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24 août 2008

Vite fait, Angot

Si  la fortune d’un auteur se mesurait au nombre d’articles parus sur ses livres, le compte en banque de Christine Angot égalerait celui d’une rockstar exilée à Jersey.
1739634988.jpgC’est le même topo chaque fois qu’elle publie : la presse ne parle que d’elle et se déchire en général sur la qualité de l’œuvre produite. Ou plutôt livrée en pâture.
« Son  dernier roman est excellent, émouvant, le style Angot encore une fois déchire la littérature », ou « Non, c’est une daube, elle écrit avec les pieds, c’est une hystérique télégénique et on en a marre d’entrer dans les secrets de son tiroir à culottes ».
Le débat tourne autour de ce genre d’arguments, mais c’est généralement mieux tourné.
Alors bon, je l’ai lu, ce Marché des amants (Seuil).
D’abord parce que 20 minutes raisonne comme les autres journaux : il faut parler du dernier Angot et pis c’est tout. Inutile de dire que son livre ne présente aucun intérêt et que justement, en parler confère de l’intérêt à ce qui n’en a pas, rien  à faire. Je m’apprête à écrire l’article qui paraîtra dans le journal de mardi. Je ne sais pas comment je vais m’y prendre, vous lirez ça vous-même. Ou plutôt, ne lisez pas : cet article n’aura pas d’intérêt puisque le livre n’en a pas.


Entendons-nous : quand  je dis que ce livre ne présente pas d’intérêt, cela ne signifie pas qu'il est mauvais, ni bien sûr qu'il est "bon". Il n’est pas intéressant, passons à autre chose, voilà tout, l’affaire est entendue. Mais ça ne va pas suffire, alors je développe (et vous dispense du même coup de l’acheter).


Le pitch en vaut un autre : c’est l’histoire d’une femme qui oscille entre trois histoires d’amour, l’une idéalisée, l’autre verbeuse et la troisième pépère.  Christine Angot herself (surpris ?) raconte comment se passe la vie avec son nouvel amoureux, Bruno (Doc Gynéco, tout le monde le sait déjà). Bon, il n’est pas facile à vivre, le Bruno : flanqué d’une femme et de trois enfants, présent avec éclipses, doté d’une poésie personnelle, le rappeur est totalement centré sur son ego. Cela ne facilite pas les choses à Christine qui doit se mettre en orbite autour de lui, vivre à son rythme : regarder la télé avachie avec Bruno, accompagner Bruno qui va marcher, écouter les textes de Bruno, les maquettes de Bruno, les projets de Bruno, accepter la sodomie avec Bruno, se taper les copains de Bruno et les soucis de Bruno.
Bof c’est une histoire passionnelle classique : l’héroïne doit consentir à laisser son univers, renoncer à ce qui la définit au nom de l'Amoûr, pour entrer dans celui de l’autre. La grande mythologie amoureuse occidentale, comme la plupart des conversations des filles entre 20 et 30 ans sont farcies de ce genre d’histoires. Bref : on a  l’impression d’écouter une copine malchanceuse raconter ses petits gnagnagnas pendant tout le livre, ou lire un long article de Voici sans photo (ni procès).
Seuls ceux qui n’ont pas d’amis et pas de vie sociale adoreront parce qu’ils auront enfin, grâce à ce livre, une amie bavarde qui les parasitera des petits problèmes ordinaires qu’ils ne connaissent pas. Mais les autres, ceux (celles) qui ont déjà l’habitude de papoter sur « la vie, l’amour, les hommes » auront l’impression de faire des heures supplémentaires sur leur temps d’écoute compassionnel (et risquent fort de raccrocher au nez de Carole qui veut simplement raconter ses dernières déconvenues avec le beau Kévin rencontré au camping mais avec qui ça n’a finalement pas collé).
Une chose émerge du livre, inattendue : la crédibilité de Doc Gynéco comme personnage romanesque. C’est pas vivable au quotidien (pauvre Christine) mais ça le rend intéressant par livre interposé. Il doit être content d’être exaucé : ce qu’il a pu tanner Christine pour qu’elle écrive le livre sur leur histoire ! Ca tombe bien, il va sortir bientôt un nouveau disque, dites donc ! On espère quand même qu’il n’en voudra pas trop à son pote Charly de lui avoir soufflé sa copine à la fin.

On retient aussi la sincérité amoureuse de Christine Angot, maladroite mais totale, et son désarroi, palpable. Que les mauvaises langues se taisent : c’était pas du chiqué. Pour elle en tout cas. Mais cela suffit-il à faire un roman ?

Et voilà comment on parle de Christine Angot, en voulant pourtant expliquer que son roman n’en vaut pas la peine…

Commentaires

Dans la cour rien de précis. Passer à travers les gouttes. Comme d’habitude. Dans la cour, tout à coup, surgit une ombre. Un signe, un mouvement, la vie quoi. Quelque chose d’humain. En face, la vieille encore à sa fenêtre, ferme entre chien et loup, ses volets pourris. Et puis, pas à pas. Il faut esquiver les orties. Les herbes sauvages prennent le dessus. Elles ont les pleins pouvoirs, et une vertu abyssale. Entre deux, il faut s’activer, fouiller. Fouiner, plonger sans répit et mettre son nez dedans. Sortir la loupe tout terrain et la grosse artillerie qui va avec. Partir en guerre pour trouver tout, sauf son principal ennemi. Vous recherchez ce trèfle à 4 feuilles. Faux miracle intempestif et là…L’impatience, luxe initial, semble la reine d’un jour. Vous convoquera vers votre plus belle défaite. Chose bête, chose faite. Alors, j’ai caressé une toute autre idée. J’ai pris mon temps. J’ai mis du sel dans mon bain. Et beaucoup d’eau dans mon lait. On a saccagé la nature. A quoi bon donc gémir de plaisir? Soyons au moins honnêtes avec nous même. On déroule ce tapis rouge brûlant. Au loin, d’autres sur le côté s’agitent en hurlant. Oubliés, sacrifiés pour rien. Non, je ne veux pas le croire. On a mérité mieux que ça. Nos enfants finiront comme nous : dans un trou cultivé, enlisés sans pouvoir y échapper pour de bon. De plus en plus cynique, dubitative. Je reste et je resterai fidèle à mes pensées. Non, ce n’est pas une tare, assurément, ce scribe étourdi, c’est bien moi. S’éblouissant dans la nuit et une certaine appréhension. Etouffé par cette époque, ventilé dans le vide par le principe de la bonté ultime et de l’honneur ravivée. No comment Karine…

Écrit par : elodie | 28 août 2008

Bonjour Karine,
J'ai écrit un jour un texte sur une amoureuse à moi. Très fort, très émouvant, très profond. Jamais je ne m'étais cru capable d'écrire des mots avec une si grande exigence de justesse. Il faut dire que cette compagne justifiait cet effort créatif surhumain : passionnante et insaisissable.
Cinq minutes après, j'ai bien entendu tout déchiré tellement c'était nul. Il faut dire que les chagrins sont parfois insuportables et aussi vite oubliés. Certaines livres aussi.

Écrit par : Damien | 01 septembre 2008

Catherine Clément Philosophe et romancière française, révèle lors de la matinale de France Culture du 10/09/08, comment s’est organisé une cabale contre le livre "Le marché des amants" de Christine Angot, Editions du Seuil.
http://www.dailymotion.com/kenestaf/video/x6q0u8_cabale-antiangot_news

Écrit par : despoint | 12 septembre 2008

Je vois que Christine Angot est toujours critiquee, mais il faut consentir que sans elle on ne peut pas parler d'un roman moderne. Moi, aussi j'ai eu l'occasion de lire ce roman, oui, il y a beaucoup de choses a discuter.

Écrit par : Max | 28 novembre 2008

Cinq minutes après, j'ai bien entendu tout déchiré tellement c'était nul. Il faut dire que les chagrins sont parfois insuportables et aussi vite oubliés.

Écrit par : payday loans online | 11 août 2011

Et voilà comment on parle de Christine Angot, en voulant pourtant expliquer que son roman n’en vaut pas la peine…

Écrit par : Payday cash advance | 15 août 2011

Angot ex de Montpellier buzze t-elle ? c'est peut-être aussi le propre de bien des écrivains de notre époque

Écrit par : référencement montpellier | 30 août 2011

Franchement, ce livre est plutot bien

Écrit par : gite guadeloupe | 02 octobre 2011

Les commentaires sont fermés.

 
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