte qu’ils n’ont pas encore lu !!
La réactivité de ces « pas encore lecteurs » est, je trouve, assez inquiétante, et surtout bien écervelée.  On se forme une opinion sur des on-dit et pas sur une information, dans ce pays ? Est-ce pareil avant un vote ou une grève ? Décidément, je devrais sortir mon nez des bouquins.

Tout cela est aberrant.
Alors, ce livre, parlons-en un peu : il raconte à la première personne le désarroi d’une femme « étouffée dans son enfermement intérieur », c’est à dire un peu dérangée et franchement maso. Elle s’adresse à son mari, interlocuteur épistolaire muet et sinistre salaud, pour raconter comment elle en est venue à tuer un de ses bébés.  So what ? D’où croit-on que les écrivains trouvent leur inspiration sinon dans la vie, les gens, la société autour d’eux ? Et depuis quand la liberté de création est-elle devenue si intolérablement transgressive aux yeux du grand nombre (qui, je le rappelle encore, s’insurge contre le contenu d’un livre qu’ils n’ont pas pu lire) ? La création est-elle désormais soumise à des libertés conditionnelles ? On marche sur la tête. Cette histoire rappelle celle qui avait été déclenchée il y a quelques mois autour d'un livre de Philippe Besson qui s'inspirait explicitement de l'affaire Gregory. Même polémique stupide.

Le livre de Mazarine Pingeot n’a rien d’un document, c’est une œuvre personnelle, une pure fiction très loin du fait divers référent. Sur le plan littéraire, j’ai été déçue : on y retrouve certes la clarté sèche, les phrases qui claquent de l’auteur. Mais son écriture emprunte un peu, beaucoup, à celle de Claire Castillon qui peut être sombre, profonde, sourde, acide, hargneusement désespérée. Sauf que Mazarine Pingeot n’est pas Claire Castillon et qu’elle ne parvient pas à suivre son personnage dans son errance intérieure. Les seuls reproches qu’on peut faire à ce livre se situent sur un plan littéraire. Le reste, c’est de la fumée vaine. A moins que l’éditeur n’ait trouvé son compte à laisser enfler une polémique avant la publication.

Ben dis donc, si la rentrée littéraire a besoin de ce sensationnel pour marquer sa saison 2007…

08 juillet 2007

Quelqu'un m'a dit...

Un ami s’est risqué à me faire un reproche sagace, vendredi soir, au cours d'un tête à tête joliment arrosé : « ton blog manque d’impertinence. Tu as la langue beaucoup plus pendue que ta plume». Ah ? mince. Je vais faire des efforts. Du coup, j’ai bazardé ma note sur le Marathon des Mots qui dégoulinait d’enthousiasme. M’en vais le mouliner autrement pour éviter l’effet liqueur. Donc bientôt ici, promis cette semaine. Oui, si je laisse un peu ce blog aux araignées c’est vraiment par manque de temps plus que par désintérêt. Je tâcherai d’être là tout l’été, si ma boîte me prête bien l’ordi portable qu’elle me promet depuis… passons.

Alors l’impertinence. Il est plus facile de se laisser aller à la critique alerte à l’oral. Les écrits restent. Et j’ai toujours quelques scrupules à descendre des textes sans vergogne. J’aime bien argumenter un peu, histoire de « respecter » un peu le travail (long) d’un auteur (qui fait ce qu’il peut). Ce dont on se dispense plus facilement à l’oral. Et puis un détail, Romain : ici j’interviens comme journaliste et mes avis sur tel écrivain ou tel livre sont émis par la journaliste que je suis et pas la vilaine sorcière narquoise que je deviens, une fois ma panoplie de baroudeuse pendue dans la lingère. Mais promis, j’essaierai de me lâcher un peu à l’avenir (proche).


Et pour m'entraîner, une vanne sur la rentrée littéraire à venir. Le livre le plus attendu est celui de Yasmina Reza sur Sarkozy chez Flammarion. Pas encore reçu, désolée. Ce n'était pas ça la vanne. Mais ce que je peux vous dire, c’est qu’en publiant chez Flammarion plutôt que chez Albin Michel, son éditeur habituel, l’auteur échappe à l’horrrrrible jaquette vert fluo qui emballe tous les livres publiés chez Albin. Attention aux rétines fragiles. Qu’est-ce qui leur a pris ? C’est pour être bien repérés dans les piles de livres reçus par les journalistes ? C’est pour faire collection ? Mais ce n’est pas beau du tout ! Et ce n’est même pas un vert à la mode. Ils ont aussi ripoliné Amélie Nothomb ! Que les fans se rassurent, la photo de l’auteure est choupinette. Elle en a de belles mains, Amélie. Je suis dans le livre en ce moment, qui ramène tout droit au Japon.

Il y aura de bien jolies choses à la rentrée. Mais pas de nouvel effet Littell, ou de bombinette à la Houellebecq. A noter, la montée en puissance de la littérature étrangère qui propose de très bons romans dès la fin août. A suivre.

 

20 juin 2007

Le Ciel n'attend pas, de Tawni O Dell

J'ai commencé avec le Zuckerman une liste de livres coup de coeur dans aquelle je vous propose de piocher pour vos vacances. Après, c'est vous qui voyez. Voici donc une chronique publiée récemment dans Le Point. Vos avis sur le livre m'intéressent...

 

Passer à côté du dernier livre de Tawni O’Dell revient à se priver d’un plaisir rare : celui de voir émerger un grand écrivain. Son premier roman, le Temps de la colère, avait bluffé la critique en 2001, Retour à Coal Run avait transformé l’essai trois ans plus tard. Mais il fallait encore passer le cap du troisième livre, celui qui consacre un auteur et inaugure le début d’une œuvre. C’est chose faite avec Le Ciel n’attend pas. L’histoire se déroule à nouveau dans une ville minière, Jolly Mount. Tawni O’Dell reste ainsi fidèle à ses origines, les paysages désolés de Pennsylvanie, et, dans la filiation d’un Caldwell, aux valeurs sociales d’une Amérique courageuse. Son héroïne, Shae-Lynn, est une grande gueule énergique de quarante ans qui a troqué l’uniforme de flic pour devenir la première femme chauffeur de taxi de sa ville natale. On pourrait s’ennuyer avec elle dans cette cité minière, encore traumatisée par une explosion survenue 20 ans plus tôt. Mais l’arrivée d’un homme de loi new-yorkais fait basculer le récit dans une passionnante histoire à tiroirs : cet avocat est en réalité à la recherche de la sœur de Shae-Lynn, disparue 18 ans plus tôt, qui, sur le point d’accoucher, ne tardera pas à venir se réfugier chez elle. Le roman évoluera-t-il en une gentille chronique familiale ? Tawni O’Dell ne permet pas à son lecteur de se bercer de clichés. Chaque nouvelle situation change la physionomie du livre et creuse plus profond dans les secrets qui tissent les relations entre les personnages. Le Ciel n’attend pas est un livre généreux mais âpre. Il aborde sans concession des thèmes qui dérangent, comme le trafic d’enfants aux Etats-Unis. Mais plus que dans ses précédents livres, Tawni O’Dell y laisse une place à l’espoir et ouvre une large porte de sortie à ses personnages.

« Le Ciel n’attend pas », de Tawni O’Dell, traduit de l’américain par Bernard Cohen (Belfond, 456 pages, 21 €)

 

Karine Papillaud

 

 

 

Sorbonne Confidential

 J'avais promis qu'on s'en reparlerait (note de février, pas récente récente, je sais). Voici la chronique du livre de Lauren Zuckerman que j'ai écrite pour le Point il y a quelques semaines. Je précise aux tâtillons que cette note est publiée dans la rublique "chroniques express" : cela signifie que la critique ne s'étale pas sur des pages.

 Décidément, les Français n’aiment pas les Américains : c’est l’un des constats étonnés que propose Laurel Zuckerman, preuves à l’appui, dans un récit qu’elle consacre au système de l’enseignement supérieur français. Alice, l’héroïne de son livre, est une Américaine d’une quarantaine d’années qui vit et travaille en France depuis 20 ans. Un licenciement la décide à se reconvertir en professeur d’anglais. C’est donc pleine d’entrain et d’assurance qu’elle part s’inscrire au concours de l’Agrégation, à la Sorbonne. La malheureuse apprendra à ses dépens qu’il vaut mieux maîtriser la dissertation de français et la leçon que la langue, pour devenir professeur d’anglais en France. Aberrations et petits scandales se succèdent dans un livre bourré d’humour qui n’épargne ni l’Education nationale, ni les entreprises de soutien scolaire : tout le monde repart avec un diplôme, sauf l’héroïne. L’auteur, quant à elle, a réussi son pari : passer au crible de l’expérience les incohérences et archaïsmes d’un système éducatif qu’on critique plus qu’on ne réforme. L’histoire, elle, reste sans morale.

« Sorbonne Confidential », de Laurel Zuckerman (Fayard, 333 pages, 20 €)

Karine Papillaud

25 mai 2007

Objectif Saint Malo

C’est l’heure de la valise !

Demain matin, départ pour Saint Malo, dans le train des Etonnants Voyageurs.

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Comme d’habitude, les trois jours à venir promettent d’être pléthoriques : 300 débats, rencontres ou lectures. Personnellement, j’en anime 4 et penser aux 296 autres relativise beaucoup les 7 bouquins que j’ai avalés en 5 jours. Les ¾ étant réellement passionnants, on ne va pas se plaindre de prendre du plaisir, n’est-ce pas ?

Dans le désordre, la jolie ville fortifiée dont j’avais rapporté de magnifiques photos de plage que j’ai bloguées quelque part, verra se promener en ses murs des Bernard Giraudeau, Alain Mabanckou, Isabelle Autissier, Douglas Kennedy, Muriel Barbery, Enki Bilal, Amin Maalouf, Ray Loriga, Jean-Claude Carrière, etc. etc. et etc.

Ca va en faire du monde dans le train… Difficile de faire son autiste dès potron-minet, même avec les paupières collées par le sommeil.

A part les rencontres à animer, je pars pour 20 minutes faire un petit reportage sur la littérature-monde qui est l’un des thèmes sous-jacents de cette édition. La question est de savoir si on parle de littérature française, francophone ou « du monde ». L’attribution en novembre dernier des principaux grands prix à des auteurs « francophones » et non pas auvergnats de naissance a remis en question les classements habituels et bêtas.

La suite la semaine prochaine et sans doute aussi sur le blog d’Alain Mabanckou et des éditions Héloïse d’Ormesson : Héloïse, Gilles et son cigare accompagnent Jean (le papa) à Saint Malo, pour le premier livre qu’il publie chez sa fille.

23 mai 2007

Puisque c'est encore Cannes

Il n'y a pas de saison pour l'art, mais les 60 ans de Cannes sont une accroche comme une autre pour vous signaler le site internet d'un photographe hors du commun, un artiste au plein sens du terme dont les oeuvres rappellent tout simplement la différence entre les plus doués de Flickr et un photographe d'art.

Il s'appelle Patrick Swirc, voici son site : http://www.swirc.com/

Ses photos parlent d'elles-mêmes mais on ne peut pas s'empêcher d'avoir envie d'en faire plein de phrases : de Catherine Deneuve (sans doute la plus belle prise de vue de la star) à ses reportages roots en Asie, en passant par les starlettes, les fashionistas, les beautés indéniables, celles qui ne demandent qu'à se révéler ou les portraits de "gueules" connues, Swirc montre son sujet nu. Il fait tomber ce que la star ou la situation garde pour elle-même. Comme un fauve aux aguets qui sait saisir l'instant de vulnérabilité, l'instant d'égarement ou la garde qui se baisse. Ses photos sont des atmosphères, les humains deviennent icônes d'humanité, jamais comme on s'y attend. C'est très fort, exempt de théorie. Comme l'alliance d'une démarche animale doublée d'une sophistication pointilleuse. La photo redécouverte. Le photographe, lui, est largement connu des esthètes exigeants. Enjoy !

 

 

19:00 Publié dans Coups de coeur | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : Swirc

20 mai 2007

Retour du salon de Caen

C'était le week end dernier à Caen. Le salon du Livre a eu lieu dans un pur temps normand, nettement plus agréable cependant que ce début de novembre à Paris où il n'est pas ridicule de remettre le chauffage. Bref.
Que dire sinon que c'était une très belle édition ? J'avais le plaisir d'animer les cafés littéraires avec Baptiste Liger , mon confrère et ami de Lire et Technikart. On s'est partagé les 16 rencontres avec le plaisir et la bonne humeur des gens qui s’apprécient et aiment travailler en équipe. Pour ma part, j'ai eu le plaisir de discuter avec la très fine Evelyne Bloch-Dano et le charmant Raphaël Enthoven qui n'était pas un étranger puisque nous nous sommes rencontrés il y a 3 ans dans les conférences de rédaction de Lire dont nous étions à l'époque (tous deux avons depuis choisi d'autres directions). Le garçon est à suivre de près, il est l'un des rares philosophes trentenaires à émerger, à la fois un érudit, et capable de transmettre ses connaissances. Non promis, je ne suis pas une groupie.

J’étais aussi très heureuse de faire la connaissance de Brigitte Giraud qui a donné un bel échange, tout en justesse et en profondeur avec Philippe Vilain. Il y a eu aussi un moment plein d’humour et d’intelligence avec le psychologue Didier Pleux qui a évoqué l’éducation de nos enfants. Il est partisan d’une éducation appuyée sur l’amour et la frustration en binôme, et c’est non seulement intéressant mais plein de bon sens. L’occasion de me replonger dans la psycho et c’est toujours un grand bonheur.

La rencontre entre Anne Calife (Conte d’asphalte, Albin Michel) et Eric Holder (La Baïne, Seuil) a été singulière, attachante et amusante. Deux personnalités hors du commun. J’ai assisté à leur première prise de contact, la veille du café littéraire qui leur était consacré. C’était sous les hauts plafonds de la mairie, lors du pot de réception des auteurs et des équipes. La très nature Anne s’est jetée dans les bras d’Eric Holder, empêtré entre la brochette de tomates-cerise mozarelle d’une main et la flûte de champagne de l’autre. Il n’a pas pu se défendre !
De façon générale, les auteurs sont respectueux les uns avec les autres ; chacun, dès qu’il l’a pu, a fait l’effort de lire le dernier livre de son coreligionnaire. Assez classe pour une population d’écrivains français que l’on dit s’intéresser fort peu à la production de leurs pairs.

A part ça, une organisation impeccable, des auteurs encadrés, une équipe aux petits soins et des conditions de confort pour tous garanties. C’est l’un des grands secrets d’un salon réussi. Et cette édition du Salon du Livre de Caen a été un grand succès.

J’ai aussi eu le plaisir d’animer un débat sur la conquête religieuse, qui a interrogé les relations entre le politique et le théologique. Un spécialiste de l’évangélisme, Mokhtar Ben Barka (La Droite chrétienne américaine, Privat),  un géopoliticien, Jean-Pierre Filiu (Les Frontières du jihad, Fayard), un philosophe des religions, Frédéric Lenoir qui est aussi directeur du Monde des religions (partenaire du débat, et aussi l’un des journaux dans lequel je signe) ont à eux trois contribué à clarifier la question. J ’ai eu la bonne surprise de constater qu’il n’y a pas eu de tiraillement des ego, ni d’érudition absconse : chacun, armé de compétences très pointues sur le sujet, a su se mettre au service du débat sans essayer de tirer la couverture à soi ou dénigrer son petit camarade pour paraître plus malin. Il arrive que les personnalités s’expriment plus fort que la question proposée ! Ces trois débatteurs se respectaient, sans toutefois se connaître personnellement. Ils sont venus (et parfois de loin, M. Ben Barka s’est déplacé du Grand Est de la France) proposer des axes de réflexion au public, à partir de leurs recherches.

Je vous raconterai les Etonnants Voyageurs Saint Malo qui est la prochaine étape du pèlerin littéraire, le week end du 26-28 mai. J’ai rencontré la semaine dernière le tandem Michel Le Bris (grand organisateur et esprit éclairé) et Michel Edouard Leclerc (grand sponsor et partenaire dynamique). Ces deux-là ont une vraie complicité d’hommes et un véritable amour des livres. A l’envi, ils répètent que dans le domaine culturel et a fortiori littéraire, c’est l’offre qui fait la demande. C ’est vrai, re-vrai et archi vrai. Et le festival de Saint-Malo en est une preuve renouvelée chaque année : le public, pléthorique, en atteste. On s’en reparle bientôt. D’ici là, sans doute une note, mais de lecture cette fois.

11 mai 2007

Entre deux

Tenir un blog, c'est comme faire de la gym : on est content de pratiquer régulièrement, ça fait du bien. Mais si jamais on arrête un peu, c'est pas si simple de reprendre... Une petite note, donc, avant une kyrielle de cafés littéraires à animer ce week end à Caen.

Avis à tous les Normands : il va faire un temps de gueux chez vous ce week end !! Sympa, pff... Alors je ne peux que vous conseiller de venir vous réchauffer dans le château de Caen où plusieurs manifestations, débats, rencontres, signatures attendent les visiteurs. Je me tais, ce lien explique tout mieux que moi.

Dans de prochaines notes, on parlera littérature et livres, parce que les vacances approchent et pas question de se faire avoir à acheter hors de prix la plupart des grosses cales à armoires (normandes) que les éditeurs proposent pour l'occasion. Ah le concept de "livre de vacances" ! Comme si la littérature était tellement compliquée à lire dans l'année qu'il faudrait se reposer le cerveau l'été quand on ne fait rien.

D'abord, pardon, mais la littérature est accessible. Particulièrement la grande. Ensuite, la quantité de livres sortis depuis janvier, globalement navrants ou faiblement satisfaisants (allez, on en a trouvé quand même, rouspète pas Gilles !) n'ont pas pu fatiguer nos neurones de lecteurs. L'argument est le suivant : les "gens" n'achètent pas de livres pendant les périodes électorales, on ne va donc quand même pas publier des pépites si personne ne les achète. Alors l'éditeur gratte ses tiroirs. Je ne jette aucun pavé, la mare est sèche et un bon nombre d'éditeurs l'avouent, gonflés qu'ils sont un peu quand même, en off, alléchant le journaliste (littéraire et découragé) avec la promesse de merveilles mises de côté pour la rentrée de septembre.

Enfin, toujours au sujet de cette littérature "facile" pour les vacances, il y a un mépris larvé dans cette littérature qu'on préconise pour lê bord de mer. Vous êtes en vacances donc incapable de vous intéresser à ce qui l'est justement, intéressant. D'ailleurs, vous êtes forcément au bord de la mer, puisqu'il s'agit de "romans de plage". Ceux qui préfèrent la montagne doivent être bien embêtés. Comme si un livre était forcément prise de tête, forcément compliqué, forcément un effort et rarement un plaisir. Gustave Roud versus Candace Bushnell, bigre ! Présenter ainsi les choses, n'est-ce pas se tirer un coup de fusil dans le pied, messieurs les éditeurs ? Lire c'est chiant, sauf en vacances ? Justement, en vacances on est plus disponible pour se lancer dans un bon livre. Non ?

Pour le retour de Caen dimanche, je me suis préparé un petit Pamuk dont je vous donnerai des nouvelles.

03 avril 2007

Révolte des Quinquadras

Pas de littérature aujourd'hui mais un coup de gueule, celui d'un ami blogueur, Hervé Resse.
In extenso, son dernier post

Lettre ouverte à Ségolène, à François, à Nicolas (1)

Vous aurez, François Bayrou, 56 ans en mai. Entre temps, vous aurez eu, peut-être, rendez-vous avec l'histoire. Ce printemps vous aurait offert cet incroyable cadeau d'anniversaire: la confiance de vos concitoyens, pour assumer cinq ans leur destinée. Belle trajectoire pour un homme qui, en ses jeunes années, labourait un champ dans le Béarn. Bravo.

Ou bien, ce serait vous, Ségolène Royal. Qui êtes de 2 ans sa cadette. Il n'est guère distingué de rappeler leur âge aux dames. Mais la transparence politique a des exigences... 54 ans à l'automne, vous êtes née un "22 septembre", titre d'une jolie chanson de Brassens. On sait l'enfance difficile qui fut la vôtre. Avoir su dépasser les douleurs des jeunes années, et s'en nourrir peut-être pour bâtir ses ambitions présentes, cette réussite mérite un bravo.

Sinon, ce serait à vous, Nicolas Sarkozy, qu'auraient été remises les clés de la France. Des trois, vous êtes le benjamin. 52 ans aux derniers jours de janvier. Ce serait un beau résultat, pour celui qui nous confie-t-on sur le net, "fut assez mauvais élève, et redoubla sa sixième au lycée public Chaptal". Heureuse destinée qui prouve qu'on peut avec la volonté surmonter un échec. Pour cela, bravo.

Quiconque, de vous trois, sortira vainqueur, symbolisera donc un net rajeunissement de la direction politique du pays, sinon le renouvellement des visages, les vôtres illustrant notre quotidien depuis quelques années déjà. N'importe! Vous arrivez à ces âges où l'on est, - en politique -, "en pleine force de l'âge". Où l'âge n'est pas un frein. Ou l'âge au contraire, vous porte, et jusqu'aux plus hautes responsabilités.

Rien que pour cela, vous avez eu raison, je vous le confirme, d'oser cette voie difficile qu’est la politique.

Car pour ne rien vous cacher, j'ai trois années de moins que le plus jeune d'entre vous. 49 ans. Maîtrise de psychologie, DESS de communication obtenu avec mention dans une des écoles les plus cotées du métier, le Celsa. Mon mémoire de DESS reçut la meilleure note jamais donnée à ce type de travail (du moins jusqu'au millésime 1998... après, je n'ai pas vérifié). Jugé "excellent" par un jury de Docteurs, il circulait encore plusieurs années après, comme une référence proposée aux étudiants (hec, écoles de com) venus observer la culture de cette entreprise de médias où je travaillais alors.

Pourtant, je suis de ces individus qui, à pas même cinquante ans, voient les portes de l'emploi bientôt se refermer, comme celles du pénitencier de la chanson. Toutes les annonces auxquelles je réagis se concluent par les mêmes réponses, standardisées, polies, politiquement très correctes... "malgré tout l'intérêt que présente votre candidature..."

Je m'en étonne auprès de recruteurs. J’obtiens deux types de réponses.

La première émane de ceux qui m'auront répondu: « votre âge? Non !! A 49 ans, fort heureusement, on n'est pas encore "trop vieux" pour ce type de poste!... Simplement, nous avons trouvé un profil correspondant davantage que le vôtre... Voilà tout... » Foin des viles suspicions, mon vieux! "Discrimination"? Vous voulez rire?

La seconde réponse vient de recruteurs "neutres", qui n'évoquent pas ma candidature, mais l'état du marché: « bien sur, que votre âge est un handicap! Sauf exception, personne ne recrute plus sur annonce AU DELA DE 40 ANS!... Alors, 49, vous pensez!! »

Voilà le pays que vous aller diriger, madame, monsieur. Celui où du fait de votre tranche d'âge, on ne veut plus de vous, contrairement à la vôtre... qui pourtant est la même.

Tout le monde évoque la difficile intégration des jeunes de banlieues, les discriminations au patronyme, au faciès, à l'adresse de résidence. Je n'en disconviens pas. Cependant, toutes les études sérieuses entreprises sur ces sujets indiquent que la première discrimination est celle qui touche les seniors. Et semble-t-il, de plus en plus tôt. Pourquoi dès lors, ne s'en préoccupe-t-on pas?

La réponse est simple. Les quinquas pêtent pas les vitrines. Les quinquas crament pas les bagnoles. Les quinquas hurlent pas leur rage et leur haine. Les quinquas se lancent pas dans le slam assassin, ou le rap qui arrache, ou le métal qui tache. Pas que l'envie leur manque, d'ailleurs. Mais les quinquas ont parfois de l'arthrose ou des kilos en trop, et donc pas l'assurance de pétave leur mère aux compagnies de keufs, aux bleus, aux CRS. Alors ils font le gros dos. Serrent les dents. Deviennent peu à peu réacs, aigris, avec au cœur cet autre genre de haine qui monte, et ne se défoule qu'au fond des isoloirs. Ca n'est guère reluisant. Je ne suis pas sûr que la plupart en soient au fond très fiers.

Permettez moi de vous donner un conseil. (D'habitude, j'en vends. Du moins, j'en vendais). Lorsque vous en serez au conseil des ministres du mercredi, quand l'ordre du jour appellera la communication des politiques d'emploi par le ministre du travail, mettez donc les bons résultats au crédit de votre politique. A aucun moment n'allez songer à la présente lettre que de toutes façons vous n'aurez pas lue. Evitez de penser à tous les quinquas, ou quadras, même, cadres ou non, tous plus jeunes que vous, qui sont pourtant déjà trop vieux pour travailler, qu’on a sorti des chiffres par quelque ruse habile. Ca vous gâcherait le plaisir; et notre pays n'est pas en si grande forme qu'on pût s'autoriser à mettre son ou sa présidente de méchante humeur pour des fariboles statistiques...

En revanche, songez-y un instant, tout de même, quand vous en viendrez au volumineux dossier "retraites". Et qu'il vous faudra convaincre les français de travailler cinq à six ans de plus, alors qu'un bon paquet aura déjà été sorti du manège depuis dix ans au moins.

Bonne chance à vous, madame, monsieur, pour ce nouveau job, du moins au meilleur de vous trois, qui aura su décrocher la queue du mickey républicain.

Merci de me retourner vos bons voeux. A défaut de considération, je crois, ou plutôt, je crains, d'en avoir pour l’avenir le plus sérieux besoin.

Votre dévoué Hervé Resse ("pire... mais de moins en moins...")

PS: Si ami lecteur ou trice, tu te reconnais dans ce texte, et que tu as un blog, ou un site, ou une page, je t'invite à faire mention de ce texte, ou le reprendre, ou le signer. Et si on lançait la Grande Révolte des Quinquadras?

28 mars 2007

Coulisses d'un salon plein de livres

Qui a dit que les littéraires étaient des bras mous, binoclards blafards qui vivent dans leur tête ? 

Quand je ne blogue pas, je vais chercher de grands sacs gonflés de paquets de livres à la Poste. Je les décachette après les avoir manutentionnés.

La surproduction, c’est aussi une réalité -lourde- pour les journalistes qui travaillent chez eux.

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Voici l’équivalent d’un mois de poste : 4 sacs postaux qui engloutissent un tout petit salon. Ca donne une idée, même si mon appareil photo n’est pas un grand angle.

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Après une matinée consacrée à l'ouverture des enveloppes...

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 Il faut vraiment aimer lire, non ?

 

Bien sûr, je ne compte pas ici les arrivées de livres par coursier. Comme des petits cadeaux tous les jours.

Allez, j’avoue : pour cette livraison-ci, c’est Jean-Christophe et Carine de la Poste qui sont venus me les porter (au 6e sans ascenseur). Encore merci !

23:50 Publié dans Coulisses | Lien permanent | Commentaires (17) | Tags : Poste, Livres

24 mars 2007

Best sellers : ventes dans le flou

J'ai connu comme un trou d'air entre la fête des femmes et le début du printemps. Un déblogage sans doute. J'ai donc passé sous silence un premier rendez-vous littéraire, qui avait lieu début mars, et qui a réuni au restaurant Le Procope (Paris 6) les écrivains qui ont vendu le plus de livres en 2006 (classement l’Express-RTL-Tite-Live). Ils étaient 30 sur la photo de groupe, mais beaucoup moins nombreux à rester déjeuner. On les comprend. Les 8 années précédentes, on leur servait un repas fin. Cette année, c'était buffet froid.

Les petits nouveaux, Nicolas Fargues, J’étais derrière toi (POL) ou Claire Faÿ, Cahier de gribouillage pour les adultes qui s’ennuient au bureau (Panama), ont rejoint les habitués, Amélie Nothomb, Bernard Werber, Eric-Emmanuel Schmitt pour Albin Michel, Jean d’Ormesson ou Marc Levy pour Robert Laffont, et Jacques Attali et Erik Orsenna pour Fayard. Mais combien de livres, au juste, ces auteurs ont-ils vendu ? Une polémique déclenchée par des éditeurs à ce sujet, Bernard Fixot en tête pour XO éditions, avait secoué l’édition ces dernières semaines. Avec dialogue-réglement de compte par Livres Hebdo interposé.

Mises en cause, trois méthodologies qui définissent les meilleures ventes : Ipsos,Tite-Live et GFK. Les ventes des Bienveillantes, de Jonathan Littell, étaient évaluées en février à 395 000 exemplaires par Ipsos, 503 435 par GFK, et 549 200 par Tite-Live. L’écart de 39 % laisse perplexe. « Il faut douze à dix-huit mois de vente pour savoir à combien d’exemplaires un livre s’est vendu », précisait Christine Ferrand, rédactrice en chef de Livres Hebdo, hebdomadaire des professionnels du livre, dans son enquête sur les meilleures ventes 2006. C'est à dire qu'en ce mois de mars 2007seuls les chiffres des ventes de la fin 2005 sont validés fermement. Justement, ceux qui n'intéressent plus personne aujourd'hui !

Actuellement, Jean-Christophe Grangé est en tête des ventes. Seule certitude : ses livres se vendent mieux que ceux de Régis Jauffret, 46e (attention, on parle ici de quantité, pas de qualité). Grangé a donc de bonnes chances d’être invité au Procope l’an prochain. Restera-t-il jusqu'à la fin du buffet ? 

 

On envisagerait de se tourner vers le modèle anglais. C'est tendance, la Grande Bretagne : Nicolas Sarkozy ne cesse de se référer à des exemples de réussite anglaise dans les débats télévisés. Côté livres, depuis 11 ans, la Grande Bretagne s’est équipée d’un système de suivi des ventes grandeur nature et en temps réel, BookScan. Cet outil de gestion fait l’unanimité auprès des éditeurs, des libraires et de la presse, dans un pays où le prix du livre est soumis à la concurrence. L'édition a le regard rivé, mais perplexe, vers cette expérience réussie par la perfide mais néanmoins européenne et ingénieuse Albion. A suivre, donc. Quant à se tourner, on se rassure, les épaules n'ont pas encore réellement pivoté. Bientôt en France ? Au train où vont les contestations, peut être. Sauf si les esprits se calment, les colères se tempèrent et que tout redevient "comme avant", houleux mais sans tempête. Changer, mais surtout le dire et pas trop bouger quand même. Ca pourrait faire du vent.

22 mars 2007

Vieux Garçon, Bernard Chapuis

Lisez Vieux Garçon, le roman de Bernard Chapuis sorti en janvier : il fait ressurgir des émotions qu’on pensait trop enfouies. Le secret des livres de Chapuis, ce qui fait leur charme indescriptible, c’est leur musique légère, leur grâce à raconter des histoires simples et profondes. Vieux Garçon n’y déroge pas : ce livre est une expérience à découvrir par soi-même.

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L’auteur y raconte les 17 ans d’un adolescent qui pourrait être un jeune homme d’hier aussi bien que d’aujourd’hui. Il brouille les pistes avec l’espièglerie d’un sexagénaire qui raconte une époque en se souvenant d’une autre, la sienne : il y a bien dans son histoire un TGV et des téléphones portables, mais Paul, son narrateur, est un fan de Newman, non de Brad Pitt, et lit du Melville. Un récit intemporel, donc, qui relate les vacances des quatre copains, Paul, Furtif le loquace, Adham et Agnès, embringués en plein mois d’août dans une folle histoire de coffre-fort pillé. Un roman policier pourrait commencer avec, dans les rôles clés, une jolie Chinoise et un père mystérieusement disparu sept ans auparavant. Bernard Chapuis esquive la facilité et entraîne dans une aventure plus personnelle. A ce stade du livre, le lecteur est mûr pour suivre le narrateur dans le rocambolesque, coude à coude, à hauteur d’homme : il s’agit bien plus que des pérégrinations estivales d’un jeune homme de 17 ans, mais plutôt de la douloureuse confrontation avec la figure du père à laquelle les garçons de tous les âges ne parviennent jamais vraiment à échapper.

C’est ici que se rejoignent toute la force et l’émotion du livre.

Ca suinte la jeunesse et le désir vagabond, les peaux salies par la terre, et les tee shirts trop portés… mais toujours bien coupés : Bernard Chapuis habille ses personnages avec soin, et sait décrire, avec une précision vicieuse, la veste « à deux fentes de 17 centimètres », et « les bas de pantalon à 19 centimètres de largeur, revers à trois centimètres » du « costume croisé de toile gris clair » de l’inspecteur de police chargé de l’enquête. On y retrouve l’appétit du séducteur dans les amours joyeuses de ses personnages, mais aussi un motif récurrent chez l’auteur, l’émulation amoureuse et fraternelle entre des hommes qui courtisent la même femme : ici, le quatuor formé par Paul, Furtif, Adham et Agnès, renvoient au trio très Jules et Jim de Mina avec Etienne et Micha dans « L’Année dernière » (1999), ou de Roum avec Sol et Rameau de « L’Amour du temps » (1980).

 

Ces détails renvoient à la personnalité d’un écrivain qu’on a beaucoup décrit comme un dandy, un séducteur à l’humour élégant. On aurait envie de dire qu’il écrit à l’avenant, tant son style lui ressemble. Mais il y a trop d’aisance, trop de spontanéité dans ses textes pour éluder le travail exigeant, opiniâtre, d’un écrivain qui n’a pas encore écrit cinq romans en trente ans. L’œuvre laisse ainsi échapper quelques traits de l’auteur, c’est de bonne guerre, ils ne sont pas communs : journaliste à Combat distingué pour son impertinence, renvoyé de Elle pour insolence, mais aussi rédacteur en chef de l’Evénement du jeudi, chroniqueur au Monde, ancien rédacteur en chef de Vogue hommes, entre autres. Chapuis, c’est une époque, celle d’un journalisme qui fait briller les yeux des impétrants d’aujourd’hui.

Depuis « Terminus Paris », en 1978, la critique déborde d’adjectifs pour cerner le personnage, et tenter de définir la petite magie de ses livres. On ne se lasse pas d’y trouver des émotions, des bribes de nostalgie légère, des images qui jaillissent et des sourires, tous ces petits quelques choses qui semblent familiers alors même qu’on les découvre, et qui n’emmènent nulle part ailleurs que là d’où l’on vient, et où l’on était si bien.

 

Karine Papillaud

Paru dans Le Point (janvier 2007)

Photo de Francesca Mantovani/Stock

21 mars 2007

Comment se faire éditer ?

Serions-nous tous des écrivains clandestins ? Heureusement non, mais nous côtoyons tous, à défaut de toujours les connaître, des auteurs qui se rêvent écrivains mais qui n’osent pas se lancer dans l’aventure d'une publication. La plupart du temps, ils ont raison de s'abstenir... Alors ils ouvrent des blogs. Ils ont raison aussi, ça fait la plume. 

J'avais fait un récapitulatif sur la question pour le journal du salon du livre 2006. Devant l'intérêt constant que vous manifestez pour la question, j'ai sélectionné les principaux éléments ci-dessous. Ensuite, à vous les commentaires !

 

Avant publication

Relisez-vous !

Faites la chasse aux fautes d’orthographe qui, trop nombreuses ou trop grossières, peuvent décourager la lecture.

Faites lire votre texte

Eh oui ! Le passage à l’écrit est une démarche importante pour qui se lance. A vivre dans son histoire, enfermé dans la bulle de l’écriture, on perd le recul qui permet de juger les qualités réelles d’un texte. La confusion naît de ce qu’on ne fait plus la part des choses entre le plaisir pris à écrire et celui que les autres prendront à vous lire. C’est alors qu’interviennent les amis, les vrais, ceux en qui on a une vraie confiance. L’important n’est pas seulement de pouvoir compter sur leur soutien indéfectible, qui sera utile dans les phases suivantes, mais de compter sur leur jugement sincère. La valeur de l’écriture tient souvent beaucoup plus à ce qu’elle a permis de libérer par la confession et la confrontation avec soi. La valeur littéraire est une autre affaire.

Protégez votre manuscrit

Si votre entourage, très très enthousiaste, et votre envie, irrépressible, vous encouragent à tenter la grande aventure de la publication, pensez tout d’abord à protéger votre texte. Il serait mortifiant de l’envoyer à tous les éditeurs et de retrouver ultérieurement des idées ou des tournures que vous reconnaissez comme vôtres dans les textes des autres. Réflexe paranoïaque ? La prudence est de mise et, à ce stade de votre démarche, un peu de rigueur et d’organisation sont toujours un bon pli à prendre. Il est donc conseillé d’envoyer sous pli cacheté son tapuscrit à un notaire ou à la Société des Gens de Lettres qui, moyennant une somme de 45€, conserveront votre œuvre cachetée pendant 4 ans.

Se faire connaître

Les concours littéraires

Les médias s’étourdissent à parler de prix littéraires qui naissent plus vite que des champignons et s’éteignent parfois plus rapidement que des feux follets. On a même connu des prix qui ont été créés sur mesure et a posteriori pour des livres qu’on souhaitait célébrer… Bref, les prix ne manquent pas mais ils concernent des livres déjà publiés, ce qui n’est pas encore votre cas. Pensez aux concours de romans, de poésie ou de nouvelles. Des revues organisent des concours, généralement de nouvelles, comme Le Matricule des anges, le Coin des poètes ou Hauteurs. Très nombreux un peu partout en France, les concours sont plus ou moins bien dotés : le Prix Calypso propose la publication du texte du lauréat et une soirée de lecture en son honneur ; le Prix Pégase, organisé par Maison-Laffitte, récompense son gagnant par 1 600 euros. Un concours remporté est un premier argument pour être repéré et ensuite présenter son livre à un éditeur. Sans compter qu’il s’agit d’une première reconnaissance par des professionnels, ce qui est très encourageant.

Contacter les éditeurs

Voici le moment de retrousser ses manches pour de bon. Il va falloir choisir les éditeurs, préparer l’envoi, organiser le suivi et surtout, décider comment s’y prendre.

Méthode classique

La première solution est d’envoyer simplement son manuscrit par la poste, accompagné d’une lettre de présentation. Soyez concis, sobre, évitez les effets de style ou la survente de votre texte. N’oubliez pas que les éditeurs sont des professionnels du texte et de la phrase !

 Il va de soi que vous n’envoyez pas l’original de votre œuvre mais un exemplaire photocopié et dûment dactylographié : aucun éditeur ne se donnera la peine de déchiffrer votre écriture. Ecrivez plutôt votre texte sur ordinateur, imprimé sur le recto des pages avec un interligne aéré et de larges marges : une présentation agréable et sobre rendra votre texte facile d’accès et donnera envie de le lire. Il est inutile de joindre une disquette, avant un premier avis –favorable- de l’éditeur contacté.

 

A l’américaine

Plutôt que d’envoyer l’intégralité de votre texte, surtout s’il compte plusieurs centaines de pages, vous pouvez préférer envoyer des extraits ou même un synopsis. C’est ce que l’on appelle un démarchage à l’américaine. Cette méthode permet d’économiser les frais de photocopies et d’envoi à l’expéditeur, et de réduire les coûts postaux à l’éditeur qui, en cas de refus, n’a pas à renvoyer un lourd manuscrit mais une simple lettre de remerciement.

Dans tous  les cas, tenez un planning rigoureux de vos envois. Vous aurez contacté une dizaine d’éditeurs en moyenne, il est important de noter dates, noms et adresses dans un fichier. Relancez par écrit ou par téléphone les éditeurs qui ne vous auront pas donné de nouvelles (pour une réponse positive ou non) après trois mois.

Le plus difficile vous attend désormais : il va falloir être patient, les délais de réponses peuvent être très longs. C’est à ce moment que le soutien de vos amis prendra toute sa valeur.

Si votre manuscrit est refusé 

Relativisez ! Les éditeurs retiennent à peine 1 % des textes qu’ils reçoivent…Si le refus vous est signifié par lettre-type, vous pouvez tenter d’obtenir quelques explications supplémentaires en adressant un courrier de demande. C’est pour vous la chance d’obtenir la critique d’un professionnel sur votre travail et, pour mortifiant que l’exercice de la critique puisse être, il n’en sera pas moins utile et constructif pour vous. Si en revanche, le courrier indique que votre texte a été lu avec attention, et précise les raisons pour lesquelles il n’a pas été retenu, restez-en là et tentez votre chance avec un autre éditeur.

Publier à compte d’auteur

Les éditions à compte d’auteur ne sont pas vraiment des éditeurs mais plutôt des sociétés de service. Il n’existe pas de contrat type, lisez donc attentivement le contrat qui vous sera proposé et n’hésitez pas à faire des comparaisons entre différents prestataires. Vous allez payer pour publier votre livre et les coûts ne sont pas négligeables. N’oubliez pas qu’un auteur qui vend lui-même ses livres ne touche pas des droits d’auteurs mais des revenus. Renseignez-vous auprès de la SGDL ou de la Société des Auteurs Auto-édités.

Cibler son éditeur

Rien n’est plus horripilant pour un éditeur que de recevoir un manuscrit qui ne correspond pas du tout à l’esprit de sa maison. Bon nombre d’aspirants commettent en effet l’erreur grossière d’envoyer leurs textes au petit bonheur. Si vous souhaitez qu’un éditeur s’intéresse à votre texte, faites l’effort de vous intéresser aux siens. Renseignez-vous sur les spécificités des maisons d’édition et prenez le temps de feuilleter leurs ouvrages dans les librairies et les bibliothèques. Les salons sont aussi une excellente façon de se familiariser avec la production d’éditeurs de taille plus modeste. Le contact peut être direct, la conversation s’amorcer. Vous mettez ainsi en place une bonne entrée en matière pour lui envoyer votre manuscrit quelques jours plus tard. Mais surtout ne commettez pas l’erreur de démarcher un éditeur sur un salon : ils ne sont pas venus pour recueillir la prose d’aspirants écrivains, mais pour se faire connaître et vendre leurs livres !

 

20 mars 2007

Suite du chat Salon du Livre

Vos messages sont arrivés en différé, pas eu le temps d’y répondre que j’étais déjà repartie. C’est qu’on ne flâne pas pendant les prolégomènes du Salon du livre ! Comme j’avais une ou deux choses à vous écrire pour ce blog, j’en profite pour mettre en ligne, non en chat mais sur mon blog, les dernières réponses à vos questions.

@ Siloé

Surtout pas ! Le cauchemar des éditeurs sur le salon est justement de voir arriver une cohorte de jeunes écrivains qui viennent déposer/proposer leurs manuscrits. Vous risqueriez d’obtenir l’effet inverse : une répulsion désespérée et tenace. Mettez-vous un peu à leur place... Il vous reste la bonne vieille méthode de l'envoi par courrier avec une lettre de présentation. Mais cela vous demandera une petite préparation et un ciblage préalable : commencez par repérer en librairie le "ton" des différentes maisons d'édition. Vous économiserez quelques timbres primo, et secundo il peut être agréable à un éditeur de sentir que vous vous adressez à lui en particulier, qu'il n'est pas un numéro sur votre liste. Par principe, mieux vaut éviter de faire les erreurs qu'on aimera reprocher à autrui. En bref, évitez les envois types pour éviter les réponses types.

Il existe aussi des concours d'écriture, renseignez-vous, les ouvrages sur la question ne manquent pas. Le marché des aspirants écrivains doit être florissant, eu égard à la flopée de guides ad hoc qui bourgeonnent sur les tables des libraires. Je vous en recommande un, malin et pratique, Le Livre aujourd'hui : les défis de l'édition par Claude Combet (Essentiels, Milan). Il est concis, très agréable à lire, et offre un panorama aussi complet que possible du monde de l'édition.

Avant tout, sélectionnez autour de vous quelques bons lecteurs et amis sincères. Leur avis vous sera précieux. N'envoyez rien avant de sentir que vous êtes allé au bout de votre exigence. Quitte à laisser reposer quelques mois avant de poster. La gloire peut attendre un peu, non ? Donc bossez, bossez, structurez, bossez et saignez un peu. L'écriture ne vient jamais "comme ça et hop".

 

Message personnel de la journaliste littéraire : épargnez-nous, s'il vous plaît, les errances sardo-cyniques, pseudo rigolotes ou pleinement lugubres des jeunes urbains qui partent à vau-l'eau dans une société dans laquelle ils font mine de ne pas se reconnaître. Des livres qui s'étirent en descriptions minutieuses du minuscule, où, de toute façon, il ne se vit rien d'intéressant, ni pour les personnages, ni pour le lecteur. On en a déjà plein des comme ça. Franchement, à moins d'être le génie du XXIe siècle qu'on n'est pas encore pressé d'avoir trouvé dans cette veine-là, abstenez-vous. C'est à dire que pour ma part, je n'en raffole pas, mais vous avez sûrement déjà compris. (Merci).

Vous m'avez convaincue de ressortir d'une vieille malle un petit guide concocté l'an passé sur le sujet. C'est la note suivante de ce blog : http://livres.20minutes-blogs.fr/archive/2007/03/21/comme...

 

 

@Ginovabene

« s’enrichir »… aïe, voilà un mot bien inapproprié. A bannir tout de suite. L’assouvissement de votre passion doit être votre but premier. Si ça marche, tant mieux, si vous gagnez votre vie, félicitations. Mais un écrivain n’a jamais de business plans dans ses tiroirs.

Si vous voulez écrire pour le cinéma, faites un scénario. Si vous voulez publier un roman, écrivez un livre. Ne mélangez pas les genres sous peine de faire des choses inintéressantes ou médiocres. Quel intérêt de tout plaquer pour bricoler des petites pompes à fric, n'est-ce pas ? De mémoire (elle est un peu myope mais pas trop), je ne crois pas qu’il y ait plus de 150 à 200 écrivains qui vivent de leurs textes en France. C’est peu, très peu. Mieux vaut donc quand même passer son bac d’abord…

Je vais aussi publier (et remanier, pour éviter l’effet « j’ouvre une conserve, le frigo est vide ») les deux-trois articles qui vont paraître sur le salon du livre et le bookcrossing dans 20 minutes. Sur ce blog à partir de vendredi.

 

 

A propos... VS Naipaul ne sera pas sur le salon, avis à Elef !

08 mars 2007

Jeune fille, d'Anne Wiazemsky

 « La petite-fille de François Mauriac fait du cinéma », titrait France Soir à l’époque. Anne Wiazemsky raconte sa rencontre avec Robert Bresson en 1965. A 17 ans, elle est l’héroïne du film Au hasard Balthazar. Le temps d’un été, le tournage met au jour la relation, faite de manipulation, de sadisme et de séduction, entre la jeune fille pas si candide, et son pygmalion. Se dessine en filigrane une époque où les femmes peinent à s’émanciper. Le texte, vivant, a le petit goût de madeleine du cinéma de ces années-là, qui fait lire le roman en noir et blanc.

Jeune fille, de Anne Wiazemsky (Gallimard)

Du swing à la Clos'... et DSK

J'ai croisé DSK, accompagné de Madame, hier soir à une soirée littéraire (Prix littéraire de la Closerie des Lilas). C’est ballot, ils sont encore arrivés après la fête… Sa nouvelle fonction est-elle celle de sergent recruteur auprès de la jeunesse dorée et désoeuvrée parisienne ? Sa femme semblait toute contente, accoutrée, événementielle. C'est un peu triste qu'une fin de soirée à la Closerie les/la mette dans un état pareil. Ca ressemblait à une levée de punition, une sortie de placard, ou Taxi 4.

 

Dommage, parce que la soirée était très réussie. Sortant, deux jours avant, d’une fête qui avait le peps des commémorations du 11 novembre ( les meilleures ventes de l’année au Procope, voir note sur Brad-Pitt), c’est en traînant les pieds et avec une heure de retard que je suis arrivée à « la Clos’ », comme disent les habitués. Pour ceux qui n’en sont pas (des habitués), la Closerie est un repaire d’écrivains et d’intellectuels, une institution parisienne, l’adresse de Jacques Lanzmann qui habitait juste au-dessus, l’endroit où l’on côtoie Carlos comme Philippe Sollers. Baroque, donc. Et là, surprise : une bamboula à tout casser. Aux manettes les trois djettes des Putes à Franges, juchées sur de très jolies chaussures compensées en liège. Le Prix de Flore, en plus joyeux, et moins bondé.
Effort de mémoire. Patrick Chesnais était là, un peu timide mais à son aise, Xavier de Moulins
 de Paris Dernière filmait la surboum et les people (pas si discrète la caméra avec son gros flash), Frédéric Beigbeder rameutait des copains pour une soirée chez Castel à suivre. On a pu voir Joël de Rosnay ébaucher un petit swing des genoux, diabolique, Bernard Werber en velours côtelé (promis, je n’ai bu que du jus de pastèque, nature), et Patrick Poivre d’Arvor en piqué sur le buffet. Et puis des éditeurs, des journalistes, des écrivains évidemment, des attachées de presse, des copains, des connaissances, des relations de travail, des hirondelles, bref des têtes qu’on a forcément vues quelque part puisqu’« on en est ». Une foule étonnante et ravie d’être là. Ce qu’on a dû s’embêter tout cet hiver !

J’oubliais, c’est Anne Wiazemsky, pour Jeune fille (Gallimard), qui a reçu le prix du Prix de la Closerie des lilas (ma petite notule sur le sujet, parue dans 20Minutes)  Elle est la première lauréate de cette nouvelle récompense, décernée par un jury de femmes. Essentiellement blondes et journalistes. La soirée était organisée par une brunette, Suzanne Jamet , à qui l’on doit cette très belle première.

06 mars 2007

Hoax : Brad-Pitt n’est pas celui que vous croyez !

Retour du restaurant le Procope (Paris 6) où avait lieu ce midi le déjeuner annuel organisé en l’honneur des meilleures ventes de livres de l’année : éditeurs, écrivains, journalistes et attachées de presse massés autour des petits fours. Cette année, ce n'était pas un déjeuner assis, on a moins bien mangé. D'ailleurs les écrivains se sont tous envolés très vite. Vous verrez la photo de famille dans l’Express daté 15 mars.

 

J’y ai rencontré Amélie Nothomb qui est l’une des incontournables de la cérémonie. L ’occasion d’élucider le mystère qui veut qu’elle soit l’auteur d’un site désopilant, La vie rocambolesque et insignifiante de Brad Pitt Deuchfahl. Je lui pose la question qui me turlupine, Amélie est délicieuse. Elle me répond, navrée, qu’elle ne sait même pas faire fonctionner un ordinateur. Alors concocter un site satirique, bourré d’informations pastichées…. C’est un peu irréaliste. L’accent est sincère, l’œil franc. Ma déception palpable aussi. Tranquillement, elle me dit pouvoir le prouver : « asseyez-moi simplement devant un ordinateur et vous verrez par vous-même que je ne sais rien en faire ». Amélie Nothomb écrit tous ses livres à la main, sur des cahiers qu’elle confie ensuite à une dactylographe « qui a de bons yeux ».

Elle reçoit beaucoup de courriers lui demandant des informations sur ce fameux site dont l’auteur reste décidément bien mystérieux. Avis aux informateurs !
Première conclusion de l’affaire : Amélie Nothomb en ado drolatique et boutonneux, c’est un hoax ! A suivre…

28 février 2007

Le Script, Rick Moody

La quarantaine discrète, la dégaine d’un vieil adolescent mélancolique et, au fond des yeux, une énigme indéchiffrable façonnée par un passé douloureux : Rick Moody est un grand écrivain, mais il ne la ramène pas. Cinq livres ont suffi, dont le magnifique A la recherche du voile noir (Points Seuil), pour le propulser parmi les meilleurs romanciers américains. Mieux que beaucoup, il sait dire la faillite des idéaux, entrevoir les mouvements de société et les désarrois individuels. Son dernier roman, Le Script(ed. de l’Olivier), paru fin août 2006, raconte une histoire rocambolesque, aux personnages innombrables, qui tourne autour d’un vrai-faux script à l’histoire improbable, que s’arrache le milieu du cinéma indépendant américain. Moody a voulu faire un roman gigantesque, fouillant la psyché d’un monde régi par l’image. Certes, c’est loin d’être son meilleur : le roman est touffu, foutraque, écoeurant à trop être roboratif, mais reste incontestablement l’œuvre d’un grand écrivain.

09:55 Publié dans Les gens | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Moody, Le Script

27 février 2007

Les petites histoires de Régis Jauffret

 

medium_1901-CUL-JAUFFRET_photo_C._Hélie_Gallimard_COUL_4_06.05.jpgMicrofictions de Régis Jauffret restera-t-il comme l'un des livres événements de la rentrée de janvier ? C’est en tout cas le plus volumineux, 1000 pages, publié chez Gallimard, l’éditeur du pavé de Jonathan Littell. Pas de grande saga mais 500 histoires de deux pages qui sont autant de morceaux d’esprits et de tranches de vie coupées fin. Un abécédaire sombre, grinçant et drôle qui effeuille de A à Z les petites misères du quotidien. Auteur de 13 romans, récompensé du Prix Femina en 2005 pour Asiles de fous, Jauffret corrige l’écriture ordinaire par l’absurde et un goût prononcé pour les dérèglements et la transgression. Il compose en musicien des phrases fluides, exigeantes et maîtrisées. Les instantanés de Microfictions favorisent la violence sourde et l’âpre cocasserie de la vie de couple : dans la nouvelle « Cri de fou », un homme fantasme sa femme en nain de jardin. Dans « Saint Valentin », un couple se résout à reprendre une vie sexuelle… par économie. L’idée est folle, le projet indistinct, mais le livre tout aussi bien se dévore et se picore.

26 février 2007

"Je n'écris pas pour choquer", Claire Castillon

                                     « Je n‘écris pas pour choquer »

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Votre nouveau livre,On n’empêche pas un petit cœur d’aimer (Fayard), décline le rapport hommes-femmes dans 23 nouvelles. Comment être original quand on a déjà tout écrit sur un tel sujet ?

Je ne suis pas sûre d’avoir décidé d’écrire un livre précisément sur ce sujet. Dans le précédent recueil, Insecte, je n’avais pas prémédité de faire une étude sur les mères et les filles et c’est pourtant ce qui en est ressorti. J’aime aborder les choses réelles et les traiter différemment, ce qui est au fond le propre de l’écrivain. Peut être peut-on dire que les hommes, qui étaient absents dans mon dernier livre, sont de retour, et mieux incarnés. Mais je n’épargne pas plus les femmes que les hommes.

Vous maniez en virtuose le sordide, l’émotion et l’humour vache, entre profondeur et légèreté. Et tout est toujours au bord de basculer. A vous voir, on ne vous croirait jamais si redoutable…

On est ce qu’on écrit. Mais je ne crois pas à la torture nécessaire de l’artiste. Je suis sereine, parce que je ne mens pas sur ce que je suis quand j’écris. Je passe de l’écriture à la vie réelle sans me dire que ce sont deux mondes différents. Je ne me préserve pas dans mes textes, mais je me préserve beaucoup dans la vie. Il y a peut être une question d’éducation qui fait qu’on se tient bien devant les gens…

Avec des thèmes comme la violence, l’inceste, le deuil, la solitude, vous ne ménagez pas votre lecteur ! Pourtant, on ne peut pas lâcher ces nouvelles. Comment l’expliquez-vous ?

Je ne raconte pas seulement des histoires sordides. Il y a toujours de la tendresse dans mes textes : une main cogne pendant que l’autre caresse. Je n’écris pas pour choquer, j’écris comme je ressens. J’entretiens ce rapport avec le lecteur depuis mon premier roman, Le Grenier. Mes livres disent ce que les gens n’ont pas envie de voir chez eux. Mais ce ne sont pas des reproches ou des jugements jetés, ce sont les histoires d’un peu tout le monde, que je regarde moi aussi de l’intérieur avec un soupçon de voyeurisme.

C’est votre deuxième recueil de nouvelles. Qu’est-ce qui vous plaît dans cette forme littéraire ?

Le rythme. La nouvelle est un nœud qui doit se nouer très vite. Une nouvelle est avant tout visuelle : on attrape un personnage à un moment de son existence, on en manipule un ou deux aspects, et ensuite on le relâche. Le roman est plus intense à écrire. Je me suis souvent laissée emporter par mes romans. Dans mes nouvelles, je suis le chef d’orchestre.

Encore des nouvelles pour janvier 2008 ?

 Mon prochain livre sera un roman qui mêlera des choses intimistes et profondes, qui ne m’épargnent pas, à un recul plus assumé dans la narration, que j’ai appris à maîtriser avec les nouvelles.

Propos recueillis par Karine Papillaud

Le livre

On n'empêche pas un petit coeur d'aimer (Fayard)

Ca gronde et ça hurle, c’est fort, désopilant, émouvant, effrayant, et troublant aussi : en 23 histoires, Claire Castillon effeuille la passion conjugale, et, plus largement, différents aspects de l’amour entre les hommes et les femmes. Un recueil où s’épanouit le style abouti musical et aiguisé d’un écrivain qui n’en finit pas de fouiller les tréfonds de l’humain.

 

 
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