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09 mars 2008

Ne nous gênons plus !

Il y a des gens précautionneux, tout de même. Une libraire qui officie régulièrement comme chroniqueuse sur LCI publie son premier roman. Les temps sont durs, et le caddie de plus en plus cher, alors pourquoi se contenter d’écrire le livre quand on peut EN PLUS, en proposer la critique ?
J’ai reçu cette chronique formidable dans une newsletter quotidienne qui s’appelle LivreEssentiel. Manifestement, ce sont des libraires qui la produisent, ainsi que les notules proposées.
Le billet ci-dessous se savoure comme une bouchée au chocolat. Lisez bien cette critique plus qu’élogieuse, et ensuite, je vous dévoilerai le nom du livre et celui de son auteur !

« Ce livre vous est conseillé par Xavier Moni et Karine Henry de la librairie "Comme un roman" :
 
1db1637c4982801ef840c55c965afa21.jpgA l'image d'une première scène saisissante, voilà un roman à la fois poignant et troublant. A travers les portraits croisés de deux soeurs que tout oppose ou presque, l'une voulant écrire l'autre cherchant tout simplement à vivre, ce récit explore les chemins de la création et pose la question des moyens aboutissant à l'oeuvre.
Servi par une écriture tendue à l'extrême, voici roman fascinant qui vous prend par la main et ne la lâche plus jusqu'à la dernière ligne. Un des grands livres de cette rentrée 2008.

Xavier MONI-Karine HENRY
Librairie "Comme un roman"
39, rue de Bretagne 75003 PARIS
»

 

 « Un des grands livres de cette rentrée 2008 ». Mazette ! Karine Henry sait de quoi elle parle… puisqu’elle a justement écrit ce livre !
C’est ainsi que Xavier-Moni-Karine-Henry, deux libraires associés, ont signé cette note épatante sur La Désoeuvre (Actes Sud) de Karine Henry, note qui n’a, de fait, aucune espèce de valeur esthétique ou critique, mais tient plutôt de la retape commerciale la moins finaude. Pas très bien traité, le lecteur, dans cette histoire…

Un auteur qui publie est une boule d’angoisse. A fortiori quand il s’agit de son premier roman. Les tentations doivent être grandes de « pousser » un peu le mulet dans le pâturage. Mais… tout de même ! On peut imaginer, à partir de cette note presque passée inaperçue, qu’il y a bien des choses dont l’auteur pourrait être capable pour qu’on parle de son livre. J’en comprends le mobile, pas le passage à l’acte.

La loi des mélanges qui régente une large part des relations entre l’édition et les médias ferait-elle perdre tout sens de… quoi, déjà ? déontologie, élégance, morale, pudeur, savoir-vivre, bon sens, fierté… choisissez ce qui vous convient le mieux. La balourdise de Karine Henry est juste un exemple dans un système. Doit-on compter sur l’amabilité confraternelle pour faire « carrière » ? Le talent ne peut-il suffire à un romancier, tout chroniqueur télé ou libraire qu’il soit ?

Il est peut-être bon, votre livre, Mme Henry. Pour ma part et ne pas vous mentir, je ne suis pas allée bien loin dans la lecture, mais ce n’est pas par mauvais esprit, sincèrement : ni son genre  ni son style ne sont de ceux qui m’agrippent ou m’emportent. Et ce serait de mauvais goût que je m’adonne à une petite critique : vous l’avez si bien écrite vous-même.

31 janvier 2008

Joffrin fait son Voltaire

Il n'aura pas fallu trois phrases de critique, lors de cette malheureuse présentation des voeux le 8 janvier dernier, pour qu'un "conflit" éclate entre le pouvoir et la presse et qu'un livre n'en résulte pour en faire état.
Stop, on se calme et on traduit : Laurent Joffrin s'est fait tacler par Sarkozy le 8 janvier lors des voeux de ce dernier à la presse. Presse qui s'est largement fait écho de cet incident, bien trop d'ailleurs. A-t-elle besoin de prouver qu'elle est encore un contre-pouvoir ou de s'en persuader ? je sais, c'est une remarque un peu désabusée, détrompez-moi et je m'en porterai mieux.

Illico, Laurent Joffrin s'est mis à l'écriture d'un livre pour répondre à cette "attaque" afin de pouvoir s'exprimer sans être coupé par le micro. Le livre sort fin février chez Robert Laffont, un éditeur qui a bien le sens du Nord.

Tout est bien dans le meilleur des mondes : Sarkozy vient de se fabriquer une presse contestataire, brillamment incarnée par le patron de Libération qui n'attendait sans doute que cela pour définir une ligne à son journal. Entrer dans la résistance, ah... Jean-François Kahn s'éloigne de la tribune, une place était à prendre et il est bon qu'on la prenne. Mais tout ça sent l'aubaine, d'un côté comme de l'autre.

On va attendre de lire le livre pour juger. Mais "on" n'a pas trop d'illusion sur le poids du contenu.
N'empêche, il en a du temps, Laurent Joffrin, pour écrire un livre en moins de trois semaines...

 

20 novembre 2007

Grèves, programme du 20 novembre

Une fois n'est pas coutume, aujourd'hui pas question de livres ni de littérature.

J'ai trouvé sur le site de 20 minutes le récap des grèves du jour daté 16/11. Trèèès instructif. Alors voici la liste copiée collée ci-dessous.

Je n'en soutiens aucune et suis consternée de voir s'épanouir ce jeu de dupes : les acteurs de ce simulacre de bras de fer seront tous à la fois gagnants et perdants, les "têtes pensantes" le savent bien. Les seuls vrais loosers sont ceux qui essaient de bosser normalement.Bon courage à tous.

 

Alors que la fin de semaine approche, la mobilisation sociale annoncée pour le 20 novembre devient le nouvel horizon vers tous les regards se tournent. Journée-test, elle sera un baromètre de la grogne sociale en France. Mais qui au juste fait grève et manifeste mardi?

Fonction publique : C'est elle qui est à l'origine du mouvement. Les huit organisations (CGT, CFDT, FO, CFTC, CFE-CGC, UNSA, FSU, Solidaires) appellent à la grève et à des manifestations à 14h (place d'Italie à Invalides) contre les réductions d'effectifs et pour les salaires.

Education: Les cinq fédérations de l'Education - FAEN, FERC-CGT, FSU, SGEN-CFDT, UNSA-Education - se joignent à la grève. Le SNUipp, principal syndicat dans l'enseignement du premier degré, table aussi sur une forte mobilisation et évoque 65% de grévistes dans les écoles maternelles et primaires. Les syndicats étudiants et lycéens s'apprêtent également à rejoindre le mouvement des fonctionnaires.

Air France: Quatre vols prévus mardi entre Nice et Orly ont été annulés, a indiqué lundi l'aéroport de Nice dans un communiqué. Deux vols au départ de Nice, à 8h05 et 11h05, sont annulés ainsi que deux vols à l'arrivée à 10h20 et 11h50, à la demande de la Direction Générale de l'Aviation Civile (DGAC).

Aéroports: Le trafic aérien devrait être perturbé dans les aéroports. «La CGT appelle à arrêter le travail. Il y aura des grévistes mais il est très difficile de savoir combien», a expliqué lundi à l'AFP Jean-Paul Armangau, contrôleur aérien délégué de la CGT. La DGAC a réaffirmé lundi que des perturbations étaient «possibles notamment en début de journée».

Défense: la FNTE-CGT appelle à «faire grève massivement».

Hôpitaux
: Appel à la grève de syndicats de médecins (AMUF, urgentistes) notamment et d'autres salariés dont la CGT et FO. Les deux principaux syndicats de médecins des hôpitaux, CPH et INPH, ont apporté leur «plein soutien» au mouvement.


Banque de France : Trois syndicats (CGT, FO et Solidaires) appellent à la grève contre «l'insuffisance des effectifs».

Poste et France Telecom : Cinq fédérations (CGT, CFDT, Sud, FO et CFTC) appellent à la grève, notamment pour l'emploi, le pouvoir d'achat et contre les restructurations.

Météo-France : 5 organisations (SPASMET/Solidaires, SNM/CGT, SNITM/FO, CFDT/Météo, SPAC/CFDT) ont déposé un préavis national de grève contre les diminutions d'effectifs.

Commerce : La fédération des employés du commerce FO appelle les salariés du commerce à se mettre en grève.

Yoplait : La CGT appelle les salariés à des débrayages dans les trois sites de production le Mans, Monéteau et Vienne.

SNCF : FO-cheminots indique que «la jonction» du mouvement de grève à la SNCF contre la réforme des régimes spéciaux avec le mouvement de grève du 20 novembre «est à l'ordre du jour» de «beaucoup d'assemblées générales» sur les sites SNCF.

Recherche: Le collectif «Sauvons la recherche» a appelé à la grève, mardi. Le collectif de chercheurs réclame «l'arrêt immédiat du processus de démantèlement du système national de recherche fondé sur un équilibre, à améliorer encore, entre universités et organismes de recherche».

L'association prône «une répartition complètement modifiée des moyens pour l'enseignement supérieur et la recherche: beaucoup moins à l'Agence nationale de la Recherche (ANR), beaucoup plus aux établissements (universités et organismes de recherche)». Elle demande en outre un «programme d'embauche de 5.000 personnels statutaires par an pendant 5 ans pour l'ensemble du secteur, afin d'abaisser le service d'enseignement des enseignants actifs en recherche à 150 heures par an, et de renforcer l'encadrement pédagogique en premier cycle».

Presse: Le Syndicat général du livre et de la communication écrite CGT (SGLCE-CGT) a appelé à un arrêt de travail ce lundi. il ne devrait pas y avoir de quotidiens dans les kiosques mardi. Le syndicat proteste notamment contre le projet de réorganisation aux NMPP, a-t-il indiqué dans un communiqué. Plusieurs quotidiens nationaux, dont «Le Monde», «Libération», «Le Figaro», «La Croix» et «Les Echos», ont annoncé que leurs éditions pourraient être consultées gratuitement sur Internet. «20 Minutes» sera distribué.



20Minutes.fr, éditions du 16/11/2007 - 20h33

dernière mise à jour : 19/11/2007 - 20h45

 

11:00 Publié dans Coups de griffes | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : grèves

18 septembre 2007

L'interlocuteur de Jospin

Réaction vite faite à l'article paru dans Libération ce matin où il est question du livre que Lionel Jospin s'apprête à publier chez Flammarion le 24 septembre prochain.

Le journaliste, super chanceux (joue-t-il aussi au loto, le bienheureux ?), a eu le livre entre les mains tellement à l'avance qu'il a pu en faire une tribune ce lundi 17. Grillant ainsi les exclus et autres transactions de bonnes feuilles nécessairement programmées avec d'autres habdos. C'est toujours le cas pour ce genre de publication.  

Je vous restitue in extenso la partie amusante, copiée collée depuis le site de Libé :

 

Se procurer le livre de Lionel Jospin, qui ne doit sortir en librairie que dans huit jours et qui est promis à un plan média soigneusement préparé ? Ce fut simple comme un coup de fil, reçu samedi. Et compliqué comme tous les coups de chance. Au bout du fil, notre interlocuteur explique avoir lu  l’Impasse après l’avoir tout simplement acheté dans une ville de province, où il avait été accidentellement mis en place. Et rapidement retiré. Libération s’est donc procuré le livre et a considéré normal d’utiliser journalistiquement un document éclairant sur le traumatisme postdéfaite présidentielle qui va continuer d’agiter le Parti socialiste.

 

Ben ça alors ! Un interlocuteur qui a profité de l'étourderie d'un libraire ! Ah ces libraires qui ne font jamais attention, scrogneugneu ! Et la vie c'est comme dans Amélie Poulain ! Moi, ça me rappelle la manière dont Angelo Rinaldi, pour le Figaro, avait trouvé la Possibilité d'une île de Houellebecq (sous embargo brûlant à la rentrée littéraire de 2005)... sur un banc ! Là, posé, frais et nimbé de rosée ou presque. A part ceux qui croient au Père Noël, personne n'avait accordé beaucoup de crédit à cette version. Et je n'ai pas entendu dire que les journalistes littéraires ont, depuis, planté leurs campemants dans les jardins publics dans l'espoir de trouver un livre pas encore sorti.

Revenons à cet étonnant encadré de Libé : c'est curieux comme ça sent le "coup". Peut être suis-je en train de faire un procès d'intention, mais la liberté d'expression des blogs est sacrée tant qu'elle n'est pas diffamatoire. Alors je n'écris qu'à l'allusif et au conditionnel... Ca me fait drôle, cette histoire d'interlocuteur. Il fait quoi dans la vie, l'interlocuteur ? C'est un homme, une femme, un boulanger, un VRP ? D'abord c'est quoi un interlocuteur ? Et depuis quand on raconte ses sources comme ça ? C'est curieux, mais moi, ça me fait l'effet d'une tentative de justification. Peut être ne suis-je plus assez candide pour croire au merveilleux. Ou aux contes de fées  journalistes.

11 mai 2007

Entre deux

Tenir un blog, c'est comme faire de la gym : on est content de pratiquer régulièrement, ça fait du bien. Mais si jamais on arrête un peu, c'est pas si simple de reprendre... Une petite note, donc, avant une kyrielle de cafés littéraires à animer ce week end à Caen.

Avis à tous les Normands : il va faire un temps de gueux chez vous ce week end !! Sympa, pff... Alors je ne peux que vous conseiller de venir vous réchauffer dans le château de Caen où plusieurs manifestations, débats, rencontres, signatures attendent les visiteurs. Je me tais, ce lien explique tout mieux que moi.

Dans de prochaines notes, on parlera littérature et livres, parce que les vacances approchent et pas question de se faire avoir à acheter hors de prix la plupart des grosses cales à armoires (normandes) que les éditeurs proposent pour l'occasion. Ah le concept de "livre de vacances" ! Comme si la littérature était tellement compliquée à lire dans l'année qu'il faudrait se reposer le cerveau l'été quand on ne fait rien.

D'abord, pardon, mais la littérature est accessible. Particulièrement la grande. Ensuite, la quantité de livres sortis depuis janvier, globalement navrants ou faiblement satisfaisants (allez, on en a trouvé quand même, rouspète pas Gilles !) n'ont pas pu fatiguer nos neurones de lecteurs. L'argument est le suivant : les "gens" n'achètent pas de livres pendant les périodes électorales, on ne va donc quand même pas publier des pépites si personne ne les achète. Alors l'éditeur gratte ses tiroirs. Je ne jette aucun pavé, la mare est sèche et un bon nombre d'éditeurs l'avouent, gonflés qu'ils sont un peu quand même, en off, alléchant le journaliste (littéraire et découragé) avec la promesse de merveilles mises de côté pour la rentrée de septembre.

Enfin, toujours au sujet de cette littérature "facile" pour les vacances, il y a un mépris larvé dans cette littérature qu'on préconise pour lê bord de mer. Vous êtes en vacances donc incapable de vous intéresser à ce qui l'est justement, intéressant. D'ailleurs, vous êtes forcément au bord de la mer, puisqu'il s'agit de "romans de plage". Ceux qui préfèrent la montagne doivent être bien embêtés. Comme si un livre était forcément prise de tête, forcément compliqué, forcément un effort et rarement un plaisir. Gustave Roud versus Candace Bushnell, bigre ! Présenter ainsi les choses, n'est-ce pas se tirer un coup de fusil dans le pied, messieurs les éditeurs ? Lire c'est chiant, sauf en vacances ? Justement, en vacances on est plus disponible pour se lancer dans un bon livre. Non ?

Pour le retour de Caen dimanche, je me suis préparé un petit Pamuk dont je vous donnerai des nouvelles.

16 février 2007

L'anglais pas pour les anglophones

Savez-vous que les anglophones, Anglais ou Américains de souche, sont d'emblée saqués aux concours d'entrée à l'éducation nationale (Capes, Agreg) ? Ce pur petit scandale, jubilatoire et franco-français est dénoncé dans un livre savoureux et passionnant écrit par une Américaine vivant en France depuis 20 ans, et qui a vécu  l'expérience de revenir à 40 ans passés sur les bancs de l'école. De la Sorbonne, précisément. Paris IV. La même fac que moi. Celle où les étudiants en barbour assorti au marbre des halls ancestraux, se voussoient, rien que ça.

Lisez Sorbonne Confidential de Laurel Zuckerman (Fayard). On s'en reparlera ici.

13 février 2007

L’Arlésienne

Que sont devenus les livres politiques que tout le monde attendait en fin d’année 2006 ? Je veux parler du fameux livre de Ségolène Royal, Désirs d’avenir et du énième signé par Jack Lang cette même année (par pitié, ne m’obligez pas à en faire le recensement et allez voir en librairie).

Vous n’en lirez aucun, même si certains catalogues de libraires, plus désespérés qu’optimistes, persistent à les annoncer pour le printemps.

L’abandon de candidature de Jack Lang a causé la mort de son projet littéraire (et la naissance de quelques soucis avec l’éditeur).

Quant à Ségolène Royal, on apprend que les deux livres qu’elle devait publier sont également abandonnés. Deux livres, car aux Désirs d’avenir s’était ajouté un abécédaire-portrait dessiné-écrit par Marie-Françoise Colombani du Elle.

Chausses-trappes, rebondissement, colères d’éditeur et revirements de tous bords : tous les détails de ces petites histoires fort croustillantes se trouvent dans les Rebuts de presse, le blog de mon confrère du Nouvel Obs, Didier Jacob.

Vous allez vous régaler, l’enquête est excellente.

08 février 2007

Le scoop fait flop

L'an dernier à peu près à la même époque, Franz-Olivier Giesbert cassait la baraque et pulvérisait les records de vente de livres toutes catégories confondues pendant plusieurs semaines avec son livre sur Chirac, la Tragédie du Président (Flammarion). Un livre passionnant qui, et ça n'engage que moi, ne violait en rien la sacro-sainte déontologie journalistique dont on parle beaucoup plus qu'on ne la médite réellement.
Cette année, Pierre Péan s'apprête à sortir "son" Chirac, après avoir "fait" son Mitterrand en 1994, où il mettait en lumière la jeunesse française du Président de l'époque sous l'Occupation. Enquête ou entartage, espèrons qu'il a consigné dans ce nouvel opus des révélations "révélantes" : il s'est tellement dit, écrit et filmé sur Chirac, ces derniers temps, qu'on ne s'attend plus à en apprendre beaucoup. Peut être même qu'on ne s'y intéresse plus tant que ça. Je tiens les chiffres de ventes à l'oeil, on fera le point dans deux ou trois semaines ici.  

Pour l'occasion, les éditions Fayard rejouent le coup de l'embargo le 14 février (on se souvient du brillant lancement de Houellebecq en septembre 2005, façon "la montagne accouche d'une souris, toute petite"). L'affaire est parfaitement expliquée par Pierre Assouline sur son blog dans une note datée 6 février, je vous y renvoie, je ne dirai pas mieux que lui ;-)

 

30 janvier 2007

La littérature qu'on enseigne

Lu dans les Indiscrétions du Point sur le net : "Du rififi dans l'enseignement de la littérature française
Le sémiologue d'origine bulgare Tzevtan Todorov ouvre un débat en déplorant que l'enseignement des œuvres soit enseveli sous un discours post-structuraliste, qui jargonne dans un charabia pseudo-scientifique. Une position relayée par la vice-présidente de la Maison des Ecrivains, Anne-Marie Garat, qui accuse l'Education Nationale de laisser « la filière littéraire de l'enseignement secondaire en voie d'extinction ». Ironie de l'histoire, l'inspection générale de l'Education Nationale a elle-même remis récemment un rapport alarmiste au ministre sur le « déclin des sections littéraires dans les lycées »… En attendant la réponse du ministère, les écrivains espèrent déclencher un mouvement chez les lycéens… © Le Point, 19/01/07."

La sémiologie qui, elle non plus, n’est pas toujours insensible au virus du jargon, à l’attrait de certain enfermement dans ses propres codes. D’après mes vieux souvenirs de fac…

Evidemment, T. Todorov et A.-M. Garat ont raison. C'est drôle comme on n'a pas l'impression de découvrir le problème... Mais quel scandale d’attendre toujours que l’action vienne des lycéens, alors qu’on pourrait laisser tranquillement bosser les futures forces vives de la nation, pendant que des autorités dites compétentes (eh oui, on a quelques soupçons sur la question, fatalement ), dont le métier revient justement à se poser ces questions et à les faire avancer, s’en chargeraient. Qui (ne) fait (pas) son boulot dans l’histoire ? Et si on commençait par mettre quelques pragmatiques dans l’élaboration des programmes ? Et si on arrêtait de créer des expressions toutes neuves pour initier des actes judicieux ? Et si les super intelligents qui décident de ce que nos rejetons doivent savoir et comment ils doivent l’apprendre, essayaient justement de se renseigner sur ce que c’est, un môme, plutôt que de recourir à des souvenirs oblitérés ?

10 novembre 2006

Passeport français

S'il ne revient pas en France avec tout ça... Antoine Gallimard a annoncé que Jonathan Littell venait de gagner euh... pardon, recevoir la nationalité française ! Depuis le temps que le fils de Robert Littell l'espérait. On soupçonnait que son fameux devoir de réserve d'écrivain se doublât quand même d'une petite rancoeur contre l'Etat français qui la lui refusait obstinément. Le Goncourt et le Prix de l'Académie française auraient-ils fini par convaincre ? Mais c'est vrai qu'en ce moment, les Français sont préférés aux Francophones, surtout quand il s'agit de récompenser l'excellence.

Oui, et on le répète encore à tous ceux qui croiraient les télés mal renseignées : ce n'est pas une "prouesse" de la part de ce "jeune Américain" (37 ans, 2 enfants) d'avoir écrit un premier roman entièrement en français : il a été élevé depuis l'âge de 3 ans en france, a fait toute sa scolarité dans l'hexagone, jusqu'à sa majorité, et passé son bac à Paris, au lycée Fénelon. S'il a souhaité être publié chez Gallimard (son manuscrit a été acheté à prix modique par l'éditeur, soit dit en passant), c'est parce qu'il rêvait d'être publié dans la même collection que Maurice Blanchot !

 

17 septembre 2006

BHL, débat ?

On va parler de BHL et d'Onfray pour faire plaisir à Mathieu. J’ai rencontré les deux, j’ai lu les deux.

 

Ils sont de séduisants orateurs, des hommes charismatiques. L’un est né riche, l’autre s’est extirpé du prolétariat avec rage et huile de coude. Ils n’ont pas fréquenté les mêmes quartiers, ils n’ont pas les mêmes colères.

Prenons BHL, il faut bien commencer. Il est l’un des premiers philosophes médiatiques, tels que les années 70  les ont promus à travers des émissions de télé comme Apostrophes. Un homme qui pense et qui n’est pas un barbon, youpi, voilà le contexte où on l’a vu apparaître. L’homme agace. Il est nanti, vit à Saint Germain des Prés, a du pouvoir. Qu’il sorte un livre et c’est la curée. Je vous renvoie à la somme d’ouvrages écrits sur le « phénomène » BHL, l’ « industrie » BHL, la « BHL connexion ».

Mais restons en aux textes, et surtout à son dernier, American Vertigo. Qu’y lit-on ? Le voyage d’un Frenchie à travers les Etats-Unis. Il a rencontré Sharon Stone plutôt que la belle Sandy de nulle part. En voiture avec chauffeur. Ben on s’en doutait un peu, non ? Il reprend le motif du voyage de Tocqueville, l’argument est marketing et ne trompait personne. Et pourtant, il s’en est trouvé des pleureuses horrifiées en France, et quelques persifleurs goguenards outre-Atlantique ! Peut être parce que ce livre est un malentendu, tout simplement : il s’adressait en réalité à tout ceux qui n’ont pas de connaissances approfondies sur le sujet. Au bon peuple. Mais ça, ni les critiques, ni même l’auteur ne s’en sont aperçu, si je puis me permettre un avis personnel.

Il suffisait d’ailleurs d’écouter/lire BHL dans différents médias français pour connaître la substantifique moelle du livre et se passer de l’acheter. En deux mots, BHL dit que le peuple américain ne ressemble pas forcément à son président, et que, toujours, les Etats-Unis ont généré des « virus » auxquels ils ont toujours trouvé leurs propres anticorps, exemples à l’appui. Donc faisons leur confiance en les surveillant quand même du coin de l’œil. Une pensée positive sur les Amerloques, ça change, non ? Ben voilà. Pas si indigne, pas si crucial non plus.

 

Alors, quid du livre ? Les observateurs, journalistes et philosophes de tout poils n’y auront rien appris. Et c’est ce dont ils font état avec stupéfaction ! Attendaient-ils d’apprendre quelque chose d’un BHL qu’ils méprisent, taxent d’imposteur et vilipendent depuis trente ans ? Il faut croire que oui, tiens, tiens… L’homme énerve et tout texte signé de son nom est prétexte à aboiements. Il y aurait un effet miroir à BHL, une vindicte pulsionnelle.  Si BHL n'a rien à dire d'intéressant, pourquoi parler autant de lui ? S'il a tant de pouvoir, pourquoi contribuer à lui en donner encore plus ? Il nous parle de nous et de nos complexes, nos jalousies. Il y a l'argent, le sien, hérité de surcroît. On ne peut pas être intelligent, médiatique, séducteur et riche en France. Mais attention, je ne suis pas en train de défendre BHL, juste d'essayer de garder une neutralité d'analyse. Ce qui ne me demande pas d'effort particulier : je n'ai pas d'actions BHL, je ne suis pas germanopratine et n'ai aucun complexe à enfouir. Je suis de la génération d'après 68, n'ai donc pas de comptes idéologiques d'arrière garde à régler. Et je n'ai besoin d'épargner personne ou de renvoyer quelque ascenseur pour faire mon boulot correctement. Assez libre, la jeune fille, c'est dit.

On a donc beaucoup parlé du livre et il s’est fort bien vendu. Messieurs les détracteurs, croyez-vous avoir travaillé à ensevelir BHL sous le silence ? Si on veut réduire l’influence de quelqu’un, on commence par éviter de lui ouvrir tant de micros, non ? Chacun des lecteurs a pu se faire son propre avis, mais les euros étaient dépensés. Pour ma part, j’ai toujours préféré Platon, Spinoza, Kant et Nietzsche. Les « philosophes » d’aujourd’hui m’amusent un peu en exhibant leurs Bac+6 ou 8 comme un postulat de sagesse.

N’y a –t-il pas aujourd’hui des livres qui se prêtent à l’enthousiasme ? La critique, ou plutôt la « descente » comme on dit dans le jargon journalistique est si facile. Alors on préfère les livres qui suscitent l'indignation parce qu’on a alors l’impression de penser en disant non. Ca nous ramène à l’âge de 3 ans, où le « non » est une façon de se sentir devenir un individu en s’opposant aux parents. Ca redémarre à l’adolescence. Tous les parents témoigneront de ce passage douloureusement chiant pour toute la famille. La société actuelle (ou ceux qui la disent) se comporte comme un ado. Ou alors comme une très vieille dame indigne, à bout de pensée, mais pas à court de plaintes. Tout ça, bien sûr pour se sentir exister. Enquiquiner tout son monde est l’un des moyens assurés de se sentir exister. Et à peu de frais : on geint, on critique, mais on n’est responsable de rien : c’est le monde qui tourne mal, pas moi. Et tout est tellement beau à travers le prisme du souvenir : « C’était mieux avant ».

Je reprends une autre note pour Onfray un peu plus tard, j’ai écrit un peu long pour une lecture verticale. A plus tard, Mathieu !

 
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