Avertir le modérateur

03 septembre 2008

L'amitié selon Marie Nimier

Ah l’amitié ! Un des grands thèmes de la rentrée, avec notamment le roman d’Antoine Senanque, L’Ami de jeunesse (Grasset) sur lequel je reviendrai (méfiez-vous quand même).
L’objet de cette courte note, c’est le nouveau Marie Nimier, Les Inséparables (Gallimard).
L’auteur n’est-elle pas irrésistiblement lumineuse ?

164914969.JPG



Les Inséparables raconte l’intense amitié qui lie deux filles, des années 60 jusqu’à l’âge de femme. Elles vivent dans le quartier des Champs-Élysées, mais en loyer « 1948 », autrement dit dans des conditions privilégiées pour des fillettes désargentées. L’une voulait devenir psychiatre, l’autre clown. La première devient écrivain, l’autre prostituée. Rien de bucolique ou de naïf, donc dans ce texte : l’amitié est guerrière entre ces deux gamines fauchées très tôt par la dureté de la vie. Les souvenirs personnels de l’auteur comptent pour beaucoup dans cette histoire pleine d’énergie, de violence et de sourires.
J’ai pour ma part été sensible à la manière dont la narratrice tente de retrouver, par l’écriture, le  moment où tout bascule, les moments où l’amitié se cabosse, l’instant impalpable où s’est déclenché l’éloignement dont elle souffre encore, une fois adulte. C’est un texte pudique, tout en retenue, mais qui ne mâche pas ses mots.

13 mars 2008

Les héros flous de Joël Egloff

Vous a-t-on déjà pris pour quelqu’un d’autre ? Le héros du nouveau roman de Joël Egloff, lui, ça lui arrive tous les jours. L’Homme que l’on prenait pour un autre (Buchet-Chastel) raconte l’histoire d’un homme qui justement n’en a pas, d’histoire, puisqu’il est sans arrêt embarqué dans celles des autres. Quand un ancien malfrat le reconnaît comme Le Pouilleux, son copain de cellule, il devient ce camarade. Le facteur le prend pour un certain Pierre Simon ? Après s’en être défendu en vain, il finit par capituler, devient cet homme et reçoit les lettres d’amour destinées à ce monsieur Simon. Et le jour où, un peu ivre, il se trompe d’étage en croyant rentrer chez lui, il endosse en fait la peau d’un père de famille enfui plusieurs mois.

Le livre raconte au fond que nous ne sommes peut-être que ce que notre entourage projette sur nous, avec son lot de fantasmes, d’intentions et d’attentes. Avec simplicité et absurde, ses armes favorites, Joël Egloff pousse l’expérience jusqu’à son paroxysme en dépouillant son personnage de tout for intérieur. Ses personnages, poétiques à force d’être largués, sont embringués sans révolte dans des vies qu’ils ne choisissent pas. L’Homme que l’on prenait pour un autre distille ce charme léger, teinté d’humour et de désespoir, qui en fait un livre terriblement attachant. C’était aussi le cas du héros de l’Etourdissement, formidable roman publié en 2005 pour lequel l’auteur a reçu le Prix du Livre Inter.

Karine Papillaud

13:35 Publié dans Chroniques express | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : Egloff

10 mars 2008

L'étonnant théorème d'Almodovar

Le lecteur sera-t-il à la hauteur de ce roman pas comme les autres ? Le Théorème d’Almodovar(Gallimard) d’Antoni Casas Ros est l’un des meilleurs premiers romans de janvier, qui exige le meilleur de l’imagination du lecteur.

Il raconte l’histoire d’un jeune mathématicien défiguré lors d’un accident de voiture, où sa petite amie a trouvé la mort. Depuis sa terrasse non loin du port de Gênes, il médite, devient écrivain et invite le lecteur dans son rêve. Il rencontre Almodovar, persuadé que le « freak » qu’il est devenu représente l’apothéose de l’œuvre du cinéaste, aime un transsexuel artiste qui lui modèle un masque, et adopte le cerf, créature fantasque, à l’origine de l’accident.

Rien de voyeur, obscène ou graveleux dans le récit de cet homme qui mélange rêve et réalité pour récrire sa vie. Mais qui est Antoni Casas Ros ? Personne ne sait vraiment. Est-ce son histoire ? Il semblerait. Parfois un peu erratique dans son déroulement, son roman est riche d’un souffle étonnant.

20 juin 2007

Sorbonne Confidential

 J'avais promis qu'on s'en reparlerait (note de février, pas récente récente, je sais). Voici la chronique du livre de Lauren Zuckerman que j'ai écrite pour le Point il y a quelques semaines. Je précise aux tâtillons que cette note est publiée dans la rublique "chroniques express" : cela signifie que la critique ne s'étale pas sur des pages.

 Décidément, les Français n’aiment pas les Américains : c’est l’un des constats étonnés que propose Laurel Zuckerman, preuves à l’appui, dans un récit qu’elle consacre au système de l’enseignement supérieur français. Alice, l’héroïne de son livre, est une Américaine d’une quarantaine d’années qui vit et travaille en France depuis 20 ans. Un licenciement la décide à se reconvertir en professeur d’anglais. C’est donc pleine d’entrain et d’assurance qu’elle part s’inscrire au concours de l’Agrégation, à la Sorbonne. La malheureuse apprendra à ses dépens qu’il vaut mieux maîtriser la dissertation de français et la leçon que la langue, pour devenir professeur d’anglais en France. Aberrations et petits scandales se succèdent dans un livre bourré d’humour qui n’épargne ni l’Education nationale, ni les entreprises de soutien scolaire : tout le monde repart avec un diplôme, sauf l’héroïne. L’auteur, quant à elle, a réussi son pari : passer au crible de l’expérience les incohérences et archaïsmes d’un système éducatif qu’on critique plus qu’on ne réforme. L’histoire, elle, reste sans morale.

« Sorbonne Confidential », de Laurel Zuckerman (Fayard, 333 pages, 20 €)

Karine Papillaud

08 mars 2007

Jeune fille, d'Anne Wiazemsky

 « La petite-fille de François Mauriac fait du cinéma », titrait France Soir à l’époque. Anne Wiazemsky raconte sa rencontre avec Robert Bresson en 1965. A 17 ans, elle est l’héroïne du film Au hasard Balthazar. Le temps d’un été, le tournage met au jour la relation, faite de manipulation, de sadisme et de séduction, entre la jeune fille pas si candide, et son pygmalion. Se dessine en filigrane une époque où les femmes peinent à s’émanciper. Le texte, vivant, a le petit goût de madeleine du cinéma de ces années-là, qui fait lire le roman en noir et blanc.

Jeune fille, de Anne Wiazemsky (Gallimard)

23 février 2007

Un nid pour quoi faire, Olivier Cadiot

medium_Un_nid_cadiot.jpgL’histoire n’est pas si importante : un roi exilé avec sa cour à la montagne recrute un nouveau conseiller pour reconquérir le pouvoir. Tous les tics de notre société y passent joyeusement, du marketing au bouddhisme en passant par la psychologie et la démocratie participative. Mais l’essentiel est dans la forme, dans ces phrases descendues à fond de train, comme en ski. L’histoire est truffée d’expérimentations narratives, bribes poétiques, emprunts au théâtre qui construisent un texte hybride, 100 % pure littérature. Délectation intellectuelle garantie.

Un nid pour quoi faire, d’Olivier Cadiot (P.O.L)

KP

11:30 Publié dans Chroniques express | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Cadiot

22 février 2007

Mal de pierres de Milena Agus

medium_Agus.2.JPGDans la Sardaigne d’après guerre, on est considéré comme une vieille fille à trente ans, même quand on est soufflante de beauté. Pourquoi cette femme rebute-t-elle tant les hommes ? Il faudra attendre la fin du livre pour percer le mystère bouleversant de cette héroïne secrète et fantasque. Elle finira par se marier sans passion, et le roman d’une vie étrange de demi teintes commence, à travers le récit qu’elle fait grand-mère à sa petite fille. Court, serré, riche d’une émotion intense qui n’attend plus que son lecteur, ce Mal de Pierres est l’un des bijoux de la rentrée littéraire de janvier 2007.

Mal de Pierres, de Milena Agus (Liana Levi)

KP

 

 
Toute l'info avec 20minutes.fr, l'actualité en temps réel Toute l'info avec 20minutes.fr : l'actualité en temps réel | tout le sport : analyses, résultats et matchs en direct
high-tech | arts & stars : toute l'actu people | l'actu en images | La une des lecteurs : votre blog fait l'actu