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30 juillet 2007

Courjault/Pingeot : une affaire ?

Voilà un petit scandale peu banal : un livre défraie la chronique plus d’un mois avant sa sortie. Il s’agit du nouveau livre de Mazarine Pingeot, Le Cimetière des poupées (Julliard). On reproche à ce livre qui sort le 27 août, de s’inspirer de l’affaire des bébés congelés du couple Courjault, alors que le jugement n’a pas été rendu.
Ca tombe bien, je suis en train de le lire. Arrivée p 105 du livre, je n’avais toujours pas fait le lien avec l’affaire quand un ami m’a poussé le coude pour me réveiller et me ramener à de saines lectures journalistiques : rue89, le figaro, etc. Mais c’est qu’ils sont drôlement agités les confrères ! Serait-ce le mauvais temps parisien qui les met dans un tel état de hargne, forcés qu’ils sont de rester dans la Capitale, à peine consolés par l’émoustillante perspective de faire du vélo sur les nouveaux engins de Delanoé ?
Je me suis donc intéressée de plus près à ce qu’on va appeler sans essayer de rigoler « l’affaire Pingeot ».

Je vous renvoie à l’article du Figaro qui raconte comment une pétition a été lancée par les proches de la famille Courjault. 200 signatures auraient déjà été recueillies dans le chinonais, terre d’origine de la mère présumée enfanticide. Pour un livre qui, précisons-le encore, sort le 27 août ! Il y a donc 200 panurgistes qui veulent censurer un texte qu’ils n’ont pas encore lu !!
La réactivité de ces « pas encore lecteurs » est, je trouve, assez inquiétante, et surtout bien écervelée.  On se forme une opinion sur des on-dit et pas sur une information, dans ce pays ? Est-ce pareil avant un vote ou une grève ? Décidément, je devrais sortir mon nez des bouquins.

Tout cela est aberrant.
Alors, ce livre, parlons-en un peu : il raconte à la première personne le désarroi d’une femme « étouffée dans son enfermement intérieur », c’est à dire un peu dérangée et franchement maso. Elle s’adresse à son mari, interlocuteur épistolaire muet et sinistre salaud, pour raconter comment elle en est venue à tuer un de ses bébés.  So what ? D’où croit-on que les écrivains trouvent leur inspiration sinon dans la vie, les gens, la société autour d’eux ? Et depuis quand la liberté de création est-elle devenue si intolérablement transgressive aux yeux du grand nombre (qui, je le rappelle encore, s’insurge contre le contenu d’un livre qu’ils n’ont pas pu lire) ? La création est-elle désormais soumise à des libertés conditionnelles ? On marche sur la tête. Cette histoire rappelle celle qui avait été déclenchée il y a quelques mois autour d'un livre de Philippe Besson qui s'inspirait explicitement de l'affaire Gregory. Même polémique stupide.

Le livre de Mazarine Pingeot n’a rien d’un document, c’est une œuvre personnelle, une pure fiction très loin du fait divers référent. Sur le plan littéraire, j’ai été déçue : on y retrouve certes la clarté sèche, les phrases qui claquent de l’auteur. Mais son écriture emprunte un peu, beaucoup, à celle de Claire Castillon qui peut être sombre, profonde, sourde, acide, hargneusement désespérée. Sauf que Mazarine Pingeot n’est pas Claire Castillon et qu’elle ne parvient pas à suivre son personnage dans son errance intérieure. Les seuls reproches qu’on peut faire à ce livre se situent sur un plan littéraire. Le reste, c’est de la fumée vaine. A moins que l’éditeur n’ait trouvé son compte à laisser enfler une polémique avant la publication.

Ben dis donc, si la rentrée littéraire a besoin de ce sensationnel pour marquer sa saison 2007…

Commentaires

Et va t on tenir encore longtemps secret le bebe illegitime du nouveau president ? C quoi cett presse ? C quoi ce pays de secrets ? C quoi ? Quoi ? C quoi ?

Écrit par : Sylvia | 30 juillet 2007

Je ne sais pas si c'est le dernier post avant la rentrée mais je le trouve délicieusement cinglant comme dirait ma concierge. Comme quoi tu n'es jamais meilleur que lorsque tu t'énerves un peu. Et en plus tu trouves le moyen de glisser ta copine pour une apologie sans doute de bon aloi. Ma seule critique ne regarde que moi: Mazarine étant la fille de Mitterrand, je l'absous de tout. En souvenir et par principe.

Écrit par : romain | 30 juillet 2007

@Romain : alors comme ça, tu es mitterrandien ? Voilà un thème à développer dans une future conversation. Je glisse pas ma copine : je sais que Mazarine aime les textes de Claire Castillon et on retrouve vraiment cette ambiance dans son roman.
Moi aussi, j'aime bien Mazarine même si je ne la connais pas personnellement. Son livre précédent, Bouche cousue, m'avait beaucoup touchée. Tu devrais le lire, il t'intéresserait : très mitterrandien et assez cinglant contre certaine presse.
Et meilleur avec un e, s'te plaît...
Prochain post demain...

Écrit par : karine papillaud | 30 juillet 2007

Bonjour,
oui, c'est de la contre pub "étrange" qui fait, somme toute de la pub à Mazarine.
C'est vrai,
que c'est un comble; critiquer un livre qu'on n'a pas encor(euh) lu: c'est fort de café, non?
Surement, une même fausse ritournelle avec de drôles de notes qui rendent impulsives certaines âmes jalouses (euh)...

@ romain:
UMP Que choisir ?;)

Écrit par : elodie | 31 juillet 2007

Bonjour Karine,
J’ai lu également « Le cimetière de poupées » et je trouve très sain que vous mettiez les points sur les « i ». Ce livre est une fiction sans aucun rapport avec l’affaire. A un détail près : l’auteure y parle bien de congélateur.
Pour ma part, le livre m’a davantage intéressé pour son portrait de couple, voire de femme - je n'ai rien lu de Claire Castillon. Je n’ai pas senti de lien très fort entre son geste – l’infanticide – et le reste de l’histoire. En exagérant un peu, je dirais que l’infanticide n’apporte pas grand-chose, et le mot congélateur encore moins. On le retire, et il n’y a plus « d’affaire ». Le livre est un peu trop sage, sans doute.
Je retiens donc le portrait de couple et de femme et j’oublie l’infanticide – je suis bien placé pour en parler – et "l’affaire".

Écrit par : Nicolas | 01 août 2007

"Je retiens donc le portrait de couple et de femme et j’oublie l’infanticide – je suis bien placé pour en parler – et "l’affaire"."
Votre "je suis boen placé por en parler" éveille les curiosités, Nicolas...
Ravie d'avoir eu votre avis, qui, lui, est renseigné !

Écrit par : Karine | 01 août 2007

L’infanticide était le thème de mon premier roman…
Quant au deuxième, vous devez l’avoir quelque part dans votre salon (Cf vos photos de mars), dédicacé de ma blanche main…

Écrit par : Nicolas | 01 août 2007

Deux notes en deux jours, faites attention à la tendinite blogite, demoiselle, vous n'êtes plus habituée. J'ai lu aussi le roman de Mazarine Pingeot, et réserve pour la rentrée mes opinions sur le livre et sur la stratégie de com (dont j'ai déjà parlé sur une des sources où vous vous informez). Mais la fiction française hausse le niveau en cette rentrée, ne trouvez-vous pas ?

Écrit par : hubert artus | 01 août 2007

@Nicolas : Yes... ;)

Écrit par : Karine | 01 août 2007

@hubert : tu me vouvoies maintenant ? Allez laisse)moi partir en vacances, on reprendra les conversation slittéraires dans quelques jours...

Écrit par : Karine | 01 août 2007

Les commentaires sont fermés.

 
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