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06 janvier 2008

Le caillou dans la chaussure

 

Le caillou, c'est un écrivain. La chaussure, ce sont les Etats-Unis sur leur versant puritain hypocrite. L'image vaut ce qu'elle vaut... J'avais écrit une chronique sur cet auteur dans 20 minutes, mais pas de chance, la pub l'a écrémé. J'avais quand même envie de parler de Iain Levison, c'est un vrai regret de ne pas l'avoir fait sur papier et c'est vraiment un auteur que je prends un plaisir délicieux à lire.

Iain Levison est un Zola américain, version corrosive et drôle. Dans son dernier livre publié en France, Tribulations d’un précaire (Liana Levi), il raconte comment un jeune homme diplômé en lettres enchaîne, pour survivre, 42 petits boulots en dix ans, de poissonnier, cuisinier, livreur de fuel, serveur, à pêcheur en Alaska. Aux Etats-Unis, les études sont payantes, mais les débouchés étroits.

Levison appartient à la première génération d'Américains qui gagne moins que ses parents. Inspiré par sa propre histoire, il raconte la vie vraie de l’Américain moyen qui cumule les jobs pour s’en sortir et maintenir un pouvoir d’achat décent. Lui aussi a fait des études de lettres, lui aussi a galéré et connu les mêmes tribulations que son héros. Il est aujourd'hui menuisier et écrivain. Sans donner dans le discours social ou le jugement amer, sa plume est légère, caustique, acidulée sur fond de nonchalance : l'art d'associer les paradoxes harmonieusement. Les trois romans de Iain Levison racontent, l’air de rien, ce que l’Amérique n’a pas envie d’entendre. Hasard ou coïncidence, il n’est plus édité aux Etats-Unis. Pour raisons de « ends » pas assez « happy ». Iain Levison restera-t-il écrivain encore longtemps ?

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30 décembre 2007

Les nostalgiques de la RDA n'ont pas 20 ans !

Une dernière note pour 2007 ! Et un rebond à un article du Monde trouvé hier dans ma newsletter. Il parle de lui-même, le voici plus bas.
Concrètement, les jeunes Allemands de 15 à 17 ans, nés dans ce qu'on appelait à l'époque la RDA, ont une vision plus floue du communisme que leurs petits camarades de l'ex-RFA.

"La Vie des autres", un film remarquable, signé par un Allemand, à leur conseiller, donc.

 

Dans l'ex-RDA, les jeunes regrettent un passé qu'ils n'ont pas connu

Une série d'études menées par l'université libre de Berlin montre que les lycéens d'Allemagne de l'Est ont tendance à idéaliser l'ex-République démocratique allemande (RDA), qu'ils n'ont pas eux-mêmes connue et dont ils semblent ignorer le passé. Entre 2005 et 2007, une équipe de chercheurs ont interrogé 5 000 élèves âgés de 15 ans à 17 ans et originaires de Rhénanie du Nord-Westphalie, de Bavière, de Berlin et du Brandebourg sur leur image de la dictature communiste.


Publiée jeudi 27 décembre, l'enquête concernant le Brandebourg, situé à l'Est, présente des résultats inquiétants. Alors qu'ils ont grandi dans une zone qui faisait partie de la dictature communiste, les adolescents de cette région connaissent moins bien l'histoire de la RDA que leurs compatriotes de Rhénanie du Nord-Westphalie, à l'Ouest. Près de 37 % d'entre eux pensent que la Stasi, l'ancienne police secrète est-allemande, était un service de renseignement comme les autres. De même, seuls 17 % savent que la peine de mort existait jusqu'en 1987.

Encore plus surprenant, 54,4 % des élèves ignorent la date de la construction du mur de Berlin et seul un élève sur trois sait que le régime est-allemand est à l'origine de cette décision. "Cette ignorance conduit à décharger moralement l'ancienne dictature communiste", jugent les auteurs de l'étude.

Ce pan de l'histoire allemande fait pourtant partie du programme d'enseignement scolaire dans le Brandebourg. "Mais ce sujet est tabou pour beaucoup d'enseignants issus de l'ex-RDA", explique Klaus Schröder, l'un des auteurs. Beaucoup d'élèves racontent que ce thème est très peu ou pas du tout abordé pendant les cours. Leur connaissance s'est plutôt construite au fil des discussions avec leurs familles ou en regardant des films.

Un grand nombre d'adolescents minimisent les crimes du régime est-allemand et ne font pas la différence entre une démocratie et une dictature. Presque 40 % d'entre eux considèrent que la République fédérale d'Allemagne (RFA), qui a absorbé la RDA en 1990, ne constitue pas un meilleur système que la dictature communiste. Plus ils sont jeunes et plus l'image de l'ex-RDA est positive.

POLITIQUE SOCIALE

Sa politique sociale est particulièrement citée en exemple. Une majorité d'élèves pensent que les retraites étaient plus élevées en RDA qu'en RFA et louent l'ancien régime est-allemand pour la sécurité qu'il accordait en matière d'emploi. Pour l'obtenir, 32 % des personnes interrogées seraient prêtes à restreindre leurs libertés individuelles. Cette enquête montre "qu'une RDA idéalisée et réduite à ses aspects sociaux survit parmi les élèves du Brandebourg", résume M. Schröder.

Le ministre de l'éducation du Brandebourg, le social-démocrate Holger Rupprecht, n'a pas caché son malaise. Il a souligné que la région avait adopté mi-décembre des mesures pour améliorer l'enseignement de ce passé. Les écoles devront davantage travailler avec des musées et centres de mémoire.

A l'Ouest, les résultats n'ont pas plus réjoui les experts. "Les jeunes de l'Ouest se désintéressent complètement de l'histoire de la RDA, ils ne la considèrent pas comme faisant partie d'une histoire commune", raconte M. Schröder. Le politologue craint que ces divergences de perception entre Ouest et Est continuent de croître.

Cécile Calla (Berlin, correspondance)
Article paru dans l'édition du 30.12.07.

 

09 décembre 2007

Comment va la vieille dame ?

Comment va l’édition ? Ouh la la, la question qui casse les pieds de tout le monde ! C’est comme demander à sa vieille tata de 86 ans des nouvelles de sa santé. Elles sont toujours mauvaises, mon bon monsieur, et on finit même par ne plus en écouter le détail.
Allez, on garde son punch et un peu d’élasticité intellectuelle : Le cabinet d’audit KPMG vient de rendre le deuxième volet de son étude financière sur les entreprises éditoriales. 181 maisons d’éditions ont ainsi livré leurs bilans 2006. Ces 181 maisons totalisent un CA net de 3,2 milliards d’euros. Il en ressort une baisse de la rentabilité globale. Les secteurs juridiques et la jeunesse tiennent bon, les beaux livres et les pratiques peinent.  Les romans semblent compter pour du beurre, ça fera plaisir aux granzécrivains de Saint-Germain-des-Près. Tous les chiffres sont dans Livres Hebdo daté 7 décembre que vous ne trouverez pas en kiosque mais sur le site, si l’article n’est pas en accès payant. Si vous n’obtenez pas les infos et qu’elles vous intéressent, je ferai un addendum à cette note (mais faudra vraiment le demander, hein !).
L’auditeur KPMG propose donc de serrer les boulons en maîtrisant la production et les tirages. Pas possible ! Ca voudrait dire qu’il faudrait publier moins quand on n’a pas trop de sous ? Mais cela fait plusieurs années que  les éditeurs font exactement le contraire, en dépit du bon sens préconisé par l’auditeur : le nombre de romans ne fait que croître à chaque rentrée littéraire. On en a déjà parlé ici (vaste fouille dans les archives de ce modeste blog).



Une certaine logique, sans doute darwinienne, voudrait qu’on entreprenne au lieu de se recroqueviller quand une entreprise va mal. Mais après tout, de quoi je me mêle, n’est-ce pas ? Là où je veux en venir, c’est aux nouveaux supports, à la dématérialisation, à ce qu’on appelle encore scolairement « nouvelles technologies » (ce qui prouve à quel point on est à côté de la plaque, tant elles ne sont plus nouvelles mais intégrées dans nos modes de fonctionnement quotidiens).

A part Gallimard qui numérise largement son catalogue et qui semble avoir élaboré une stratégie un peu « moderne » à ce sujet, qu’en est-il des autres ? Le groupe Flammarion a monté une cellule de réflexion menée par le patron de Casterman. Soit. Mais que fait le groupe Hachette ? Et Editis ? Que font les éditeurs, plus largement ? Le Salon du livre 2008 semble avoir intégré la question du livre électronique à son programme : est-ce de l’image, façon « on en est, on en  parle » ou l’illustration d’une volonté plus urgente ?

Plus sincèrement, j’ai l’impression que les éditeurs qui s’intéressent au sujet le font parce que l’époque leur impose, mais sans engouement, enthousiasme ni réel esprit d’entreprise. C’est pas très bon signe pour l’avenir. Les entreprises éditoriales françaises sont-elles capables de remettre leur fonctionnement en question avant le mur (pensez au secteur de la musique, un bel épouvantail qui peut aiguillonner les nonchalants…) et surtout, de s’adapter au-delà des blablas en s’entourant de vraies compétences ? Il faut peut-être renoncer à un certain confort, celui de la tradition, du savoir-faire et de l’illusion de la maîtrise artisanale d’un secteur qui ne l’est plus tant que ça. Même si cette dernière phrase n’est pas tout à fait écrite en français.

05 décembre 2007

Les mauvaises notes de la France en lecture

Trouvé cet article dans Livres Hebdo, un article publié par mk :

Sur 40 pays étudiés par le nouveau rapport du Programme international de recherche en lecture scolaire (Pirls), rendu public le 4 décembre, la France ne se classe que 27e pour les compétences de lecture de ses écoliers.

Fondé sur une étude auprès de 215 000 élèves de 40 pays, le nouveau rapport du Programme international de recherche en lecture scolaire (Pirls) du Boston College montre que les petits Français de 10 ans sont sensiblement moins performants en lecture que leurs camarades russes, hong-kongais et canadiens, qui forment le trio de tête.

Selon le document rendu public le 4 décembre, la France se classe au 27e rang pour la lecture à l’école, soit juste au-dessus de la moyenne générale, que n’atteignent pas 13 des 40 pays du classement réalisé à partir de plusieurs indicateurs, dont la capacité à comprendre les informations et à les interpréter.

Les écoliers français figurent aussi, au 15e rang européen, parmi les plus mauvais élèves de l’Union européenne. Ils sont supplantés, et de loin, par ceux du Luxembourg (1er du classement européen), de l'Italie (2e), de l'Allemagne (5e), de la Hollande (6e), de la Bulgarie (8e), de la Lettonie (10e), de la Grande-Bretagne (11e), de l'Autriche (12e) ou encore de l'Ecosse (14e).

Portant sur les compétences de lecture en 2006, la nouvelle étude du Pirls fait suite à celle publiée en 2001. Là encore, l’évolution des résultats n’est pas rassurante pour la France. Celle-ci affiche en effet un très léger recul de 4 points, retombant en 2006 au score de 522.

Si cette baisse n’est pas vraiment significative en elle-même, elle peut se comparer à la hausse des résultats intervenue dans plusieurs pays comme la Russie, Hong Kong et Singapour (+ de 30 points), la Slovénie, la Slovaquie et l’Italie (+ de 10 points). 

 

Plus de détails sur le site du magazine : le tableau comparatif 2006/2001, l'étude complète en pdf. Attention, certains articles du site sont en accès payants.

20 novembre 2007

Grèves, programme du 20 novembre

Une fois n'est pas coutume, aujourd'hui pas question de livres ni de littérature.

J'ai trouvé sur le site de 20 minutes le récap des grèves du jour daté 16/11. Trèèès instructif. Alors voici la liste copiée collée ci-dessous.

Je n'en soutiens aucune et suis consternée de voir s'épanouir ce jeu de dupes : les acteurs de ce simulacre de bras de fer seront tous à la fois gagnants et perdants, les "têtes pensantes" le savent bien. Les seuls vrais loosers sont ceux qui essaient de bosser normalement.Bon courage à tous.

 

Alors que la fin de semaine approche, la mobilisation sociale annoncée pour le 20 novembre devient le nouvel horizon vers tous les regards se tournent. Journée-test, elle sera un baromètre de la grogne sociale en France. Mais qui au juste fait grève et manifeste mardi?

Fonction publique : C'est elle qui est à l'origine du mouvement. Les huit organisations (CGT, CFDT, FO, CFTC, CFE-CGC, UNSA, FSU, Solidaires) appellent à la grève et à des manifestations à 14h (place d'Italie à Invalides) contre les réductions d'effectifs et pour les salaires.

Education: Les cinq fédérations de l'Education - FAEN, FERC-CGT, FSU, SGEN-CFDT, UNSA-Education - se joignent à la grève. Le SNUipp, principal syndicat dans l'enseignement du premier degré, table aussi sur une forte mobilisation et évoque 65% de grévistes dans les écoles maternelles et primaires. Les syndicats étudiants et lycéens s'apprêtent également à rejoindre le mouvement des fonctionnaires.

Air France: Quatre vols prévus mardi entre Nice et Orly ont été annulés, a indiqué lundi l'aéroport de Nice dans un communiqué. Deux vols au départ de Nice, à 8h05 et 11h05, sont annulés ainsi que deux vols à l'arrivée à 10h20 et 11h50, à la demande de la Direction Générale de l'Aviation Civile (DGAC).

Aéroports: Le trafic aérien devrait être perturbé dans les aéroports. «La CGT appelle à arrêter le travail. Il y aura des grévistes mais il est très difficile de savoir combien», a expliqué lundi à l'AFP Jean-Paul Armangau, contrôleur aérien délégué de la CGT. La DGAC a réaffirmé lundi que des perturbations étaient «possibles notamment en début de journée».

Défense: la FNTE-CGT appelle à «faire grève massivement».

Hôpitaux
: Appel à la grève de syndicats de médecins (AMUF, urgentistes) notamment et d'autres salariés dont la CGT et FO. Les deux principaux syndicats de médecins des hôpitaux, CPH et INPH, ont apporté leur «plein soutien» au mouvement.


Banque de France : Trois syndicats (CGT, FO et Solidaires) appellent à la grève contre «l'insuffisance des effectifs».

Poste et France Telecom : Cinq fédérations (CGT, CFDT, Sud, FO et CFTC) appellent à la grève, notamment pour l'emploi, le pouvoir d'achat et contre les restructurations.

Météo-France : 5 organisations (SPASMET/Solidaires, SNM/CGT, SNITM/FO, CFDT/Météo, SPAC/CFDT) ont déposé un préavis national de grève contre les diminutions d'effectifs.

Commerce : La fédération des employés du commerce FO appelle les salariés du commerce à se mettre en grève.

Yoplait : La CGT appelle les salariés à des débrayages dans les trois sites de production le Mans, Monéteau et Vienne.

SNCF : FO-cheminots indique que «la jonction» du mouvement de grève à la SNCF contre la réforme des régimes spéciaux avec le mouvement de grève du 20 novembre «est à l'ordre du jour» de «beaucoup d'assemblées générales» sur les sites SNCF.

Recherche: Le collectif «Sauvons la recherche» a appelé à la grève, mardi. Le collectif de chercheurs réclame «l'arrêt immédiat du processus de démantèlement du système national de recherche fondé sur un équilibre, à améliorer encore, entre universités et organismes de recherche».

L'association prône «une répartition complètement modifiée des moyens pour l'enseignement supérieur et la recherche: beaucoup moins à l'Agence nationale de la Recherche (ANR), beaucoup plus aux établissements (universités et organismes de recherche)». Elle demande en outre un «programme d'embauche de 5.000 personnels statutaires par an pendant 5 ans pour l'ensemble du secteur, afin d'abaisser le service d'enseignement des enseignants actifs en recherche à 150 heures par an, et de renforcer l'encadrement pédagogique en premier cycle».

Presse: Le Syndicat général du livre et de la communication écrite CGT (SGLCE-CGT) a appelé à un arrêt de travail ce lundi. il ne devrait pas y avoir de quotidiens dans les kiosques mardi. Le syndicat proteste notamment contre le projet de réorganisation aux NMPP, a-t-il indiqué dans un communiqué. Plusieurs quotidiens nationaux, dont «Le Monde», «Libération», «Le Figaro», «La Croix» et «Les Echos», ont annoncé que leurs éditions pourraient être consultées gratuitement sur Internet. «20 Minutes» sera distribué.



20Minutes.fr, éditions du 16/11/2007 - 20h33

dernière mise à jour : 19/11/2007 - 20h45

 

11:00 Publié dans Coups de griffes | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : grèves

19 novembre 2007

Mougeotte répare les prix

La saison des prix littéraires se finit en apothéose.

" AFP 16.11.07 | 18h46
L e Figaro Magazine a annoncé vendredi avoir décerné son prix Découverte 2007 à Christophe Donner pour son
roman "Un roi sans lendemain" (Grasset), afin de réparer une injustice", mais l'écrivain l'a refusé.
"Le fait que mon nom n'ait pas été sur la liste de épart du jury m'empêche par principe d'accepter ce prix", a déclaré Christophe Donner, interrogé par 'AFP dans la foulée de l'annonce du prix. Cela ntrerait "en contradiction avec les principes que je défends", notamment le fait que les jurés s'en iennent aux livres retenus par les diverses élections, a-t-il dit.
Le jury du prix du Figaro Magazine, composé essentiellement de membres de la rédaction, n'avait pas sélectionné au départ le roman de Donner car "nous étions convaincus qu'il aurait un des grands prix de la rentrée littéraire", a déclaré vendredi Etienne
Mougeotte, directeur de la rédaction de l'hebdomadaire, interrogé par l'AFP avant que soit connue la réaction de M. Donner.
Le roman de Christophe Donner est un "très bon livre" qui "aurait dû recevoir le prix Renaudot", a ajouté M. Mougeotte.
Alors que Christophe Donner semblait bien placé pour l'emporter, le prix Renaudot a été attribué le 5 novembre, à la surprise générale, à Daniel Pennac pour Chagrin d'école" (Gallimard) alors qu'il ne figurait pas dans la sélection.
"Il y a eu des manoeuvres. Le livre de Donner a été injustement sacrifié. Nous l'avons donc primé pour réparer une injustice", a expliqué M. Mougeotte.
Christophe Donner avait exprimé sa colère après l'attribution du Renaudot et accusé un des jurés, Franz-Olivier Giesbert, d'avoir manipulé ce prix. Il avait de ce fait décidé de "se retirer de la course" aux autres prix littéraires.
Créé en 2002, le prix Découverte est doté de 8.000 euros, offerts par le restaurant Fouquet's (groupe Lucien Barrière), où se réunit le jury."

 

J'aime l'idée qu'un prix qualifié de "découverte" soit remis à ce tout jeune auteur qui débute à peine, qu'est Christophe Donner.

J'aime aussi qu'un prix littéraire fasse dans le rattrapage et ce, ouvertement. Une récompense pour une oeuvre littéraire doit-elle être charitable ?

J'aime aussi que ce soit Etienne Mougeotte qui soit à l'initiative de cette décision supermanesque.


Mais je ne suis pas sûre du tout que le Prix découverte du Figaro Magazine, si plein de bonnes intentions (comme l'enfer en est pavé), ressorte grandi de cette histoire : les jurés me semblent bien trop sensibles aux contextes pour se concentrer pour de vrai sur les textes.
Quant à Donner, autant j'ai trouvé sa déclaration post-Renaudot grotesque qui légitimait exactement ce qu'il dénonçait, c'est à dire les stratagèmes en cours ; autant je le trouve respectable d'avoir refusé ce prix ouvertement de consolation. Au moins, il ne perd pas son honneur d'écrivain.

Question pour finir : à qui iront les 8 000 euros du Prix ? 

10 novembre 2007

Arlington Park de Rachel Cusk

Signé par l’un des meilleurs espoirs de la littérature anglaise contemporaine, Arlington Park est une des belles découvertes de cette rentrée littéraire.


Méfiez-vous des apparences, et particulièrement de l’eau qui dort, semble vouloir dire Rachel Cusk aux lecteurs de son roman. Arlington Park raconte le quotidien ordinaire d’une poignée de femmes dans une banlieue résidentielle anglaise. Elles sont des épouses et des mères accomplies, mènent des vies paisibles et prospères, mais chacune collectionne une quantité de névroses et de frustrations très appréciable. Parfois des bouffées de révolte leur échappent : Juliet, un professeur de lettres, coupe symboliquement sa chevelure pour que quelque chose change enfin dans sa vie ; Maisie, une impassible londonienne aux yeux de ses voisines, déchaîne ses rancoeurs et ses désirs rageurs quand son mari rentre à la maison.
Dans ce sixième roman qui est le premier à être publié en France, Rachel Cusk maîtrise avec beaucoup de maturité une écriture proche de celle de Virginia Woolf. Comme Mrs Dalloway, Arlington Park relate un moment suspendu dans la vie de chacune des héroïnes, un vertige de lucidité dans un quotidien qu’elles n’essaient pas de changer. Mais il y a aussi quelque chose d’un Philip Roth dans la violence avec laquelle Rachel Cusk malmène ses personnages, les accule et réussit à perturber son lecteur : persuadé de lire un roman féministe qui vilipende la famille, il finit par se demander si, finalement, la détresse des hommes ne serait pas le réel sujet de ces histoires de harpies silencieuses. Leur fadeur affichée, leur rigidité grise inspirée des années 50, celle des hommes qui camouflent leur incapacité à vivre une vie privée derrière des satisfactions professionnelles, sont remises au goût du jour par l’habileté ironique de Rachel Cusk. L’auteur a-t-elle choisi entre féminisme et misogynie ? Difficile de trancher. Dans Arlington Park, les Amazones semblent avoir perdu la guerre des sexes, mais les hommes ne l’ont pas gagnée non plus : c’est le roman qui en ressort en brillant vainqueur.

« Arlington Park », de Rachel Cusk, traduit de l’anglais par Justine de Mazères (ed. de l’Olivier, 292 pages, 21 €)

Karine Papillaud
Paru dans Le Point

09 novembre 2007

Prix de Flore, un autre regard

Soirée exceptionnelle au Flore pour fêter le Prix de Flore d'Amélie Nothomb. C'était mercredi 7 novembre, de 20h à ... très tard.

Il y avait tout le milieu germanopratin et les autres, une quantité d'épaules à éviter et de costumes à frotter. Le Café de Flore était plein comme un oeuf. Et comme dirait l'autre, "en cas de pépin, bonjour la sécurité". Surtout quand le caviar a été servi à l'étage. Qu'on ne dise pas que les bobos du 6e sont blasés, c'était le rush sur les oeufs de poisson. Limite décent, quand on y pense.

Les putes à franges, à la platine, ont été rejointes par l'un des deux membres du groupe Justice. Ne me demandez pas lequel, je suis journaliste littéraire et immensément ignorante pour tout le reste. Amélie était contente, c'était baroque, joyeux. Il souffle un vent de fantaisie sur la saison des prix. Je crois que la semaine prochaine sera amusante, avec les Prix Femina, Medicis, Goncourt des Lycéens, Interallié, France Télévisions et Wepler.  

Laurence Thurion, l'une des blogueuses les plus intéressantres du web était avec moi. Il y avait donc deux Belges ce soir-là (Laurence et Amélie N.), hé hé ! Elles se sont patriotiquement embrassées et Laurence a tout mis en ligne sur son blog eklectik, avec plein de photos à suivre sur son Flickr. Suivez le guide ! 

 

... Et retrouvez l'interview d'Amélie Nothomb sur le site d' isubway 

00:35 Publié dans Coulisses | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : Flore, Nothomb

06 novembre 2007

Alabama Song, la chronique du Goncourt

Parue dans un 20 minutes de la fin septembre, la chronique du livre de Gilles Leroy, le lauréat du Goncourt 2007

 

medium_Leroy_07.jpgIl est sur toutes les listes de prix avec son nouveau livre, Alabama Song (Mercure de France) : Gilles Leroy couronnera peut être vingt ans d’une écriture exigeante avec l’un des grands prix de novembre.

Comme l’an dernier Michel Schneider et sa Marilyn Monroe, Gilles Leroy a choisi de raconter la vie de Zelda Fitzgerald, la femme de Francis Scott, l’auteur de Gatsby le Magnifique. Couple mythique des années folles, les Fitzgerald forment un couple tragique, où l’un noit sa dépression dans l’alcool, quand l’autre est méthodiquement détruite par des internements psychiatriques musclés. « Aujourd’hui, des psychiatres sont revenus sur le diagnostic de schizophrénie pour laquelle on la soignait, explique l’auteur. Il semble qu’elle ait été en fait maniaco-dépressive ».

Avec passion et discrétion, il s’est glissé dans la voix de Zelda pour raconter les années tourbillonnantes, excessives et malheureuses d’une femme trop libre, entravée par un mari jaloux, à une époque où le conjoint a tous pouvoirs sur sa femme. Gilles Leroy est tombé amoureux de ce couple à 20 ans, au moment où naissait son envie de devenir écrivain. L’engouement pour Francis Scott passe, la sidération pour Zelda dure : « J’ai beaucoup lu la littérature américaine depuis vingt ans. Le roman de Zelda, sa correspondance m’intéressent autant : sa plume est dérangeante, contemporaine ».

Dans ce roman envoûtant que Gilles Leroy a inventé à partir de faits avérés, on retrouve les questions lancinantes qui trament son œuvre : réussir à s’en sortir dans la vie, et trouver sa place dans ce monde.

KP

 

…au Renaudot

medium_besson.jpgPatrick Besson est un homme parmi les plus intelligents de sa génération, et ils sont pourtant nombreux, les jeunes quinquas. On lui passe autant qu'à un enfant surdoué, même s’il raconte plein de trucs faux sur mon compte, comme un livre que je serais en train d’écrire et que c’est même pas vrai, et qu'il me fatigue avec ça. « Toute une vie passée à écrire sans avoir de prix, c’était pas juste », m’a-t-il dit, patelin, pour expliquer le choix de Daniel Pennac avec Chagrin d’école (Gallimard), tandis que Jean-Noël Pancrazi écrasait un sourire. C’est bien mignon, ça, Patrick, mais Daniel Pennac ne figurait pas sur la liste des derniers sélectionnés et son livre n’est pas un roman. Et Donner, donné favori avec Un roi sans lendemain pour Grasset ? « Je compte beaucoup que Donner ait l’Interallié ! », ponctue Christian Giudicelli, à la rescousse de son coreligionnaire. « Pennac, j’ai beaucoup aimé, explique de son côté Franz-Olivier Giesbert. C’est du Pagnol, pas prise de tête, un bon écrivain populaire. On a voulu rendre un coup de chapeau à l’écrivain » que Jean-Marie-Gustave Le Clézio, en voyage, avait retenu. Il y a chez ces tontons « électeurs », un air potache qui fait plaisir à voir mais qui tranche avec la solennité voulue de la circonstance.

 

Crédit photo : Bruno CHAROY


C’est vrai que c’est amusant de consacrer un lauréat qui ne faisait pas partie de la dernièremedium_pennac03.2.jpg sélection. C’est vrai que c’est amusant de récompenser un auteur qui vient de sortir 230 000 exemplaires de son livre en trois semaines. C’est vrai que c’est amusant de penser que le Renaudot, cette année, se vendra certainement mieux que le Goncourt, avec l’avance prise par Pennac, la renommée de l’écrivain et de son éditeur Gallimard. C’est vrai aussi que ça doit être amusant, quand on est juré Renaudot, de griller la priorité du Prix le plus vendeur de l’automne au Goncourt. Et c’est vrai que ça doit être très amusant de faire enrager les éditeurs en cassant les codes minutieusement établis qui prédestinent les auteurs aux prix mieux que les infantes aux jeunes rois.


Score : Gallimard un Goncourt par truchement, et un Renaudot en nom propre.

C’est un beau bazar maintenant, pour les autres prix en piste. Les Femina et Medicis ont rendu leurs dernières sélections lundi en fin de journée. On imagine que les jurys ont dû sacrément cogiter l’après-midi. Le Baisers de cinéma d’Eric Fottorino était un parfait prix Femina, mais il est griffé Gallimard. Le Prix décembre remis ce mardi, devrait* théoriquement être attribué à Yannick Haenel, un auteur Gallimard de l’écurie Sollers, mais ça fait beaucoup, non ? Et l’excellent La Chaussure sur le toit de Vincent Delecroix à qui on prêtait l’Académie française avant… un changement de cap de l’institution, et à qui on aurait bien vu un Médicis, mais c’est encore un Gallimard ! Olivia Rosenthal, bien placée pour le Wepler, publie chez Verticales, donc dans le groupe de… on n’ose plus dire le nom. Ca glousse autour des buffets. Disons les choses : la production de Gallimard est d’excellente qualité, particulièrement depuis une bonne année. Comme la production des éditions de l’Olivier, remarquable cette rentrée. On pourrait peut-être créer un prix qui récompenserait plus franchement et exclusivement les éditeurs pour la qualité de leur production sur une période donnée. En attendant, on félicite Antoine G qui sait publier des livres et les faire couvrir de prix.

 

*Toutes ces élucubrations ne sont que pures spéculations journalistiques que n’étaye aucune preuve, pensez-bien, sinon une petite expérience et quelques analyses confraternelles sur lesquelles tout le monde s’accorde mais qui ne peuvent pas être sourcées. Sinon les scandales éclateraient plus au jour, et les jurys de prix littéraires seraient sans doute tournants.

05 novembre 2007

Bravo Antoine ! Du Goncourt…

Chaude ambiance au Drouant ! Les jurés se sont rebellés : pas question de tremper dans la manigance, marre des magouilles, rigolons un peu. Alors ils s’en sont payé une bonne tranche. medium_KIF_0335.JPGLe Renaudot, surtout, était transformé en repaire de garnements : la bande à Besson, président cette année, donc voix compte double, flanqué de ses complices Franz-Olivier Giesbert (mon Boss au Point, hé hé), Christian Giudicelli ou Jean-Noël Pancrazi. Pas possible de sortir une phrase sans un sourire de chat gourmand des uns ou des autres. L’humeur était bonne et belle. On verra dans le prochain post ce qui, peut-être, étirait ces sourires de chats gourmands. Côté Goncourt, c’était plus convenable, mais moins « jeune » aussi. En l’absence de Françoise Mallet-Joris (éditée par Grasset… oui, on va dire les choses comme ça pour rester jésuite et précis jusqu’au bout), et Michel Tournier (édité par Gallimard), l’un des frondeurs était ce garnement de Didier Decoin, la bonne humeur personnifiée et la malice au coin de l’oeil, qui me confiait à Brive il y a dix jours son penchant pour le livre de Leroy. Robert Sabatier aussi n’en a fait qu’à sa tête, en votant pour Amélie Nothomb alors qu’elle n’était plus sur la short list. Michel Tournier avait fait la même chose avec Stéphane Audeguy l’an dernier. La petite jeunesse Françoise Chandernagor, trésorière, a pensé cette année à apporter le chèque de 10 euros destiné au lauréat et encore en blanc au moment de la photo (voir ci contre). Pour la cagnotte, bien moins importante que les 30 000 euros du Prix Décembre remis ce midi à l’hôtel Lutétia, point n’est besoin de se soucier pour l’auteur :  le prix, c’est pour la gloire, mais les ventes suivent en général à hauteur de 300 000 exemplaires vendus (en dessous, le Goncourt est un bide).medium_KIF_0340.JPG

On s’apprêtait donc à remettre les Prix Goncourt et Renaudot à 13h, pour l’ouverture du journal télé. Comme l’an dernier, les journalistes ont été entassés au rez-de-chaussée, bien collés les uns contre les autres, certains avec un morceau de micro ou de caméra fiché dans la tempe. Et on attendait que les jambes des jurés apparaissent dans l’escalier. Oui, parce qu’à moins d’être au premier rang, on ne voyait pas grand-chose de tout ça. Surtout quand on mesure 1,68m talons compris, comme moi. Finalement Didier Decoin a fini par descendre, avec une autre paire de pantalons à pinces, dont tout le monde a vu l’occupant à la télé sauf nous qui étions bien gênés au milieu du paquet humain. medium_KIF_0336.JPGEvidemment, sans sono, on n’a rien entendu ou presque. A part les « 14 tours de scrutin » pour départager le Goncourt et les 10 pour le Renaudot. Ca ressemble à du coup de cœur, ça, mesdames et messieurs les jurés ! Gilles Leroy, Daniel Pennac, les noms sont lancés, les jurés remontent se planquer et les journalistes font comme ils peuvent.
Ca a surpris : Marion, l’attachée de presse de Leroy qui est une vraie supportrice de son auteur, était tellement sûre qu’Olivier Adam remporterait le prix qu’elle a à peine pensé à ouvrir la radio à l’heure dite. Le lauréat du Goncourt a appris la bonne nouvelle après tout le monde.  Revenons sur place, où la tension aurait pu être démoniaque et la cohue meurtrière. Quelques mots échangés avec Pierre Assouline, sélectionné sur la première liste du Goncourt, et on s’aventure en binôme au premier étage où les jurés des deux prix s’apprêtent à passer à table. Mais chacun dans sa salle. Celle du Goncourt est tout de suite à droite en arrivant à l’étage, le Renaudot, c’est un peu plus loin au fond du couloir.


Plutôt que de faire des phrases, il est tard et ça va finir par faire un trèèèès long post, voici une sélection des petites phrases recueillis auprès de Françoise Chandernagor-jurée-Goncourt, entre fourchettes et micros, avant que le déjeuner gastronomique ne commence et qu’on ne vire les parasites de l’auguste salon moquetté.

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 « Le choix a été difficile, il y avait beaucoup de bons livres et ce n’était pas facile de se décider surtout entre les deux leaders (Adam et Leroy, NDLB), longtemps ex æquo qui étaient très différents mais très intéressants, dans leurs styles et dans leurs sujets.»

La même d’avouer à propos du livre du lauréat, Alabama Song (Mercure de France) : « L’histoire du couple mythique qu’étaient les Fitzgerald me fait rêver. Je vois quand même les choses du point de vue de Francis Scott. Gilles Leroy présente Zelda comme la première féministe. C’est magnifiquement écrit. »Mais coup de théâtre ! « J’aurais aussi été contente d’un autre choix. J’étais ravie de voir autant de femmes dans la sélection mais comme m’a dit Bernard (Pivot), on a couronné le livre dont l’héroïne est une femme ». Consolée, Françoise ?


La petite phrase à méditer : « Les auteurs comptent plus que les éditeurs. Je m’y emploie depuis que je suis dans ce jury. Je crois. Il faut que ça le reste. » Ah bon ? Parce que ce n’était pas évident ? Mince alors !

Faisons les comptes : Un Goncourt à Gilles Leroy, c’est un Goncourt pour le Mercure de France, une première depuis 1995, donc un Goncourt pour Gallimard, c’est le même groupe.(à suivre)

16 octobre 2007

Interview de Jacques Attali, sans solde

Ce blog est vivant et je le prouve : voici une interview que j'ai faite avec Frédéric Lenoir pour le Monde des religions il y a quelques mois. Nous avions rencontré Jacques Attali qui se montre là sous le jour de la spiritualité, des religions et de leur construction dans le monde. C'est réellement passionnant. 

 


Jacques Attali est l’un des intellectuels français les plus brillants et des plus inclassables : penseur, essayiste et homme de lettres, il écrit aussi bien des essais économiques, philosophiques ou historiques (Les Juifs, le monde et l’argent, 1492, La Voie humaine), des biographies (Karl Marx ou l’esprit du monde), que des romans (La vie éternelle) ou des pièces de théâtre (Les Portes du ciel). Docteur d'Etat en Sciences Economiques, diplômé de l'Ecole Polytechnique, dont il a été le major de sa promotion, de l'Ecole des Mines, de Sciences Po et de l'ENA, il est aussi l’ancien conseiller d'Etat auprès de François Mitterrand. De cette époque témoignent Verbatim, ses célèbres mémoires en trois tomes qu’il a publiés de 1986 à 1998. Chroniqueur pour le magazine L'Express, il est le fondateur de PlaNet Finance, une organisation internationale à but non lucratif ayant pour objectif de financer, conseiller et former par internet 7 000 institutions de micro-finance. Volontiers visionnaire, tel que le prouve encore son nouvel essai au titre évocateur, Une brève histoire de l’avenir (Fayard), Jacques Attali construit, au fil de ses actions et de la quarantaine de livres qu’il a déjà écrits, une œuvre formidablement intelligente et obstinément tournée vers l’avenir.

Quelle a été la religion que vos parents vous ont transmise ?
Je suis né à Alger,  de tradition juive, d’un judaïsme sépharade, plus exactement algérien, à la fois du côté de ma mère venant du Portugal au 15e siècle, et du côté de mon père venant de Turquie un peu plus tard. Mon père avait une culture religieuse phénoménale, il connaissait la Bible et le Talmud pratiquement par cœur. Ma mère était professeur d’hébreu. J’ai vécu dans une famille où la tradition était forte, sans être orthodoxe. On célébrait les grandes fêtes  et on faisait les prières du  shabbat,  mais on ne mangeait pas casher. Mon père a interdit à  ses enfants d’apprendre  l’arabe, pour nous pousser dans le monde français,  et n’a pas insisté pour que nous devenions des théologiens aussi érudits que lui : le choix entre la connaissance talmudique et les études françaises, lorsqu’il se posait  a toujours été, pour lui,  la France, c'est-à-dire la laïcité. Je n’ai jamais rejeté cet héritage culturel, au contraire.  . Aujourd’hui,  j’étudie les textes  juifs et je vois un maître une fois par mois.

En quoi consiste le travail que vous menez avec ce rabbin ?
Nous étudions les textes et la philosophie des textes du Talmud et de la Bible. Chaque année nous abordons un nouveau thème, motivé la plupart du temps par mes curiosités  d’écrivain : en préparant tous mes livres, je me pose  la question de savoir ce que le judaïsme pense sur le sujet.  Par exemple, le temps, la liberté, la mort, la propriété, la création du monde, la justice, etc. …La plupart de mes romans, en particulier,  comprennent une dimension juive, parmi d’autres.

Y a-t-il des grands penseurs, des grandes figures qui vous ont particulièrement marquées ?
Si je ne devais citer qu’un nom, ce serait celui de Spinoza, qui est en même temps le premier penseur scientifique moderne de la liberté et un écrivain magnifique,  inscrit dans la société moderne , en avance même sur ce monde, tout en n’y ayant pas ses racines. Maimonide aussi est, pour moi,  un penseur majeur, dont j’admire l’audace,  qui va ouvrir la voie à Albert Le Grand, à Thomas d’Aquin et à la pensée scientifique occidentale. Il est sans doute le grand penseur juif du Moyen âge, moins important cependant que son contemporain musulman Averroès.  Tous les deux espagnols.

Vous avez été un enfant élevé dans la foi, mais étiez-vous pieux?
J’ai toujours eu la foi. Je l’ai encore. Je ne suis pas de ceux qui disent « je voudrais bien croire ». Ma conception de l’univers est que celui-ci est  trop parfait et trop inconnaissable pour qu’il soit totalement le produit du hasard. Je ne crois pas en une religion particulière : ma foi est abstraite et ma culture est juive. Je ne peux pas comprendre ou travailler sur le monde sans une métaphysique. Et je crois qu’il existe  une intelligence absolue, qui pour moi se confond avec le Temps.  

Croyez-vous en la providence ou au destin ?
Il m’arrive de trouver plaisir à y croire. Je vois d’ailleurs  des signes sans cesse,  par des rencontres, des idées,  qui s’organisent comme un puzzle ; mais je ne veux pas y prêter trop attention. Pour l’expliquer, je  crois à la transmission de pensée, à la mémétique ; je  crois que l’esprit attire ce dont il a besoin. S’il y a une providence divine, elle n’est pas une providence : sa fonction est de sauver l’Esprit  dans sa globalité et non chaque homme. Pour moi la liberté de l’homme est totale, Dieu n’intervient pas dans nos petites histoires.


Eprouvez-vous des émotions spirituelles ?La musique  est, pour moi,  la meilleure preuve de l’existence de Dieu. Cela m’est plus évident encore en jouant qu’en écoutant. Dernièrement, j’ai dirigé le Second Concerto pour deux violons de Bach avec l’orchestre  symphonique de Grenoble, et il était évident que ça venait « d’en haut », et que ça remontait « en haut ». J’ai aussi vécu des moments où j’ai eu le sentiment que « ça » parlait en moi. Je crois que nous sommes tous, à des moments particuliers, traversés par une force dont nous sommes alors le réceptacle. Je crois aussi beaucoup à la présence des morts.Cela signifie-t-il que vous croyez en l’immortalité de l’âme ?Absolument. Et je ne suis pas loin de croire en la réincarnation qui, d’ailleurs, est conforme à la tradition juive, dans cette partie de la Kabbale qui  admet les grands fondements de la métempsychose. Il m’arrive d’avoir des expériences de communication forte avec des gens que j’ai connus et qui ne sont plus. François Mitterrand disait : « je crois aux forces de l’esprit », c’est une phrase que je pourrais reprendre complètement.

Que pensez-vous alors de la communion des Saints, qui fait que la prière et ce que dégagent certains humains élèvent l’humanité toute entière ?
Je crois   à une intelligence collective, qui n’est pas la somme des intelligences individuelles. Cette intelligence collective a un objectif différent de l’intelligence individuelle ou même de la somme des intelligences individuelles, elle vise à la survie de l’espèce. Je crois aussi qu’il y a une intelligence de la vie, elle-même supérieure à l’intelligence collective de l’espèce. On peut imaginer qu’un jour il y ait une bataille non seulement entre l’intelligence de l’espèce  et  les intelligences individuelles, donc une hécatombe, mais aussi qu’il y ait une bataille de l’intelligence de la vie  contre l’intelligence de l’espèce. Car la vie peut avoir intérêt à détruire une espèce, l’espèce humaine par exemple.

Quel regard portez-vous sur le christianisme ?
 Il découle  du  judaïsme, mais une  dimension théologique du christianisme  qui me gêne beaucoup, plus particulièrement dans le catholicisme, c’est la Trinité : pourquoi le  Messie serait il le « fils » de Dieu ? Pourquoi le Dieu unique devient-il trois ? Il a d’ailleurs fallu attendre le 13e siècle pour que les  théologiens juifs finissent  par accepter,   pour des raisons  d’ailleurs diplomatiques, que  le catholicisme  est  une religion monothéiste.   J’en ai beaucoup parlé avec de grands théologiens chrétiens, sans me satisfaire de leur réponse. Je suis aussi  en désaccord avec le rapport à la richesse tel que le propose le christianisme. Dans le judaïsme, le scandale c’est la pauvreté. Dans le christianisme, en tout cas dans le catholicisme, le scandale  c’est la richesse. La vraie rupture dans la pensée laïque et humaine, c’est précisément cette question : où est le scandale, dans la richesse ou la pauvreté ? Elle détermine toute l’évolution d’un rapport au monde. Pour le judaïsme, s’enrichir est une bonne chose, à condition d’enrichir aussi les autres : tout le rapport au progrès  humain passe alors  par la richesse, matérielle et morale, au service l’une de l’autre. A partir du moment où la richesse matérielle est mal vue, on ne peut pas accepter le progrès. On préfère la soumission à la nature.

Et Jésus ?
Pour moi, Jésus est   un  très   grand  prophète juif. Sa voix, telle qu’on l’entend dans les Evangiles, me touche beaucoup. Elle est pour moi celle d’un très grand prophète qui développe et met au jour ce qui existe déjà  dans la théologie  juive : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » est dans le Lévitique, par exemple. L’idée de l’universalité de Dieu est aussi une idée juive. On peut donc être pleinement juif et suivre la pensée de Jésus. Il n’est, pour moi, pas plus le fils de Dieu que tous les autres hommes, qui le sont aussi.  Jésus ne se présente d’ailleurs jamais comme le Messie...

Donc pour vous, il n’est pas le Messie ?
 Non, c’est un immense prophète juif, un très grand juif,  qui ne se dit jamais Messie. Et même les Evangiles, écrits bien après sa mort, et  qui auraient eu intérêt à lui faire dire, ne le font pas.  A moins de traduire «  le Fils de l’Homme » par «  le fils de Dieu ». Au fond,  la seule chose qui distingue vraiment les Juifs  des  Chrétiens, leurs héritiers, c’est que pour les juifs, « Il » viendra, et pour les chrétiens, « Il » reviendra.

Croyez-vous au Messie comme  une personne à venir ou la métaphore d’un bouleversement plus global ?
« Il » peut être un homme, une femme, un événement   créant un  choc général qui lui-même conduira à la victoire de l’amour sur la violence. Il peut être aussi, et je préfère cela,  la mise en réseau de toutes les fractions de Messie existant en chacun d’entre nous. Pour moi, le Messie rejoint  ainsi la notion, dont nous avons parlé, d’intelligence collective. Le Messie viendra quand l’intelligence collective fera entrer  en résonance la totalité des intelligences individuelles.

Comment considérez-vous l’Islam en regard des deux autres grandes religions monothéistes ?
L’Islam est d’une certaine façon la religion parfaite, dans la mesure où c’est une religion sans histoire, transcendante et universelle, dans l’abstraction totale, avec un Dieu dénué du moindre anthropomorphisme. Une  abstraction du judaïsme et du christianisme de l’époque.  Les rabbins ont tout de suite accepté l’islam comme un monothéisme, «  le plus pur » même, disait Maimonide.

Comment expliquer l’évolution historique de l’Islam en religion théocratique qui se défie de la raison interprétative ?
Toute religion a vocation à devenir théocratique. Ce fut le cas du judaïsme et du christianisme.  Plus généralement, dès  qu’une doctrine ou une vision du monde apparaît, on trouve un dictateur qui la fige et  l’utilise pour s’emparer du pouvoir.  .   La fermeture  de l’Islam européen  à la raison, à Cordoue en 1149,  par des dictateurs, fut un  désastre pour l’humanité.  L’Islam vit encore  cette  phase.

Croyez-vous aujourd’hui à un retour possible de la raison critique dans l’Islam ?
Bien sûr. D’abord l’Islam est très moderne dans beaucoup d’endroits du monde,  tant dans l’Islam de France que dans tous ceux qui, dans tous les pays du monde,  sont musulmans et scientifiques ou artistes, ou marchands, ou financiers, ou  simplement démocrates. 
  Plus généralement,  au-delà de  l’Islam, on assiste partout dans le monde  actuellement une bataille entre trois valeurs : la liberté individuelle, l’immortalité et l’altruisme. Tout au long de leur histoire, les hommes ont hésité entre d’un côté l’immortalité avec la transcendance, de l’autre la liberté individuelle avec le droit au bonheur. L’homme peut-il être libre s’il y a foi ? La modernité occidentale a organisé la  victoire de la liberté sur l’immortalité. Mais on assiste aujourd’hui dans certaines parties du monde à une revanche de l’idéologie de  l’immortalité et à un retour des certitudes et des idéologies politiques et religieuses.

Concrètement, quelles en sont les conséquences dans le monde d’aujourd’hui ?
Tout se joue dans l’équivalence entre ces quatre mots que sont liberté, réversibilité, précarité, déloyauté. La liberté me donne le droit de changer d’avis : c’est la réversibilité. Si je peux changer d’avis, alors tout est précaire, depuis l’emploi jusqu’aux relations amoureuses. Une société de liberté est donc par essence une machine à fabriquer de la précarité. Cette société est par conséquent déloyale, puisque chacun n’est plus loyal qu’à lui-même. Et encore, si on sait ce que cela veut dire : c’est le rôle de la psychanalyse. Si nos sociétés ne sont pas capables de donner du sens à la précarité, c'est-à-dire de faire que la précarité soit vivable , grâce à la protection sociale, comme une forme de liberté, de droit à la création, une  possibilité de changer, d’aller plus loin en soi, alors il y aura un retour vers une forme de totalitarisme,  théocratique ou laïc, ou écologique . Je crois que nous connaîtrons, ainsi que les générations suivantes, des crispations nationales-socialistes, par refus ou vertige de la liberté. Théocratie, nationalisme et socialisme seront des ingrédients du même cocktail maléfique. Cela passera, d’une façon plus ou moins barbare, et l’altruisme viendra après.


La solution ne serait-elle pas d’associer à la liberté la notion de responsabilité qui amènerait un peu plus l’individu dans le partage et l’altruisme ?
Je ne comprends pas le  sens du mot responsabilité, je préfère dire « altruisme intéressé ». Aujourd’hui, ce qu’on appelle la compassion et l’altruisme ne sont absolument pas de l’altruisme. On est intéressé à ce qu’il n’y ait pas de tsunami ou de maladies génétiques parce qu’on est soi même touriste et qu’on a des enfants, mais les problèmes au Darfour n’intéressent personne. L’altruisme intéressé est le point de passage entre la liberté et la fraternité. Je crois  que notre civilisation  ne survivra que si elle est capable de faire en sorte que chacun trouve son bonheur dans le bonheur des autres.

Avez-vous des enfants et leur avez-vous transmis des convictions religieuses ?
Il y a une très belle phrase du Talmud qui dit qu’un juif ne l’est  ni par sa mère, ni par son père, mais par ses enfants. Cela signifie qu’un être humain n’est pas ce qu’il reçoit, mais ce qu’il transmet.   
Propos recueillis par Frédéric Lenoir et Karine Papillaud

Bibliographie choisie

La vie éternelle ( Fayard 1989)
Il viendra (Fayard, 1994)
Fraternités : Une nouvelle utopie (Fayard  1999)
Blaise Pascal ou le génie français (Fayard 2 000)
Les Juifs, le monde et l'argent (Fayard 2002)
L'Homme nomade (Fayard 2003)
La Voie humaine (Fayard 2004)
La Confrérie des Eveillés (Fayard 2004)
C'était François Mitterrand (Fayard 2005)
Karl Marx ou l'esprit du Monde (Fayard 2005)
Une brève histoire de l’avenir (Fayard 2006) 


 

04 octobre 2007

Mobilisation des blogueurs

C'est la journée de soutien au mouvement civique en Birmanie. Aujourd'hui pas de texte, juste  :

FREE BURMA

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18 septembre 2007

L'interlocuteur de Jospin

Réaction vite faite à l'article paru dans Libération ce matin où il est question du livre que Lionel Jospin s'apprête à publier chez Flammarion le 24 septembre prochain.

Le journaliste, super chanceux (joue-t-il aussi au loto, le bienheureux ?), a eu le livre entre les mains tellement à l'avance qu'il a pu en faire une tribune ce lundi 17. Grillant ainsi les exclus et autres transactions de bonnes feuilles nécessairement programmées avec d'autres habdos. C'est toujours le cas pour ce genre de publication.  

Je vous restitue in extenso la partie amusante, copiée collée depuis le site de Libé :

 

Se procurer le livre de Lionel Jospin, qui ne doit sortir en librairie que dans huit jours et qui est promis à un plan média soigneusement préparé ? Ce fut simple comme un coup de fil, reçu samedi. Et compliqué comme tous les coups de chance. Au bout du fil, notre interlocuteur explique avoir lu  l’Impasse après l’avoir tout simplement acheté dans une ville de province, où il avait été accidentellement mis en place. Et rapidement retiré. Libération s’est donc procuré le livre et a considéré normal d’utiliser journalistiquement un document éclairant sur le traumatisme postdéfaite présidentielle qui va continuer d’agiter le Parti socialiste.

 

Ben ça alors ! Un interlocuteur qui a profité de l'étourderie d'un libraire ! Ah ces libraires qui ne font jamais attention, scrogneugneu ! Et la vie c'est comme dans Amélie Poulain ! Moi, ça me rappelle la manière dont Angelo Rinaldi, pour le Figaro, avait trouvé la Possibilité d'une île de Houellebecq (sous embargo brûlant à la rentrée littéraire de 2005)... sur un banc ! Là, posé, frais et nimbé de rosée ou presque. A part ceux qui croient au Père Noël, personne n'avait accordé beaucoup de crédit à cette version. Et je n'ai pas entendu dire que les journalistes littéraires ont, depuis, planté leurs campemants dans les jardins publics dans l'espoir de trouver un livre pas encore sorti.

Revenons à cet étonnant encadré de Libé : c'est curieux comme ça sent le "coup". Peut être suis-je en train de faire un procès d'intention, mais la liberté d'expression des blogs est sacrée tant qu'elle n'est pas diffamatoire. Alors je n'écris qu'à l'allusif et au conditionnel... Ca me fait drôle, cette histoire d'interlocuteur. Il fait quoi dans la vie, l'interlocuteur ? C'est un homme, une femme, un boulanger, un VRP ? D'abord c'est quoi un interlocuteur ? Et depuis quand on raconte ses sources comme ça ? C'est curieux, mais moi, ça me fait l'effet d'une tentative de justification. Peut être ne suis-je plus assez candide pour croire au merveilleux. Ou aux contes de fées  journalistes.

02 septembre 2007

D'où sortent les têtes d'affiche de la rentrée ?

C'est dimanche, alors flemme. 

Je copie-colle le premier jet de l'un de mes articles "Rentrée littéraire" paru dans 20 minutes le 30 août. Même que, lalalère, il a fait la Une du journal ce jour-là, malgré la victoire du PSG 2-0 contre Le Mans. Et ce n'est manifestement pas rien, une victoire du PSG, si je comprends bien ce que j'entends autour de moi. Rendez-vous compte : la littérature dame le pion au foot, enivrant, non ? Allez, j'ai assez paradé comme ça...

 

 

Parmi les 727 romans publiés cet automne, la critique a déjà choisi ceux qui feront l’actualité jusqu’aux prix de novembre.

Le Peloton de tête de la rentrée

 

Olivier Adam, Mazarine Pingeot, Philippe Claudel, Christophe Donner, Marie Darrieussecq, Yasmina Réza ou Patrick Besson, et bientôt le nouveau Patrick Modiano : la rentrée des romans français est à peine commencée qu’elle semble déjà finie. Dix jours après la parution des premiers livres, la critique a déjà bouclé un premier tour d’horizon. Les valeurs sont sûres, les auteurs souvent attendus : la rentrée 2007 est un cru bourgeois.

Dans les pages "livres" des journaux, la course a commencé dès le mois de juin. Derrière cette frénésie de chercheur d’or qui agite les journalistes littéraires, se cachent déjà les enjeux des prix de novembre. C’est auquel trouvera le premier la perle de la rentrée, le nouveau Goncourt, ou le livre qui marquera l’automne. Depuis le mois de mai, les journalistes déjeunent avec les attachées de presse des éditeurs qui mettent en exergue les chouchous maison. Si elles convainquent le journaliste, il ouvrira ce livre plutôt qu’un autre. « Elles sont une source importante, mais les libraires jouent aussi un rôle primordial, explique un journaliste du Figaro littéraire. Il y a aussi les livres qu’on attend : on a découvert un auteur lors d’une rentrée précédente, ou suivi le parcours d’un écrivain depuis plusieurs années ».

C’est le cas d’Olivier Adam, avec A l’abri de rien (L’Olivier), un roman ambitieux qui se déroule à Sangatte parmi les réfugiés. C’est le cas aussi du quatrième livre d’Eric Reinhardt, Cendrillon (Stock), salué par la critique comme un petit événement littéraire bien avant sa mise en vente le 22 août. « C’est la preuve que la critique, même malmenée, fait son boulot, observe son éditeur Jean-Marc Roberts. Le livre a été lu assez tôt mais rien n’était gagné : l’auteur n’a pas la notoriété des stars de la rentrée ». Adoré ou détesté, le roman de Reinhardt intéresse l’ensemble de la critique. Coup éditorial ? « Je ne crois pas aux coups, la  littérature ne le permet pas contrairement aux documents. Je publie Reinhardt depuis cinq ans, ce n’est pas un coup... En fait, le jour où le succès vous tombe dessus, c’est la fin des coups qu’on a reçus ! » 

KP

 

Pour info : le journaliste du Figaro Littéraire que je cite dans l'article est l'excellent et délicieux Mohammed Aissaoui.

Pour info, 2 : toutes mes excuses aux visiteurs de ce site : j'ai malencontreusement publié le même texte daté 31 août deux fois et sous deux titres différents. Un problème de maîtrise des options de publication de mon interface. On progresse...

 

31 août 2007

Les ncontournables du week end

Il s'appelle Vincent Delecroix et son livre est mon coup de coeur de la rentrée. Retenez le titre : La Chaussure sur le toit (Gallimard) et allez-y en confiance. Il y aurait mille choses à en dire, et des intelligentes qui plus est, mais une analyse littéraire figerait sans doute l'intérêt du livre. Je dirais simplement qu'il s'agit d'une variation autour d'une chaussure qui, perchée en équilibre sur un toit, réveille, agace ou influence le comportement des habitants de deux immeubles. Très bien construit, ludique, piquant, émouvant et susceptible de faire germer des idées dans nos fors intérieurs. J'ai rencontré l'auteur il y a deux jours et il est aussi passionnant que son oeuvre : enfin un futur grand écrivain qui ne se prend pas pour un futur GrantEcrivain !!

Pourtant, Delecroix pourrait largement faire le gommeux : spécialiste de Kierkegaard, professeur de philosophie à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, il est aussi normalien et l'Académie française aimerait l'accueillir... reconnu par les hommes verts alors qu'il n'a pas 38 ans ! Et pourtant : pas de jargon, mais profondeur, simplicité, liberté de penser. Un intellectuel intelligent qui n'a pas besoin d'une panoplie pour se rassurer. J'en dirai plus un peu plus tard. Si je suis courageuse, je reproduirai l'intégralité de notre entretien. Attention, ce n'est pas encore une promesse. 

 

Allez ici : c'est le blog de Lola2luxe qui s'est piquée de repérer régulièrement ses coups de coeur de blogueuse (Lola, je suis embêtée : on met un g ou deux g à blogueuse ?). En clair, elle fait le boulot pour nous. Il n'y a plus qu'à cliquer sur ses préconisations pour faire une belle découverte sans ramer.

De Delecroix au Blogday : incontournables du jour

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Il s'appelle Vincent Delecroix et son livre est mon coup de coeur de la rentrée. Retenez le titre : La Chaussure sur le toit (Gallimard) et allez-y en confiance. Il y aurait mille choses à en dire, et des pertinentes qui plus est, mais une analyse littéraire figerait sans doute tout le vivant du livre.
Je dirais simplement qu'il s'agit d'une variation autour d'une chaussure qui, perchée en équilibre sur un toit, réveille, agace ou influence le comportement des habitants de deux immeubles. Très bien construit, ludique, piquant, émouvant et susceptible de faire germer des idées dans nos for intérieurs. J'ai rencontré l'auteur il y a deux jours et il est aussi passionnant que son oeuvre : enfin un futur grand écrivain qui ne se prend pas pour un futur GrantEcrivain !!

Pourtant, Delecroix pourrait largement faire le gommeux : spécialiste de Kierkegaard, professeur de philosophie à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, il est aussi normalien, et l'Académie française aimerait l'accueillir : reconnu par les hommes verts alors qu'il n'a pas 38 ans ! Et pourtant : pas de jargon, mais profondeur, simplicité, liberté de penser. Un intellectuel intelligent qui n'a pas besoin d'une panoplie pour se rassurer. J'en dirai plus un peu plus tard. Si je suis courageuse, je reproduirai l'intégralité de notre entretien. Attention, ce n'est pas encore une promesse.

 

Allez ici : pour le BLOGDAY, Lola2luxe donne ses coups de coeur de blogueuse (Lola, je suis embêtée : on met un g ou deux g à blogueuse ?). En clair, elle fait le boulot pour nous. Il n'y a plus qu'à cliquer sur ses préconisations pour faire de belles découvertes sans ramer. OK, je suis dans sa liste... Mais il y a d'autres blogs passionnants que je n'aurais jamais découverts. Sauf celui d'Hervé Resse, un de mes classiques.

Blogday oblige, voici mes coups de coeur du jour : hormis les blogs de Môssieur Resse et de Lola2luxe (que j'ai découvert récemment mais qui a déjà intégré mes favoris), je visite régulièrement In coldblog, Vinvin entertainment (célèbrissime, non ?), le blog des correcteurs du Monde, et celui de Charles Nouÿrit.

J'ai aussi une prédilection pour un petit nouveau, dont je connais bien les auteurs et qui parle d'un livre sur Karl Lagerfeld, à sortir bientôt dans un boycott quasi général de la presse. Mention particulière pour le site de Michaël Dandrieux, un jeune sociologue qui fait des photos magnifiques.
 

30 août 2007

Sarkozy par Reza : mes révélations

Vous vous êtes faits avoir par le titre de la note, hé hé. Les fâchés iront directement lire la liste à la fin.

J’ai lu le livre mais n’en ai toujours pas compris le titre : L’Aube, le soir ou la nuit. Le fameux livre dont Nicolas Sarkozy est le héros, écrit par Yasmina Reza. Quelqu’un peut-il m’éclairer ?


Est-ce un roman ? Non, mais l’éditeur n’a pas tranché. Pourtant, c’est dans la catégorie des romans que les  listes de ventes l’ont classé. Et en bonne place puisque le livre est numéro 1 du classement Livres Hebdo une semaine après sa sortie : en tête des romans à la place de l’Elégance du hérisson de M. Barbéry, et en tête du Top 20, devant un manuel… de conjugaison. Les médias voulaient de l’événement ? Le voilà ! Il lui a fallu deux jours pour atteindre le haut du podium : sorti en librairie le vendredi 24 août (jour de la Saint Barthélemy), premier le dimanche 26 ! Les 100 000 exemplaires ne suffisent déjà plus, l’éditeur a fait retirer 115 000 exemplaires qui alimenteront les librairies, déjà à court, ce vendredi.


Alors tout ça, c’est bien joli, un phénomène, ça nous occupe, les journalistes, et puis les chiffres, ça fait enquête, bref on est content (et bing, une balle dans le pied : j’ai signé un papier dans le même sens pour 20 minutes). Mais… le livre ?


Le projet de Yasmina Reza est passionnant : extirper le romanesque des situations politiques, hisser ces personnages que sont les hommes politiques jusqu’au littéraire. Mais. Pour faire court, L’Aube, le soir ou la nuit (Flammarion) n'est pas un document mais un  carnet de campagne, écrit par un écrivain qui n’a pas eu l’intention de jouer au journaliste. Pendant un an, elle a suivi le ministre puis le candidat dans ses déplacements. C’est qu’il est remuant. Patiemment, elle a noté les petites phrases, consigné ses propres observations, écouté l’entourage. Pas en groupie, mais en observatrice, parfois attendrie, lucide le plus possible. Sarkozy n’a livré aucune confidence, mais s’est montré librement : odieux ou touchant, la palette est large, il ne fait pas l’effort de composer. On ne découvre rien de lui que la presse n’ait déjà raconté : il n’était pas dans l’intention de Yasmina Reza d’écrire un livre racoleur, mais d’utiliser l’homme politique comme support littéraire. Ce que j’en ai compris.

Plaisant à lire, le livre n'est pourtant pas à la hauteur de son ambition. Il est probable que le charisme de son personnage ait empêché l’écrivain de s'en distancier ou de se l'approprier. Le livre ne s’élance pas, le projet a échoué. L’auteur le sent bien, se trahit parfois auprès du lecteur. P. 23, elle dit « Je ne crois pas que le ministre de l’Intérieur soit plus fort que moi ». On en doute : à la fin du livre, elle évoque par exemple ses prises de notes monotones (p 126). Finalement, elle ne le suit pas jusqu’au bout (juin 2007) mais s’arrête après l’élection. Peut être qu’elle n’a pas obtenu ce qu’elle cherchait. Peut être aussi n’a-t-elle pas eu le temps de laisser reposer suffisamment sa matière avant d’écrire. On ne lui en voudra pas. On imagine même que ce thème n'a pas fini de la hanter et qu'elle nous surprendra sans doute dans quelques mois.

Pour tous ceux qui n’ont pas envie de le lire mais qui voudraient quand même en parler, voici de quoi bricoler une petite panoplie de cuistre :

-    Le livre consigne minutieusement les fautes de français du président (je n’indique pas, elles sont citées partout dans la presse)

-    Il dit beaucoup « hein », forme de ponctuation

-    Les choses qu’il n’aime pas faire, il les fait à la lettre, docilement

-    Il claudique. On le voit, mais elle est la seule à le dire


-    « Sympa l’âne » :  le poster d’un âne dans une charcuterie « Chez Lolo » à Rieutort de Randon, le marque plus que  les gens ou la ville (p 25). Une publicité pour une montre dans une double page de journal retient plus son attention que les titres ou les articles : Il s’attache curieusement au banal


-    Il aime Chimène Badi à la folie


-    Elle dit « Les hommes dont je parle vivent dans un monde où les mots ont le poids de l’hélium. A peine lâchés, ils s’envolent et disparaissent de l’avenir »


-    Il a un chihuahua nommé Big dont il a honte…
-    … mais il entretient une relation mêlée de tendresse et d’admiration fusionnelle pour Henri Guaino, l’auteur de ses discours


-    Il ne sait pas allumer son propre poste de télévision (mais sait se servir de la télécommande)


-    Il a rencontré Marc Levy page 84 et ils ont parlé des chiffres de vente de leurs livres. Deux auteurs de best sellers…


-    « La victoire est belle à côté du vainqueur », p 109 : ce genre de petites phrases pré-cousues pullulent. Elles ne sont pas de l’écrivain


-    Michel Onfray en prend pour son grade à trois reprises (notamment p 115). Elle tacle, Yasmina


-    Vigoureuse et rafraîchissante tirade de la mamie de l’auteur sur les élections p 137

Maintenant, ça suffit, lisez-le ou achetez un autre livre. 727 romans sortent actuellement. De quoi satisfaire les envies les plus éclectiques. 

 

 

26 août 2007

Effet d'annonce

Tiens, une note qui ne sert à rien d'autre qu'à souhaiter une bonne rentrée à tous, et à se féliciter de la première vraie journée de beau temps  qui s'achève à Paris. On aura au moins connu ça. L'occasion unique de pique niquer en ce mois d'août 2007.

Ma prochaine note sera consacrée au livre de Yasmina Reza. Le fameux livre qui parle de Sarkozy et que l'éditeur a conservé sous embargo jusqu'à vendredi dernier. C'est pour demain. A suivre, des romans de la rentrée, et des news côté coulisses et les premières spéculations sur les prix de novembre. L'édition recommence l'année avec le sourire : les ventes de livres ont la pleine forme depuis juin (le temps peut être ?). Pourvu que ça dure, car de la lecture, il y en aura : plus de 700 romans sont annoncés pour la rentrée, un record absolu.

A bientôt. 

31 juillet 2007

Concours de nouvelles

Avis aux futurs écrivains ! Je viens de recevoir le communique de presse ci-dessous et je connais déjà un ou deux lycéens qui pourraient prétendre à concourir. Lancez-vous à la rentrée !

Festival Saint-Malo Etonnants Voyageurs 2008

Collégiens et lycéens pourront s’inscrire au Concours d’écriture de Nouvelles 2008 dès le 14 septembre 2007

Clôture des inscriptions le 29 décembre 2007



Dès le 14 septembre 2007, le Festival international du livre et du film « Saint-Malo Etonnants Voyageurs », qui se déroulera du 10 au 12 mai 2008, lancera officiellement  les inscriptions à la 19ème édition de son Concours d’écriture de Nouvelles.

Bénéficiant de l’agrément du Ministère de l’Education Nationale et du soutien des Espaces Culturels E.Leclerc depuis huit ans, ce concours suscite un enthousiasme croissant de la part du jeune public : pas moins de 3  920 collégiens et lycéens se sont inscrits en 2007 !
Les participants, âgés de 11 à 18 ans, devront imaginer la suite d’un des deux débuts de nouvelle proposés par Jean-Claude Mourlevat sur le thème de l’aventure et du voyage.
Les meilleurs textes seront édités dans un recueil tiré à 62 000 exemplaires et distribué gratuitement pendant le Festival ainsi que dans les 125 Espaces Culturels E.Leclerc.


En route vers l’aventure !
Pour cette édition 2008, les écrivains en herbe pourront s’évader et imaginer la suite de l’un des deux débuts de nouvelle rédigés par Jean Claude Mourlevat sur le thème de l’aventure et du voyage. Auparavant comédien, Jean Claude Mourlevat, trouve sa vocation en 1997: écrire pour les enfants.  Il reçoit en 2006, le prix France Télévisions, pour son roman Le Combat d’Hiver paru chez Gallimard. Jean-Claude Mourlevat sera le parrain et président du jury de cette nouvelle édition.
Pour participer, rien de plus simple : les jeunes de 11 à 18 ans peuvent s’inscrire via leur établissement scolaire ou individuellement sur le site http://www.etonnants-voyageurs.net/.
Ils auront jusqu’au 14 janvier 2008 pour rédiger et envoyer leur texte de 4 pages dactylographiées à :


Des jeunes plumes édités à 62 000 exemplaires

Chaque académie participante réunit un jury régional composé de membres du rectorat et de professeurs pour élire les meilleures nouvelles. Les premiers lauréats de chaque académie concourront au niveau national et verront leur nouvelle publiée dans un recueil au format livre de poche.
Edité par les  Espaces Culturels E.Leclerc à 62 000 exemplaires, ce recueil des meilleures nouvelles 2008 sera distribué gratuitement sur le Festival Saint-Malo Etonnants Voyageurs et dans les 125 Espaces Culturels E.Leclerc. Il sera également disponible, sur simple demande, auprès d’Allo E.Leclerc au 0810 870 870.

Présidé par Jean Claude Mourlevat, le jury national élira en avril  2008 les cinq gagnants nationaux. En plus de bons d’achat à valoir dans les Espaces Culturels E.Leclerc, ils recevront un lot de livres offerts par Gallimard et seront invités avec leur famille à la cérémonie de remise des prix qui se tiendra le samedi 10 mai 2008 au Festival Saint-Malo Etonnants Voyageurs.

 
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