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04 février 2008

La dictée de Pivot fait peau neuve

Elle circule sur le net et elle est très bonne. Voici la petite blague dessinée...

 

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30 janvier 2008

Bisque bisque rage

Le dernier Chuck Palahniuk s'appelle Peste (Denoël) et il est consacré à la vie d'un homme étrange atteint de... la rage. On va mettre ça sur le compte de la traduction. D'ailleurs, le titre anglais est "Rank", "Rant" le surnom du bonhomme, mais aussi un surnom qui rappelle le bruit qu'on fait quand on vomit. Ah oui, c'est Palahniuk, en même temps. Un livre décapant et venimeux, mais très digeste !

 Peste est un coup de poing qu’on n’attendait pas. L’auteur de Fight Club y crée un mythe urbain à travers son héros, Buster Casey. Ce drôle de type dont tout le monde parle dans le livre mais qui n’apparaît jamais, participe la nuit à des courses de voitures. Leur but : provoquer des crashs. Son histoire est racontée par une série de témoins qu’on croise et recroise. Un peu comme un simulacre de reportage où chacun apporte sa version, même contradictoire. Palahniuk est journaliste, on le soupçonne de se moquer un peu de son métier à travers cette forme déroutante et rapidement hypnotique.

Buster, alias Rank Rant pour les intimes, est aussi et surtout un fléau vivant. Il est en effet responsable de la plus terrible épidémie mortelle de cette époque futuriste, portée par la rage : rendu accro dès l’enfance aux venins de serpents, d’araignées et autres morsures de rongeurs, il en est devenu porteur « sain » .  Tout cela est étrange, inquiétant et parfois horrible comme l’auteur aime et sait faire.

Mais ce huitième opus est aussi addictif comme une morsure de veuve noire. D’abord, il est truffé d’un humour irrésistible : dans Peste, les déjeuners de Thanksgiving sont l’occasion de se débarrasser des personnes âgées de la famille. Mais surtout, l’écrivain y dissèque une société urbaine qui ressemble à la nôtre, avec un plaisir contagieux, en intégrant cette fois-ci une dimension chamanique. C’est inédit chez lui. L’occasion de questionner les relations entre le présent, le passé et le futur, mais aussi entre la fiction et la réalité, en évitant tous les clichés du genre.

A visiter...

 

06 janvier 2008

Le caillou dans la chaussure

 

Le caillou, c'est un écrivain. La chaussure, ce sont les Etats-Unis sur leur versant puritain hypocrite. L'image vaut ce qu'elle vaut... J'avais écrit une chronique sur cet auteur dans 20 minutes, mais pas de chance, la pub l'a écrémé. J'avais quand même envie de parler de Iain Levison, c'est un vrai regret de ne pas l'avoir fait sur papier et c'est vraiment un auteur que je prends un plaisir délicieux à lire.

Iain Levison est un Zola américain, version corrosive et drôle. Dans son dernier livre publié en France, Tribulations d’un précaire (Liana Levi), il raconte comment un jeune homme diplômé en lettres enchaîne, pour survivre, 42 petits boulots en dix ans, de poissonnier, cuisinier, livreur de fuel, serveur, à pêcheur en Alaska. Aux Etats-Unis, les études sont payantes, mais les débouchés étroits.

Levison appartient à la première génération d'Américains qui gagne moins que ses parents. Inspiré par sa propre histoire, il raconte la vie vraie de l’Américain moyen qui cumule les jobs pour s’en sortir et maintenir un pouvoir d’achat décent. Lui aussi a fait des études de lettres, lui aussi a galéré et connu les mêmes tribulations que son héros. Il est aujourd'hui menuisier et écrivain. Sans donner dans le discours social ou le jugement amer, sa plume est légère, caustique, acidulée sur fond de nonchalance : l'art d'associer les paradoxes harmonieusement. Les trois romans de Iain Levison racontent, l’air de rien, ce que l’Amérique n’a pas envie d’entendre. Hasard ou coïncidence, il n’est plus édité aux Etats-Unis. Pour raisons de « ends » pas assez « happy ». Iain Levison restera-t-il écrivain encore longtemps ?

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10 novembre 2007

Arlington Park de Rachel Cusk

Signé par l’un des meilleurs espoirs de la littérature anglaise contemporaine, Arlington Park est une des belles découvertes de cette rentrée littéraire.


Méfiez-vous des apparences, et particulièrement de l’eau qui dort, semble vouloir dire Rachel Cusk aux lecteurs de son roman. Arlington Park raconte le quotidien ordinaire d’une poignée de femmes dans une banlieue résidentielle anglaise. Elles sont des épouses et des mères accomplies, mènent des vies paisibles et prospères, mais chacune collectionne une quantité de névroses et de frustrations très appréciable. Parfois des bouffées de révolte leur échappent : Juliet, un professeur de lettres, coupe symboliquement sa chevelure pour que quelque chose change enfin dans sa vie ; Maisie, une impassible londonienne aux yeux de ses voisines, déchaîne ses rancoeurs et ses désirs rageurs quand son mari rentre à la maison.
Dans ce sixième roman qui est le premier à être publié en France, Rachel Cusk maîtrise avec beaucoup de maturité une écriture proche de celle de Virginia Woolf. Comme Mrs Dalloway, Arlington Park relate un moment suspendu dans la vie de chacune des héroïnes, un vertige de lucidité dans un quotidien qu’elles n’essaient pas de changer. Mais il y a aussi quelque chose d’un Philip Roth dans la violence avec laquelle Rachel Cusk malmène ses personnages, les accule et réussit à perturber son lecteur : persuadé de lire un roman féministe qui vilipende la famille, il finit par se demander si, finalement, la détresse des hommes ne serait pas le réel sujet de ces histoires de harpies silencieuses. Leur fadeur affichée, leur rigidité grise inspirée des années 50, celle des hommes qui camouflent leur incapacité à vivre une vie privée derrière des satisfactions professionnelles, sont remises au goût du jour par l’habileté ironique de Rachel Cusk. L’auteur a-t-elle choisi entre féminisme et misogynie ? Difficile de trancher. Dans Arlington Park, les Amazones semblent avoir perdu la guerre des sexes, mais les hommes ne l’ont pas gagnée non plus : c’est le roman qui en ressort en brillant vainqueur.

« Arlington Park », de Rachel Cusk, traduit de l’anglais par Justine de Mazères (ed. de l’Olivier, 292 pages, 21 €)

Karine Papillaud
Paru dans Le Point

06 novembre 2007

Alabama Song, la chronique du Goncourt

Parue dans un 20 minutes de la fin septembre, la chronique du livre de Gilles Leroy, le lauréat du Goncourt 2007

 

medium_Leroy_07.jpgIl est sur toutes les listes de prix avec son nouveau livre, Alabama Song (Mercure de France) : Gilles Leroy couronnera peut être vingt ans d’une écriture exigeante avec l’un des grands prix de novembre.

Comme l’an dernier Michel Schneider et sa Marilyn Monroe, Gilles Leroy a choisi de raconter la vie de Zelda Fitzgerald, la femme de Francis Scott, l’auteur de Gatsby le Magnifique. Couple mythique des années folles, les Fitzgerald forment un couple tragique, où l’un noit sa dépression dans l’alcool, quand l’autre est méthodiquement détruite par des internements psychiatriques musclés. « Aujourd’hui, des psychiatres sont revenus sur le diagnostic de schizophrénie pour laquelle on la soignait, explique l’auteur. Il semble qu’elle ait été en fait maniaco-dépressive ».

Avec passion et discrétion, il s’est glissé dans la voix de Zelda pour raconter les années tourbillonnantes, excessives et malheureuses d’une femme trop libre, entravée par un mari jaloux, à une époque où le conjoint a tous pouvoirs sur sa femme. Gilles Leroy est tombé amoureux de ce couple à 20 ans, au moment où naissait son envie de devenir écrivain. L’engouement pour Francis Scott passe, la sidération pour Zelda dure : « J’ai beaucoup lu la littérature américaine depuis vingt ans. Le roman de Zelda, sa correspondance m’intéressent autant : sa plume est dérangeante, contemporaine ».

Dans ce roman envoûtant que Gilles Leroy a inventé à partir de faits avérés, on retrouve les questions lancinantes qui trament son œuvre : réussir à s’en sortir dans la vie, et trouver sa place dans ce monde.

KP

 

31 août 2007

Les ncontournables du week end

Il s'appelle Vincent Delecroix et son livre est mon coup de coeur de la rentrée. Retenez le titre : La Chaussure sur le toit (Gallimard) et allez-y en confiance. Il y aurait mille choses à en dire, et des intelligentes qui plus est, mais une analyse littéraire figerait sans doute l'intérêt du livre. Je dirais simplement qu'il s'agit d'une variation autour d'une chaussure qui, perchée en équilibre sur un toit, réveille, agace ou influence le comportement des habitants de deux immeubles. Très bien construit, ludique, piquant, émouvant et susceptible de faire germer des idées dans nos fors intérieurs. J'ai rencontré l'auteur il y a deux jours et il est aussi passionnant que son oeuvre : enfin un futur grand écrivain qui ne se prend pas pour un futur GrantEcrivain !!

Pourtant, Delecroix pourrait largement faire le gommeux : spécialiste de Kierkegaard, professeur de philosophie à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, il est aussi normalien et l'Académie française aimerait l'accueillir... reconnu par les hommes verts alors qu'il n'a pas 38 ans ! Et pourtant : pas de jargon, mais profondeur, simplicité, liberté de penser. Un intellectuel intelligent qui n'a pas besoin d'une panoplie pour se rassurer. J'en dirai plus un peu plus tard. Si je suis courageuse, je reproduirai l'intégralité de notre entretien. Attention, ce n'est pas encore une promesse. 

 

Allez ici : c'est le blog de Lola2luxe qui s'est piquée de repérer régulièrement ses coups de coeur de blogueuse (Lola, je suis embêtée : on met un g ou deux g à blogueuse ?). En clair, elle fait le boulot pour nous. Il n'y a plus qu'à cliquer sur ses préconisations pour faire une belle découverte sans ramer.

De Delecroix au Blogday : incontournables du jour

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Il s'appelle Vincent Delecroix et son livre est mon coup de coeur de la rentrée. Retenez le titre : La Chaussure sur le toit (Gallimard) et allez-y en confiance. Il y aurait mille choses à en dire, et des pertinentes qui plus est, mais une analyse littéraire figerait sans doute tout le vivant du livre.
Je dirais simplement qu'il s'agit d'une variation autour d'une chaussure qui, perchée en équilibre sur un toit, réveille, agace ou influence le comportement des habitants de deux immeubles. Très bien construit, ludique, piquant, émouvant et susceptible de faire germer des idées dans nos for intérieurs. J'ai rencontré l'auteur il y a deux jours et il est aussi passionnant que son oeuvre : enfin un futur grand écrivain qui ne se prend pas pour un futur GrantEcrivain !!

Pourtant, Delecroix pourrait largement faire le gommeux : spécialiste de Kierkegaard, professeur de philosophie à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes, il est aussi normalien, et l'Académie française aimerait l'accueillir : reconnu par les hommes verts alors qu'il n'a pas 38 ans ! Et pourtant : pas de jargon, mais profondeur, simplicité, liberté de penser. Un intellectuel intelligent qui n'a pas besoin d'une panoplie pour se rassurer. J'en dirai plus un peu plus tard. Si je suis courageuse, je reproduirai l'intégralité de notre entretien. Attention, ce n'est pas encore une promesse.

 

Allez ici : pour le BLOGDAY, Lola2luxe donne ses coups de coeur de blogueuse (Lola, je suis embêtée : on met un g ou deux g à blogueuse ?). En clair, elle fait le boulot pour nous. Il n'y a plus qu'à cliquer sur ses préconisations pour faire de belles découvertes sans ramer. OK, je suis dans sa liste... Mais il y a d'autres blogs passionnants que je n'aurais jamais découverts. Sauf celui d'Hervé Resse, un de mes classiques.

Blogday oblige, voici mes coups de coeur du jour : hormis les blogs de Môssieur Resse et de Lola2luxe (que j'ai découvert récemment mais qui a déjà intégré mes favoris), je visite régulièrement In coldblog, Vinvin entertainment (célèbrissime, non ?), le blog des correcteurs du Monde, et celui de Charles Nouÿrit.

J'ai aussi une prédilection pour un petit nouveau, dont je connais bien les auteurs et qui parle d'un livre sur Karl Lagerfeld, à sortir bientôt dans un boycott quasi général de la presse. Mention particulière pour le site de Michaël Dandrieux, un jeune sociologue qui fait des photos magnifiques.
 

20 juin 2007

Le Ciel n'attend pas, de Tawni O Dell

J'ai commencé avec le Zuckerman une liste de livres coup de coeur dans aquelle je vous propose de piocher pour vos vacances. Après, c'est vous qui voyez. Voici donc une chronique publiée récemment dans Le Point. Vos avis sur le livre m'intéressent...

 

Passer à côté du dernier livre de Tawni O’Dell revient à se priver d’un plaisir rare : celui de voir émerger un grand écrivain. Son premier roman, le Temps de la colère, avait bluffé la critique en 2001, Retour à Coal Run avait transformé l’essai trois ans plus tard. Mais il fallait encore passer le cap du troisième livre, celui qui consacre un auteur et inaugure le début d’une œuvre. C’est chose faite avec Le Ciel n’attend pas. L’histoire se déroule à nouveau dans une ville minière, Jolly Mount. Tawni O’Dell reste ainsi fidèle à ses origines, les paysages désolés de Pennsylvanie, et, dans la filiation d’un Caldwell, aux valeurs sociales d’une Amérique courageuse. Son héroïne, Shae-Lynn, est une grande gueule énergique de quarante ans qui a troqué l’uniforme de flic pour devenir la première femme chauffeur de taxi de sa ville natale. On pourrait s’ennuyer avec elle dans cette cité minière, encore traumatisée par une explosion survenue 20 ans plus tôt. Mais l’arrivée d’un homme de loi new-yorkais fait basculer le récit dans une passionnante histoire à tiroirs : cet avocat est en réalité à la recherche de la sœur de Shae-Lynn, disparue 18 ans plus tôt, qui, sur le point d’accoucher, ne tardera pas à venir se réfugier chez elle. Le roman évoluera-t-il en une gentille chronique familiale ? Tawni O’Dell ne permet pas à son lecteur de se bercer de clichés. Chaque nouvelle situation change la physionomie du livre et creuse plus profond dans les secrets qui tissent les relations entre les personnages. Le Ciel n’attend pas est un livre généreux mais âpre. Il aborde sans concession des thèmes qui dérangent, comme le trafic d’enfants aux Etats-Unis. Mais plus que dans ses précédents livres, Tawni O’Dell y laisse une place à l’espoir et ouvre une large porte de sortie à ses personnages.

« Le Ciel n’attend pas », de Tawni O’Dell, traduit de l’américain par Bernard Cohen (Belfond, 456 pages, 21 €)

 

Karine Papillaud

 

 

 

23 mai 2007

Puisque c'est encore Cannes

Il n'y a pas de saison pour l'art, mais les 60 ans de Cannes sont une accroche comme une autre pour vous signaler le site internet d'un photographe hors du commun, un artiste au plein sens du terme dont les oeuvres rappellent tout simplement la différence entre les plus doués de Flickr et un photographe d'art.

Il s'appelle Patrick Swirc, voici son site : http://www.swirc.com/

Ses photos parlent d'elles-mêmes mais on ne peut pas s'empêcher d'avoir envie d'en faire plein de phrases : de Catherine Deneuve (sans doute la plus belle prise de vue de la star) à ses reportages roots en Asie, en passant par les starlettes, les fashionistas, les beautés indéniables, celles qui ne demandent qu'à se révéler ou les portraits de "gueules" connues, Swirc montre son sujet nu. Il fait tomber ce que la star ou la situation garde pour elle-même. Comme un fauve aux aguets qui sait saisir l'instant de vulnérabilité, l'instant d'égarement ou la garde qui se baisse. Ses photos sont des atmosphères, les humains deviennent icônes d'humanité, jamais comme on s'y attend. C'est très fort, exempt de théorie. Comme l'alliance d'une démarche animale doublée d'une sophistication pointilleuse. La photo redécouverte. Le photographe, lui, est largement connu des esthètes exigeants. Enjoy !

 

 

19:00 Publié dans Coups de coeur | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : Swirc

22 mars 2007

Vieux Garçon, Bernard Chapuis

Lisez Vieux Garçon, le roman de Bernard Chapuis sorti en janvier : il fait ressurgir des émotions qu’on pensait trop enfouies. Le secret des livres de Chapuis, ce qui fait leur charme indescriptible, c’est leur musique légère, leur grâce à raconter des histoires simples et profondes. Vieux Garçon n’y déroge pas : ce livre est une expérience à découvrir par soi-même.

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L’auteur y raconte les 17 ans d’un adolescent qui pourrait être un jeune homme d’hier aussi bien que d’aujourd’hui. Il brouille les pistes avec l’espièglerie d’un sexagénaire qui raconte une époque en se souvenant d’une autre, la sienne : il y a bien dans son histoire un TGV et des téléphones portables, mais Paul, son narrateur, est un fan de Newman, non de Brad Pitt, et lit du Melville. Un récit intemporel, donc, qui relate les vacances des quatre copains, Paul, Furtif le loquace, Adham et Agnès, embringués en plein mois d’août dans une folle histoire de coffre-fort pillé. Un roman policier pourrait commencer avec, dans les rôles clés, une jolie Chinoise et un père mystérieusement disparu sept ans auparavant. Bernard Chapuis esquive la facilité et entraîne dans une aventure plus personnelle. A ce stade du livre, le lecteur est mûr pour suivre le narrateur dans le rocambolesque, coude à coude, à hauteur d’homme : il s’agit bien plus que des pérégrinations estivales d’un jeune homme de 17 ans, mais plutôt de la douloureuse confrontation avec la figure du père à laquelle les garçons de tous les âges ne parviennent jamais vraiment à échapper.

C’est ici que se rejoignent toute la force et l’émotion du livre.

Ca suinte la jeunesse et le désir vagabond, les peaux salies par la terre, et les tee shirts trop portés… mais toujours bien coupés : Bernard Chapuis habille ses personnages avec soin, et sait décrire, avec une précision vicieuse, la veste « à deux fentes de 17 centimètres », et « les bas de pantalon à 19 centimètres de largeur, revers à trois centimètres » du « costume croisé de toile gris clair » de l’inspecteur de police chargé de l’enquête. On y retrouve l’appétit du séducteur dans les amours joyeuses de ses personnages, mais aussi un motif récurrent chez l’auteur, l’émulation amoureuse et fraternelle entre des hommes qui courtisent la même femme : ici, le quatuor formé par Paul, Furtif, Adham et Agnès, renvoient au trio très Jules et Jim de Mina avec Etienne et Micha dans « L’Année dernière » (1999), ou de Roum avec Sol et Rameau de « L’Amour du temps » (1980).

 

Ces détails renvoient à la personnalité d’un écrivain qu’on a beaucoup décrit comme un dandy, un séducteur à l’humour élégant. On aurait envie de dire qu’il écrit à l’avenant, tant son style lui ressemble. Mais il y a trop d’aisance, trop de spontanéité dans ses textes pour éluder le travail exigeant, opiniâtre, d’un écrivain qui n’a pas encore écrit cinq romans en trente ans. L’œuvre laisse ainsi échapper quelques traits de l’auteur, c’est de bonne guerre, ils ne sont pas communs : journaliste à Combat distingué pour son impertinence, renvoyé de Elle pour insolence, mais aussi rédacteur en chef de l’Evénement du jeudi, chroniqueur au Monde, ancien rédacteur en chef de Vogue hommes, entre autres. Chapuis, c’est une époque, celle d’un journalisme qui fait briller les yeux des impétrants d’aujourd’hui.

Depuis « Terminus Paris », en 1978, la critique déborde d’adjectifs pour cerner le personnage, et tenter de définir la petite magie de ses livres. On ne se lasse pas d’y trouver des émotions, des bribes de nostalgie légère, des images qui jaillissent et des sourires, tous ces petits quelques choses qui semblent familiers alors même qu’on les découvre, et qui n’emmènent nulle part ailleurs que là d’où l’on vient, et où l’on était si bien.

 

Karine Papillaud

Paru dans Le Point (janvier 2007)

Photo de Francesca Mantovani/Stock

27 février 2007

Les petites histoires de Régis Jauffret

 

medium_1901-CUL-JAUFFRET_photo_C._Hélie_Gallimard_COUL_4_06.05.jpgMicrofictions de Régis Jauffret restera-t-il comme l'un des livres événements de la rentrée de janvier ? C’est en tout cas le plus volumineux, 1000 pages, publié chez Gallimard, l’éditeur du pavé de Jonathan Littell. Pas de grande saga mais 500 histoires de deux pages qui sont autant de morceaux d’esprits et de tranches de vie coupées fin. Un abécédaire sombre, grinçant et drôle qui effeuille de A à Z les petites misères du quotidien. Auteur de 13 romans, récompensé du Prix Femina en 2005 pour Asiles de fous, Jauffret corrige l’écriture ordinaire par l’absurde et un goût prononcé pour les dérèglements et la transgression. Il compose en musicien des phrases fluides, exigeantes et maîtrisées. Les instantanés de Microfictions favorisent la violence sourde et l’âpre cocasserie de la vie de couple : dans la nouvelle « Cri de fou », un homme fantasme sa femme en nain de jardin. Dans « Saint Valentin », un couple se résout à reprendre une vie sexuelle… par économie. L’idée est folle, le projet indistinct, mais le livre tout aussi bien se dévore et se picore.

06 février 2007

Rencontre à Saint Germain

J’ai rencontré ce soir un écrivain passionnant dont je n’ai pas encore lu le livre. Ca arrive ! Il s’agit de Sylvie Aymard, l’auteur de Courir dans les bois sans désemparer (éditions Maurice Nadeau). Le titre, une merveille, tout un programme. Je dis « écrivain » parce qu’elle en a tous les symptômes, je vous confirmerai mon opinion après lecture, ce qui ne tardera pas.

Je confesse être passée à côté de ce livre sorti en septembre dernier dont on me dit les meilleures choses depuis quelques semaines. Des amies, une écrivain, une éditrice ; le principe du bouche à oreille. Et bing, je finis par rencontrer cette fameuse Sylvie Aymard le jour où les centres Leclerc lui décernent leur prix. Un Prix littéraire qui n’a rien de bidon et qui a du flair, même si ça sent le caddie.

Courir dans les bois sans désemparer (je ne m’en lasse pas) est un premier roman, écrit par une très jolie femme de 52 ans, passionnante, simple, profonde. Elle écrit depuis ses 15 ans, pour elle et ses proches, mais son métier officiel est guide-conférencière à Cluny, spécialisée dans l’art roman. Son dada, découvrir comment se construisent les gens. Elle est éditée par ce grand monsieur qu’est Maurice Nadeau, un éditeur mythique et éminemment respectable, amoureux des livres et découvreur de talents (on lui doit le premier Houellebecq, son meilleur), toujours aussi fringant et sagace du haut de ses 96 ans.

En route pour le livre.

 

30 janvier 2007

Ames sensibles

Un livre intéressant sur le mode obsessionnel vient de sortir, Vingt-Quatre Heures d’une femme sensible, de Constance de Salm (Phébus,10 €).
Publié une première fois en 1824, il vient d’être exhumé par les éditions Phébus qui lui verraient bien le succès de Laissez-moi de Marcelle Sauvageot publié en 2005 : un sublime texte écrit dans les années 1930 par une femme atteinte de tuberculose à l’attention d’un amant ingrat et bien opportuniste, parti en épouser une autre dès son entrée au sanatorium. Deux minutes pour huer le malappris... Bien lui en a pris pourtant, à ce scélérat, puisque de cette aventure malheureuse est sorti un chef d’œuvre de lucidité, de rage digne et de sensibilité féminine.


En sera-t-il ainsi avec le texte de Vingt-Quatre Heures d’une femme sensible ? Ce mignon petit roman raconte en 44 lettres, les 24 heures d’une femme éperdue de jalousie : « Confrontée à l’image obsédante de son amant disparaissant dans la calèche d’une autre beauté au sortir de l’opéra, notre héroïne tente de comprendre et de calmer les mille émotions qui l’assaillent », comme le dit la 4e de couverture. Ces affres, mesdames, mesdemoiselles, nous les avons toutes connues, peu ou prou, même si nous ne les avons pas formulées de la même façon. D'autant qu'aujourd’hui, on recourt curieusement plus volontiers aux mails et aux sms qu’aux missives portées.

Le style sera sans doute un écueil au succès du livre : ça sent la poudre de riz, les parfums nichés dans le replis des crinolines, les sentiments sont exacerbés, c’est un poil précieux, scandé de points d’exclamation. Goethe est passé par là. En bref, c’est très 19e siècle et on n’est plus très habituées. Plus Fifi Chachnil que Chantal Thomass, en somme. Mais il y a des fans et pas mal de curieuses.

Il faut simplement le savoir pour ne pas se sentir déçue d’avoir mis 10 euros dans un livre qui ne plaira pas vraiment. C’est cher, les livres…

Rien à voir avec le dernier livre de Jacques-Pierre Amette, Un été chez Voltaire (Albin Michel), qui ancre son intrigue au cœur du 18e siècle, de plain-pied dans la vivacité intellectuelle d’une époque politique, bruyante, pertinente, incroyablement scientifique et curieuse d’avenir. L’écrivain raconte l’été 1761 au château de Ferney, où Voltaire monte une pièce qui fit scandale 20 ans auparavant, Le Fanatisme ou Mahomet. Amette joue de la transposition d’une époque à l’autre pour réfléchir à la question du fanatisme, avec une plume rapide, précise, éclairée à l’intelligence d’un Voltaire frondeur et passionné.

25 août 2006

De Jacques Lanzmann à Yann Moix

medium_Moix.3.JPGBigre, Elodie a une sacrée mémoire pour se souvenir aussi bien des rencontres du salon littéraire de Caen. Je suis impressionnée. Et gauchère aussi, bien vu ! Quant à Jacques Lanzmann, il était tout sauf gâteux. S’il semblait à côté de la plaque durant le débat, c’est qu’il n’entendait strictement rien des questions que je lui posais. Son sonotone interférait avec le micro. Et puis Janine Boissard l’insupportait. Il m’a confié avoir pris un malin plaisir à la contredire systématiquement. Un drôle de malicieux, bien vert malgré ses moustaches blanches.

Mais revenons à la rentrée littéraire. Première vraie surprise, j’ai aimé le dernier Yann Moix, Panthéon (Grasset). Je vous renvoie au pitch de la chronique qui paraît lundi dans 20 Minutes. J’ai pu finir le livre, sans que la lecture me devienne pénible à partir de la page 60. Ce qui justement n’avait pas été le cas pour ses deux précédents. J’ai donc commencé le texte avec une petite appréhension : la malédiction de la page 60 allait-elle frapper de nouveau ? Vérification dans Panthéon : sur la page fatidique, François Mitterrand tripote des bonbons collants au fond de sa poche et l’auteur cite son copain Benoît Poelvoorde (c’est le côté midinette de l’auteur qui déborde un peu).

On peut continuer. Moix a trouvé une forme en adéquation avec son style dissipé : des séquences courtes, un travail sur la phrase, la langue, sa voix d’écrivain est posée. Et puis le sujet est familier au lecteur, un trentenaire, qui partage avec l’auteur les souvenirs d’une époque politique vécue en culottes courtes. L’enfance du narrateur ne se prête pourtant pas à la nostalgie, orléanaise, maltraitée, solitaire. Il a les mots justes pour la décrire, raviver la morsure des torgnioles et s’en détacher d’un « même pas mal » un peu faraud. Le rire est froid, la carence affective palpable et l’échappée dans l’imaginaire, peuplé de ses grands hommes, est touchante.

L’écrivain Yann Moix a du talent et un univers, c’est indéniable. L’homme, lui, pèche par opportunisme : il travaillerait à l’adaptation cinématographique de son texte. Je ne suis peut être pas assez moderne, mais ce systématisme affiché, qui consiste à sortir le livre et le film à partir d’une même idée m’agace. Yann Moix a-t-il fait ses classes chez Walt Disney qui décline chacune de ses nouvelles histoires en une série de produits dérivés, du DVD à la cuillère à potage ? L’écrivain fait un croc en jambe à son œuvre : c’est lui-même qu’il décline d’un support à l’autre, Moix version livre, Moix version film. A quand le porte-clef vendu avec le livre ? C’est presque dommage de n’y avoir pas pensé pour ce roman-ci :  imaginons un petit Panthéon en plastique dur, pas plus gros qu’un dé, pendouillant au bout de sa chaînette. Ravissant. Succès garanti à l’export.

La prochaine fois, vous parler de Jonathan Littell qui signe le livre le plus impressionnant de la rentrée.

 
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