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28 février 2007

Le Script, Rick Moody

La quarantaine discrète, la dégaine d’un vieil adolescent mélancolique et, au fond des yeux, une énigme indéchiffrable façonnée par un passé douloureux : Rick Moody est un grand écrivain, mais il ne la ramène pas. Cinq livres ont suffi, dont le magnifique A la recherche du voile noir (Points Seuil), pour le propulser parmi les meilleurs romanciers américains. Mieux que beaucoup, il sait dire la faillite des idéaux, entrevoir les mouvements de société et les désarrois individuels. Son dernier roman, Le Script(ed. de l’Olivier), paru fin août 2006, raconte une histoire rocambolesque, aux personnages innombrables, qui tourne autour d’un vrai-faux script à l’histoire improbable, que s’arrache le milieu du cinéma indépendant américain. Moody a voulu faire un roman gigantesque, fouillant la psyché d’un monde régi par l’image. Certes, c’est loin d’être son meilleur : le roman est touffu, foutraque, écoeurant à trop être roboratif, mais reste incontestablement l’œuvre d’un grand écrivain.

09:55 Publié dans Les gens | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Moody, Le Script

27 février 2007

Les petites histoires de Régis Jauffret

 

medium_1901-CUL-JAUFFRET_photo_C._Hélie_Gallimard_COUL_4_06.05.jpgMicrofictions de Régis Jauffret restera-t-il comme l'un des livres événements de la rentrée de janvier ? C’est en tout cas le plus volumineux, 1000 pages, publié chez Gallimard, l’éditeur du pavé de Jonathan Littell. Pas de grande saga mais 500 histoires de deux pages qui sont autant de morceaux d’esprits et de tranches de vie coupées fin. Un abécédaire sombre, grinçant et drôle qui effeuille de A à Z les petites misères du quotidien. Auteur de 13 romans, récompensé du Prix Femina en 2005 pour Asiles de fous, Jauffret corrige l’écriture ordinaire par l’absurde et un goût prononcé pour les dérèglements et la transgression. Il compose en musicien des phrases fluides, exigeantes et maîtrisées. Les instantanés de Microfictions favorisent la violence sourde et l’âpre cocasserie de la vie de couple : dans la nouvelle « Cri de fou », un homme fantasme sa femme en nain de jardin. Dans « Saint Valentin », un couple se résout à reprendre une vie sexuelle… par économie. L’idée est folle, le projet indistinct, mais le livre tout aussi bien se dévore et se picore.

26 février 2007

"Je n'écris pas pour choquer", Claire Castillon

                                     « Je n‘écris pas pour choquer »

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Votre nouveau livre,On n’empêche pas un petit cœur d’aimer (Fayard), décline le rapport hommes-femmes dans 23 nouvelles. Comment être original quand on a déjà tout écrit sur un tel sujet ?

Je ne suis pas sûre d’avoir décidé d’écrire un livre précisément sur ce sujet. Dans le précédent recueil, Insecte, je n’avais pas prémédité de faire une étude sur les mères et les filles et c’est pourtant ce qui en est ressorti. J’aime aborder les choses réelles et les traiter différemment, ce qui est au fond le propre de l’écrivain. Peut être peut-on dire que les hommes, qui étaient absents dans mon dernier livre, sont de retour, et mieux incarnés. Mais je n’épargne pas plus les femmes que les hommes.

Vous maniez en virtuose le sordide, l’émotion et l’humour vache, entre profondeur et légèreté. Et tout est toujours au bord de basculer. A vous voir, on ne vous croirait jamais si redoutable…

On est ce qu’on écrit. Mais je ne crois pas à la torture nécessaire de l’artiste. Je suis sereine, parce que je ne mens pas sur ce que je suis quand j’écris. Je passe de l’écriture à la vie réelle sans me dire que ce sont deux mondes différents. Je ne me préserve pas dans mes textes, mais je me préserve beaucoup dans la vie. Il y a peut être une question d’éducation qui fait qu’on se tient bien devant les gens…

Avec des thèmes comme la violence, l’inceste, le deuil, la solitude, vous ne ménagez pas votre lecteur ! Pourtant, on ne peut pas lâcher ces nouvelles. Comment l’expliquez-vous ?

Je ne raconte pas seulement des histoires sordides. Il y a toujours de la tendresse dans mes textes : une main cogne pendant que l’autre caresse. Je n’écris pas pour choquer, j’écris comme je ressens. J’entretiens ce rapport avec le lecteur depuis mon premier roman, Le Grenier. Mes livres disent ce que les gens n’ont pas envie de voir chez eux. Mais ce ne sont pas des reproches ou des jugements jetés, ce sont les histoires d’un peu tout le monde, que je regarde moi aussi de l’intérieur avec un soupçon de voyeurisme.

C’est votre deuxième recueil de nouvelles. Qu’est-ce qui vous plaît dans cette forme littéraire ?

Le rythme. La nouvelle est un nœud qui doit se nouer très vite. Une nouvelle est avant tout visuelle : on attrape un personnage à un moment de son existence, on en manipule un ou deux aspects, et ensuite on le relâche. Le roman est plus intense à écrire. Je me suis souvent laissée emporter par mes romans. Dans mes nouvelles, je suis le chef d’orchestre.

Encore des nouvelles pour janvier 2008 ?

 Mon prochain livre sera un roman qui mêlera des choses intimistes et profondes, qui ne m’épargnent pas, à un recul plus assumé dans la narration, que j’ai appris à maîtriser avec les nouvelles.

Propos recueillis par Karine Papillaud

Le livre

On n'empêche pas un petit coeur d'aimer (Fayard)

Ca gronde et ça hurle, c’est fort, désopilant, émouvant, effrayant, et troublant aussi : en 23 histoires, Claire Castillon effeuille la passion conjugale, et, plus largement, différents aspects de l’amour entre les hommes et les femmes. Un recueil où s’épanouit le style abouti musical et aiguisé d’un écrivain qui n’en finit pas de fouiller les tréfonds de l’humain.

 

25 février 2007

Ce qu'on lit dans l'espace

C'est dimanche ! Et comme on n'est pas censé travailler le jour du Seigneur, je me contente de vous rapporter une dépêche AFP, parue jeudi dernier :

En avril, à bord de la fusée Soyouz, le touriste de l'espace Charles Simonyi compte emporter de la lecture.

Le prochain touriste de l'espace, le milliardaire américain d'origine hongroise Charles Simonyi, rêve d'une bibliothèque dans l'espace à laquelle il apportera lors de son vol en avril Goethe et l'auteur de sciences fiction Robert Heinlein.

« Partout où les humains se trouvent, il doit y avoir une bibliothèque », a-t-il déclaré au cours d'un entretien accordé à l'AFP dimanche à Moscou.

Les deux ouvrages que l'homme d'affaires et informaticien de renom prendra dans son maigre bagage à bord de la fusée russe Soyouz à destination de la Station spatiale internationale seront le Faust du grand écrivain allemand Goethe mort en 1832 et Révolte sur la Lune de l'auteur de science fiction américain Robert Heinlein disparu en 1988.

Révolte sur la Lune « décrit un avenir particulier où l'humanité quitte la Terre et il traite plus de l'aspect politique de la situation que des technologies concernées, c'est très divertissant », a déclaré M. Simonyi pour expliquer son choix.

« Faust fait partie de notre héritage littéraire, il appartient à l'humanité tout entière et aborde les relations de l'homme avec l'univers et avec les sciences. Y a t-il un meilleur endroit pour lire sur ces sujets (que l'espace)?», a lancé l'ancien créateur de logiciels de Microsoft.

 

afp

23 février 2007

Un nid pour quoi faire, Olivier Cadiot

medium_Un_nid_cadiot.jpgL’histoire n’est pas si importante : un roi exilé avec sa cour à la montagne recrute un nouveau conseiller pour reconquérir le pouvoir. Tous les tics de notre société y passent joyeusement, du marketing au bouddhisme en passant par la psychologie et la démocratie participative. Mais l’essentiel est dans la forme, dans ces phrases descendues à fond de train, comme en ski. L’histoire est truffée d’expérimentations narratives, bribes poétiques, emprunts au théâtre qui construisent un texte hybride, 100 % pure littérature. Délectation intellectuelle garantie.

Un nid pour quoi faire, d’Olivier Cadiot (P.O.L)

KP

11:30 Publié dans Chroniques express | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : Cadiot

Mort du Professeur Zarifian

Il pensait qu’on substituait trop souvent la pilule à la parole. Le Professeur Edouard Zarifian est mort d’un cancer mardi 20 février, à l’âge de 65 ans.

Psychiatre, professeur de psychiatrie et de psychologie médicale au CHU de Caen, il s'est très vite distingué comme humaniste, et privilégiait un rapport humain vrai fondé sur la parole, et l’empathie dans l’approche des souffrances psychiques. Resteront ses livres, comme Jardiniers de la folie, Des paradis plein la tête, Le Prix du bien-être, La Force de guérir.

Dans l’un de ses derniers ouvrages, Le Goût de vivre, publié en 2005 par Odile Jacob chez qui il dirigeait une collection médicale, il dénonçait l’approche scientiste et autoritaire des neurosciences, domaine dans lequel il a longtemps cherché pour se tourner ensuite vers la psychanalyse et la connaissance de la psyché. Pour lui, psychisme et cerveau, chimie du corps et souffrances du sujet sont indissociablement liés. Cela peut sembler évident, mais cette position a été comme révolutionnaire dans le monde neuroscientifique et psychiatrique.

Edouard Zarifian s’est aussi fait connaître en étant l’un des premiers à stigmatiser la consommation excessive d’antidépresseurs en France :"Aujourd'hui encore, la nécessité de rénover l'expertise psychiatrique et la place de la France comme 1er consommateur européen de psychotropes, montrent à quel point les thèmes de réflexion du Professeur Zarifian demeurent d'actualité", note le communiqué du Ministère de la santé, publié hier (source AFP).

J’ai eu le plaisir de le recevoir dans un débat en mai 2006, au Salon du Livre de Caen. Ce bon vivant venait de publier un livre intitulé La Bulle de champagne (Perrin), dans lequel il rendait un hommage gourmand et esthétique au moine bénédictin Dom Perignon. Je garde de cet homme un souvenir lumineux, et pétillant.

Je termine cette note en lui laissant la parole, ce qu’il a lui-même fait avec tant de bienveillance dans sa pratique analytique.

 « Le besoin de croire est consubstantiel à l’être humain. Contrairement à ce que l’on imagine, le don et le partage ne sont pas des valeurs morales mais des nécessités pour vivre en société de manière harmonieuse. Si j’ai une foi, c’est la foi en l’être humain. Dans toute l’histoire de l’humanité, il y a toujours eu un homme qui, par son action, à permis de racheter les autres. Demain, il y en aura un ou plusieurs qui induiront le changement. Aujourd’hui, on peut modifier notre génome sans avoir aucune idée de ce que cela va produire. Sur notre magnifique planète Terre, on détruit de manière souvent irréversible l’environnement. Mais on peut penser qu’il y aura des prises de conscience. On a toujours tendance à envisager le temps à notre échelle humaine. Si on veut tout immédiatement, on sera déçu. Mais l’espoir, c’est l’avenir… » (source Alternative Santé )

22 février 2007

Mal de pierres de Milena Agus

medium_Agus.2.JPGDans la Sardaigne d’après guerre, on est considéré comme une vieille fille à trente ans, même quand on est soufflante de beauté. Pourquoi cette femme rebute-t-elle tant les hommes ? Il faudra attendre la fin du livre pour percer le mystère bouleversant de cette héroïne secrète et fantasque. Elle finira par se marier sans passion, et le roman d’une vie étrange de demi teintes commence, à travers le récit qu’elle fait grand-mère à sa petite fille. Court, serré, riche d’une émotion intense qui n’attend plus que son lecteur, ce Mal de Pierres est l’un des bijoux de la rentrée littéraire de janvier 2007.

Mal de Pierres, de Milena Agus (Liana Levi)

KP

 

21 février 2007

Fan fiction, c’est quoi ?

Puisque Harry c’est bientôt fini, il reste à ses fans la possibilité d’inventer des suites à son histoire. Pourquoi pas ? Le principe est en train de devenir un phénomène international, rien que ça, qu’on désigne sous le terme de « fan fiction ». C’est la dernière mode sur le web, de raconter des suites d’œuvres littéraires.

De Peter Pan au Journal de Bridget Jones, tout est permis. Un chapitre de l’histoire originale chiffonne ? Hop, on en propose un autre. Le site fanfiction.net recense ainsi plus de 280 000 variations d’Harry Potter… et près de 1400 des Misérables, quand même (source Livres Hebdo n°673).

Le principe suivi par les "fanfic" consiste à reprendre une histoire quelle que soit sa forme, série télé, film, roman ou manga. Et son élaboration tient compte des remarques effectuées par les internautes lecteurs ! De la vraie littérature collaborative.

Ca ne ressemblerait pas à des ateliers d’écriture, ça ? L’atelier d’écriture est un concept plutôt anglo-saxon, tendance américaine. La plupart des auteurs reconnus ou à succès y ont usé leurs fonds de culotte sans se sentir dépossédés de leur talent d’écrivain. En France, l’engouement est marginal option mépris ou deuxième zone, à peu près semblable à celui que suscitaient les lectures publiques il y a quelques années.
Aujourd’hui les lectures publiques ont conquis un large auditoire, grâce notamment au Marathon des mots de Toulouse qui en a pour de bon lancé la mode il y a trois ans. De belles perspectives s’ouvrent peut être pour l’atelier d’écriture qu’on ne s’attendait peut être pas à voir arriver sur le front du Net. Le succès s’évaluera, comme souvent, au nombre de grincheux qui y trouveront à redire. A suivre.

20 février 2007

"Je ne suis pas amoral", Joseph Connolly

Je ne suis pas immoral !

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Votre nouveau roman, L’Amour est étrange (Flammarion) raconte l’histoire d’une famille anglaise des années 50 à 90. Les hommes sont des pauvres types, pendant que les femmes se battent pour survivre. Est-ce votre regard sur la société contemporaine ?

Ce livre est effectivement une sorte de roman féministe. Clifford, le personnage principal, ne sait jamais où il en est. Il y a toujours une femme pour s’occuper de lui. Sa sœur, Annette, bataille pour s’en sortir et pour exister dans la société. C’est elle qui porte la famille à bout de bras et qui permettra à sa mère très effacée, démunie à la mort de son mari, d’épanouir sa véritable nature.

Vous n’êtes certes pas un écrivain moraliste, mais vous êtes allé loin dans ce livre : inceste, éloge de la prostitution, nonnes sadiques, prêtres libidineux…

Attention, ceci est un roman ! Je ne suis pas immoral, mais certains de mes personnages le sont, c’est vrai.

Votre livre est tout de même une charge contre la religion…

Personnellement, je n’ai rien contre aucune religion. Ce couvent catholique irlandais où se produisent tant de choses atroces existait encore il y a dix ans. Dans ces endroits, on a souvent commis le mal au nom du bien. Des gens qui représentent Dieu disent à des enfants, du haut de leur autorité, qu’ils font le Mal. Difficile de grandir avec ça, non ?

La famille est-elle le lieu privilégiée de la violence ?

C’est souvent  le cas, si l’on en croit les faits divers. Mais il y a aussi de la tendresse entre mes personnages : le père aime ses enfants, Clifford et Annette, même s’il ne sait pas le leur montrer de façon… saine.

Le monde est-il pour vous régi par les rapports de force ?

Une relation idéale entre êtres humains repose sur une entente mutuelle où l’on donne et l’on reçoit de façon équilibrée. Dans la réalité, il y a la plupart du temps un dominant et un dominé. Les forts ressentent la faiblesse des uns, et les faibles recherchent la force des dominants, c’est ainsi.

Propos recueillis par Karine Papillaud

Le livre

Une modeste famille anglaise des années 50, vérolée par les non-dits, la honte et la misère affective, glisse doucement dans une tragédie amorale. L’humour grince, la plume corrode, l’histoire tient en haleine. La réussite tient dans une maîtrise stylistique sophistiquée qui alterne et fond entre eux les monologues intérieurs des quatre héros.

21:30 Publié dans Interviews | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : Joseph Connolly

Harry Potter déjà chaud

Qu’on en finisse avec les élections, pour en arriver enfin à l’événement de l’année : la parution du septième et dernier tome d’Harry Potter ! JK l’a dit, c’est le der de der. L’auteure aurait rendu son dernier manuscrit, Harry Potter And The Deathly Hallows, le 11 janvier dernier. On parle du 21 juillet comme date de publication en Grande-Bretagne. Si cette date se confirme et comme peu de fans sauront attendre la publication française prévue en fin d’année, les professeurs d’anglais de notre beau pays auront le plaisir de constater que le niveau d’anglais de leurs élèves aura augmenté comme par magie à la rentrée prochaine. A moins que, façon bouquet final, le livre ne paraisse en sortie mondiale, comme un film a succès. Ce serait une belle chute, non ? Jean-François Ménard, le traducteur français, doit déjà être dans les starting blocks.

Avec ce septième tome, c’est une manne financière qui s’évanouit pour des éditeurs du monde entier (Gallimard en France). Joanne Kathleen Rowlings, de son côté, met un point final à une histoire qu’elle porte depuis 1990. Même si la fin a été quelque peu modifiée, elle en connaît les secrets depuis… 17 ans ! Il était lourd à porter ce gros bébé. Est-ce la raison pour laquelle elle a décidé de mettre à mort deux des personnages principaux dans cette toute fin ? Sadisme ou possessivité d’un écrivain dépassé par son succès ?

En attendant, le jeune Daniel Radcliffe qui interprète Harry Potter au cinéma, fait beaucoup parler de lui. Il apparaît en effet nu dans une pièce de théâtre, Equus, donnée à Londres. On peut voir ses fesses en photo sur le site de Fantasy, Elbakin.net. Mignon, mais sans conséquence sur le système hormonal d'une trentenaire (j'ai testé, si si). La plus belle insolence du jeune Daniel n’est pas de montrer ses fesses, mais de toucher un chèque astronomique, 50 millions de dollars, le 23 juillet prochain, jour de ses 18 ans(cinehoraire.ca et news.com.au). Ce sera l’ado le plus riche d’Angleterre. Une indiscrétion, il commencerait par se faire plaisir en achetant quelques toiles de maître. L’interview, toute chaude, est sur le Coin ensorcelé d’Harry Potter (ce site est une mine, je n'apprends rien aux fans). Enfin, pour ceux qui souhaiterait voir Daniel Radcliffe dans sa panoplie de sorcier nubile, trois photos exclusives de Harry Potter et l’Ordre du Phoenix viennent d’être mises en ligne sur le site de cinéma-france.com. Sortie annoncée : 11 juillet 2007.

16 février 2007

L'anglais pas pour les anglophones

Savez-vous que les anglophones, Anglais ou Américains de souche, sont d'emblée saqués aux concours d'entrée à l'éducation nationale (Capes, Agreg) ? Ce pur petit scandale, jubilatoire et franco-français est dénoncé dans un livre savoureux et passionnant écrit par une Américaine vivant en France depuis 20 ans, et qui a vécu  l'expérience de revenir à 40 ans passés sur les bancs de l'école. De la Sorbonne, précisément. Paris IV. La même fac que moi. Celle où les étudiants en barbour assorti au marbre des halls ancestraux, se voussoient, rien que ça.

Lisez Sorbonne Confidential de Laurel Zuckerman (Fayard). On s'en reparlera ici.

13 février 2007

L’Arlésienne

Que sont devenus les livres politiques que tout le monde attendait en fin d’année 2006 ? Je veux parler du fameux livre de Ségolène Royal, Désirs d’avenir et du énième signé par Jack Lang cette même année (par pitié, ne m’obligez pas à en faire le recensement et allez voir en librairie).

Vous n’en lirez aucun, même si certains catalogues de libraires, plus désespérés qu’optimistes, persistent à les annoncer pour le printemps.

L’abandon de candidature de Jack Lang a causé la mort de son projet littéraire (et la naissance de quelques soucis avec l’éditeur).

Quant à Ségolène Royal, on apprend que les deux livres qu’elle devait publier sont également abandonnés. Deux livres, car aux Désirs d’avenir s’était ajouté un abécédaire-portrait dessiné-écrit par Marie-Françoise Colombani du Elle.

Chausses-trappes, rebondissement, colères d’éditeur et revirements de tous bords : tous les détails de ces petites histoires fort croustillantes se trouvent dans les Rebuts de presse, le blog de mon confrère du Nouvel Obs, Didier Jacob.

Vous allez vous régaler, l’enquête est excellente.

08 février 2007

Le scoop fait flop

L'an dernier à peu près à la même époque, Franz-Olivier Giesbert cassait la baraque et pulvérisait les records de vente de livres toutes catégories confondues pendant plusieurs semaines avec son livre sur Chirac, la Tragédie du Président (Flammarion). Un livre passionnant qui, et ça n'engage que moi, ne violait en rien la sacro-sainte déontologie journalistique dont on parle beaucoup plus qu'on ne la médite réellement.
Cette année, Pierre Péan s'apprête à sortir "son" Chirac, après avoir "fait" son Mitterrand en 1994, où il mettait en lumière la jeunesse française du Président de l'époque sous l'Occupation. Enquête ou entartage, espèrons qu'il a consigné dans ce nouvel opus des révélations "révélantes" : il s'est tellement dit, écrit et filmé sur Chirac, ces derniers temps, qu'on ne s'attend plus à en apprendre beaucoup. Peut être même qu'on ne s'y intéresse plus tant que ça. Je tiens les chiffres de ventes à l'oeil, on fera le point dans deux ou trois semaines ici.  

Pour l'occasion, les éditions Fayard rejouent le coup de l'embargo le 14 février (on se souvient du brillant lancement de Houellebecq en septembre 2005, façon "la montagne accouche d'une souris, toute petite"). L'affaire est parfaitement expliquée par Pierre Assouline sur son blog dans une note datée 6 février, je vous y renvoie, je ne dirai pas mieux que lui ;-)

 

06 février 2007

Rencontre à Saint Germain

J’ai rencontré ce soir un écrivain passionnant dont je n’ai pas encore lu le livre. Ca arrive ! Il s’agit de Sylvie Aymard, l’auteur de Courir dans les bois sans désemparer (éditions Maurice Nadeau). Le titre, une merveille, tout un programme. Je dis « écrivain » parce qu’elle en a tous les symptômes, je vous confirmerai mon opinion après lecture, ce qui ne tardera pas.

Je confesse être passée à côté de ce livre sorti en septembre dernier dont on me dit les meilleures choses depuis quelques semaines. Des amies, une écrivain, une éditrice ; le principe du bouche à oreille. Et bing, je finis par rencontrer cette fameuse Sylvie Aymard le jour où les centres Leclerc lui décernent leur prix. Un Prix littéraire qui n’a rien de bidon et qui a du flair, même si ça sent le caddie.

Courir dans les bois sans désemparer (je ne m’en lasse pas) est un premier roman, écrit par une très jolie femme de 52 ans, passionnante, simple, profonde. Elle écrit depuis ses 15 ans, pour elle et ses proches, mais son métier officiel est guide-conférencière à Cluny, spécialisée dans l’art roman. Son dada, découvrir comment se construisent les gens. Elle est éditée par ce grand monsieur qu’est Maurice Nadeau, un éditeur mythique et éminemment respectable, amoureux des livres et découvreur de talents (on lui doit le premier Houellebecq, son meilleur), toujours aussi fringant et sagace du haut de ses 96 ans.

En route pour le livre.

 

01 février 2007

Les belges sont-ils tombés sur la tête ?

Branle-bas de combat dans les écoles belges : un texte écrit par un célèbre écrivain pour la jeunesse secoue actuellement le territoire de Wallonie jusqu’en Flandres. « Rédaction », l’une des nouvelles de Bernard Friot, qui fait partie d’un recueil désopilant destiné aux enfants, Encore des Histoires pressées, publiées chez Milan, est accusée de banaliser la violence. Elle raconte les bêtises qu’un petit garçon est obligé de mettre au point pendant ses week end, pour avoir de quoi raconter dans ses rédactions le lundi, et récolter de bonnes notes. C’est du Friot, donc du deuxième degré, et les mauvais coups en question ne manquent pas d’humour noir. (La maison d’édition m’a donné l’autorisation de produire le texte un peu plus bas dans cette note).

En soi, le texte ne pose pas de problème et n'a provoqué aucune polémique au moment de la sortie du livre.

Le « scandale » s’est déclenché depuis que le texte a été sélectionné, avec trois autres, pour le Grand Test de lecture organisé à l’échelle nationale par la commission du pilotage en Communauté française, qui concerne l’ensemble des écoles primaires belges francophones. L’affaire a éclaté la semaine dernière, le test a lieu cette semaine : 150 000 élèves sont actuellement soumis à ce test d'évaluation en lecture et en expression écrite. L'objectif est de mesurer les acquis de l'ensemble des élèves et de donner des indications aux enseignants sur l'efficacité de leur action. Martine Herphelin, la directrice de la commission du pilotage en Communauté française ne s'attendait pas à un tollé en la matière, entretenu notamment par la fédération de l'enseignement fondamental catholique ou le Conseil de l'enseignement des communes et des provinces qui estime que "les valeurs véhiculées dans les tests heurtent à juste titre directeurs et enseignants"(Source Libre Belgique).

Dans La Dernière heure, le journaliste Christian Carpentier a recueilli des réactions d’enseignants : "Ceci n'est pas un fait divers. Le Centre antipoison risque d'être débordé" , nous fait-on savoir. D'autres insistent : "Ce texte véhicule une image négative des enseignants, ainsi qu'une banalisation de la violence, du vandalisme, voire plus puisqu'on est récompensé en fonction de la gravité des faits. Peut-on proposer n'importe quoi aux élèves sous le couvert de l'humour ? Les enfants de 5e n'ont pas le recul suffisant pour analyser ce genre de texte au second degré (à supposer qu'il y en ait un)."

La ministre de l’enseignement a jugé le choix regrettable. Les enseignants ont été invités, par circulaire ministérielle, à faire précéder l'épreuve d'un petit avertissement aux enfants. Justement, les enfants dans tout ça ? Comme d’habitude, ils sont plus sages que les adultes et surtout plus réceptifs au second degré que leurs aînés. Rappelons juste que les contes de Grimm, Perrault ou Andersen, les histoires de la Comtesse de Ségur ou encore du merveilleux Roal Dahl sont d’une férocité et d’une cruauté redoutables et que ça n’a choqué personne jusque là.

En France, les livres de Bernard Friot figurent sur les listes de l’Education nationale. Pourvu qu’ils y restent…

medium_Encore.Histoires.jpg« Rédaction », Encore des histoires pressées, de Bernard Friot (ed Milan)

Tous les lundis, c’est pareil. On a rédaction. « Racontez votre dimanche ». C’est embêtant, parce que, chez moi, le dimanche, il ne se passe rien : on va chez mes grands-parents, on fait rien, on mange, on refait rien, on remange, et c’est fini. Quand j’ai raconté ça, la première fois, la maîtresse a marqué : « Insuffisant ». La deuxième fois, j’ai même eu un zéro.

Heureusement, un dimanche, ma mère s’est coupé le doigt en tranchant le gigot. Il y avait plein de sang sur la nappe. C’était dégoûtant. Le lendemain, j’ai tout raconté dans ma rédaction, et j’ai eu « Très bien ». J’avais compris : il fallait qu’il se passe quelque chose le dimanche. Alors la fois suivante, j’ai poussé ma sœur dans l’escalier. Il a fallu l’emmener à l’hôpital. J’ai eu 9/10 à ma rédac.
Après, j’ai mis de la poudre à laver dans la boîte de lait en poudre. Ca a très bien marché : mon père a failli mourir empoisonné. J’ai eu 9,5/10.
Mais 7/10 seulement le jour où j’ai détraqué la machine à laver et inondé l’appartement des voisins du dessous.
Dimanche dernier, j’ai eu une bonne idée pour ma rédaction. J’ai mis un pot de fleurs en équilibre sur le rebord de la fenêtre. Je me suis dit : « Avec un peu de chance, il tombera sur la tête d’un passant, et j’aurai quelque chose à raconter. »
C’est ce qui est arrivé. Le pot est tombé. J’ai entendu un grand cri mais, comme j’étais aux WC, je n’ai pas pu arriver à temps. J’ai juste vu qu’on transportait la victime (c’était une dame) chez le concierge. Après, l’ambulance est arrivée.
Ca n’a quand même servi à rien. On n’a pas fait la rédaction. Le lendemain, à l’école, on avait une remplaçante.
-Votre maîtresse est à l’hôpital, nous a-t-elle annoncé. Fracture du crâne.
Ca m’est égal. On a eu conjugaison à la place. La conjugaison, c’est plus facile que la rédaction. Il n’y a pas besoin d’inventer.
 
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