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01 février 2007

Les belges sont-ils tombés sur la tête ?

Branle-bas de combat dans les écoles belges : un texte écrit par un célèbre écrivain pour la jeunesse secoue actuellement le territoire de Wallonie jusqu’en Flandres. « Rédaction », l’une des nouvelles de Bernard Friot, qui fait partie d’un recueil désopilant destiné aux enfants, Encore des Histoires pressées, publiées chez Milan, est accusée de banaliser la violence. Elle raconte les bêtises qu’un petit garçon est obligé de mettre au point pendant ses week end, pour avoir de quoi raconter dans ses rédactions le lundi, et récolter de bonnes notes. C’est du Friot, donc du deuxième degré, et les mauvais coups en question ne manquent pas d’humour noir. (La maison d’édition m’a donné l’autorisation de produire le texte un peu plus bas dans cette note).

En soi, le texte ne pose pas de problème et n'a provoqué aucune polémique au moment de la sortie du livre.

Le « scandale » s’est déclenché depuis que le texte a été sélectionné, avec trois autres, pour le Grand Test de lecture organisé à l’échelle nationale par la commission du pilotage en Communauté française, qui concerne l’ensemble des écoles primaires belges francophones. L’affaire a éclaté la semaine dernière, le test a lieu cette semaine : 150 000 élèves sont actuellement soumis à ce test d'évaluation en lecture et en expression écrite. L'objectif est de mesurer les acquis de l'ensemble des élèves et de donner des indications aux enseignants sur l'efficacité de leur action. Martine Herphelin, la directrice de la commission du pilotage en Communauté française ne s'attendait pas à un tollé en la matière, entretenu notamment par la fédération de l'enseignement fondamental catholique ou le Conseil de l'enseignement des communes et des provinces qui estime que "les valeurs véhiculées dans les tests heurtent à juste titre directeurs et enseignants"(Source Libre Belgique).

Dans La Dernière heure, le journaliste Christian Carpentier a recueilli des réactions d’enseignants : "Ceci n'est pas un fait divers. Le Centre antipoison risque d'être débordé" , nous fait-on savoir. D'autres insistent : "Ce texte véhicule une image négative des enseignants, ainsi qu'une banalisation de la violence, du vandalisme, voire plus puisqu'on est récompensé en fonction de la gravité des faits. Peut-on proposer n'importe quoi aux élèves sous le couvert de l'humour ? Les enfants de 5e n'ont pas le recul suffisant pour analyser ce genre de texte au second degré (à supposer qu'il y en ait un)."

La ministre de l’enseignement a jugé le choix regrettable. Les enseignants ont été invités, par circulaire ministérielle, à faire précéder l'épreuve d'un petit avertissement aux enfants. Justement, les enfants dans tout ça ? Comme d’habitude, ils sont plus sages que les adultes et surtout plus réceptifs au second degré que leurs aînés. Rappelons juste que les contes de Grimm, Perrault ou Andersen, les histoires de la Comtesse de Ségur ou encore du merveilleux Roal Dahl sont d’une férocité et d’une cruauté redoutables et que ça n’a choqué personne jusque là.

En France, les livres de Bernard Friot figurent sur les listes de l’Education nationale. Pourvu qu’ils y restent…

medium_Encore.Histoires.jpg« Rédaction », Encore des histoires pressées, de Bernard Friot (ed Milan)

Tous les lundis, c’est pareil. On a rédaction. « Racontez votre dimanche ». C’est embêtant, parce que, chez moi, le dimanche, il ne se passe rien : on va chez mes grands-parents, on fait rien, on mange, on refait rien, on remange, et c’est fini. Quand j’ai raconté ça, la première fois, la maîtresse a marqué : « Insuffisant ». La deuxième fois, j’ai même eu un zéro.

Heureusement, un dimanche, ma mère s’est coupé le doigt en tranchant le gigot. Il y avait plein de sang sur la nappe. C’était dégoûtant. Le lendemain, j’ai tout raconté dans ma rédaction, et j’ai eu « Très bien ». J’avais compris : il fallait qu’il se passe quelque chose le dimanche. Alors la fois suivante, j’ai poussé ma sœur dans l’escalier. Il a fallu l’emmener à l’hôpital. J’ai eu 9/10 à ma rédac.
Après, j’ai mis de la poudre à laver dans la boîte de lait en poudre. Ca a très bien marché : mon père a failli mourir empoisonné. J’ai eu 9,5/10.
Mais 7/10 seulement le jour où j’ai détraqué la machine à laver et inondé l’appartement des voisins du dessous.
Dimanche dernier, j’ai eu une bonne idée pour ma rédaction. J’ai mis un pot de fleurs en équilibre sur le rebord de la fenêtre. Je me suis dit : « Avec un peu de chance, il tombera sur la tête d’un passant, et j’aurai quelque chose à raconter. »
C’est ce qui est arrivé. Le pot est tombé. J’ai entendu un grand cri mais, comme j’étais aux WC, je n’ai pas pu arriver à temps. J’ai juste vu qu’on transportait la victime (c’était une dame) chez le concierge. Après, l’ambulance est arrivée.
Ca n’a quand même servi à rien. On n’a pas fait la rédaction. Le lendemain, à l’école, on avait une remplaçante.
-Votre maîtresse est à l’hôpital, nous a-t-elle annoncé. Fracture du crâne.
Ca m’est égal. On a eu conjugaison à la place. La conjugaison, c’est plus facile que la rédaction. Il n’y a pas besoin d’inventer.

Commentaires

Ce texte est hilarant... Je suis bien d'accord avec vous, il faut que la ministre de l'Enseignement belge relise quelques oeuvres "Classiques". Vive Friot !

Écrit par : YR | 01 février 2007

Désopilant.

Ne nous moquons pas de nos amis Belges. En france ce sont les enseignants qui cirent les marches des escaliers pour que leur instit en chef se ramasse.

J'en redemande

Écrit par : michel | 03 février 2007

Dites-en plus, Michel, vous semblez avoir infos et recul sur un sujet passionnant...

Écrit par : kpapillaud | 05 février 2007

Les commentaires sont fermés.

 
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