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02 novembre 2006

Tous pourris ?

Que la houle est sévère dans la petite mer de l'édition française ! Un prix littéraire, le Femina, vient de virer l'une de ses membres, Madeleine Chapsal. C'est une première. Historique. régine Desforges lui a emboîté le pas, par solidarité de rouquine, peut être.

          Madeleine Chapsal aurait fauté en révélant dans son « Journal » l’arrière-cuisine du Prix dont elle était jurée. Ca ne se fait pas, Madeleine, on ne peut pas manger au ratelier des petits arrangements entre amis et à l’auge de la probité dans le même temps. Dommage qu’elle n’ait pas eu le temps de démissionner.

          Jacques Brenner non plus n’aura pas démissionné : il est mort. Ce juré Renaudot s’est éteint il y a cinq ans. Et c’est la semaine dernière que, fort opportunément quelques jours avant la remise du Goncourt et du Renaudot (6/11), Claude Durand, pdg du groupe Fayard, publie l’énorme Journal du monsieur aux éditions Pauvert. L’un de ces pavés (le tome V) s’appelle malicieusement (?) La Cuisine des prix, et concerne les années 1980-1993.

            Les amateurs du « tous pourris » vont connaître une béatitude absolue. On y apprend toutes les petites medium_photo2.JPGcombines, tractations, négociations, échanges de bons procédés qui tricotent les liens entre jurys, éditeurs, écrivains. On apprend aussi beaucoup de choses sur les chiens, un véritable essai d’éthologie canine. Mais ça, c’est moins intéressant. A peine moins triste, du reste, que toutes ces pages qui défigurent l’édition. L’angélisme n’est plus de mise : les candides sauront une bonne fois pour toutes, après avoir fini ce « journal », que l’édition est une industrie, un secteur économique et pas un bataillon d’idéalistes motivés par la littérature, la pensée, l’art et la beauté.
           Un dernier mot sur l’éditeur dudit brûlot, Claude Durand, un grand monsieur et un éditeur comme on n’en fait plus. Mais aussi un homme de pouvoir et d’orgueil qui enrage encore de ne pas avoir eu le Goncourt pour son Houellebecq l’an dernier.

          Et il a raison d'enrager, Claude Durand : systématiquement le Goncourt le boude, il est exclu du groupe Galligrasseuilalbin qui se partage les grands prix (à quelquesanecdotiques maisons d’éditions près). Alors puisqu’on l’a évincé des Prix, il rétorque au bazooka et n’en finit pas d’apaiser sa vindicte. C’est de bonne guerre. De bonne guéguerre, ai-je envie de corriger. Il ne s’agit pas (encore) d’affaires d’état et aucun éditeur n’a la bombe atomique en sa possession. On se calme.

          Je pars à Brive vendredi pour les 25 ans de la Foire et j’espère bien vous rapporter quelques perles post-brenneriennes et pré-goncouriennes. Il va de soi que le livre de Jacques Brenner n’intéressera personne, à part les cités et les acteurs du secteur du livre (j’en suis, pas vous !). Pas la peine donc de vous précipiter pour l’acheter, les journaux vous en sélectionneront les meilleurs extraits et les réactions les plus distinguées, à l’instar du Figaro littéraire et du Monde des Livres aujourd’hui.

      medium_photo1bis.JPG    Il faudrait créer un prix dont le jury serait UNIQUEMENT composé de journalistes QUI N’ECRIVENT PAS DE ROMANS. Et ça, ça n’existe pas. Si chacun daignait rester à sa place au lieu de pratiquer ce mélange des genres, gaiement et sans vergogne : j’écris, tu me publies, je le chronique, il me reçoit, il écrit, je le publie, tu le chroniques, etc.

          Comment tous ces hommes et ces femmes jurés peuvent-ils garantir une rigueur sans faille ? La plupart se côtoient depuis tant et tant d’années. Certains sont probes, évidemment. Mais la faiblesse est humaine et les tentations grandes (sonnantes et trébuchantes, dit-on aussi).

           Tous les ans on brandit la corruption des prix littéraires comme un petit chiffon rouge et en criant très fort. Et ça passe. En attendant, ça fait vendre les journaux (dans lesquels écrivent les écrivains ou les éditeurs qui… voir plus haut). Bon an, mal an, les éditeurs auront ourdi, œuvré, organisé les choses pour faire leur chiffre, malgré tout. C’est à cela que les prix littéraires servent, à renflouer les caisses. Pour se permettre de sortir des livres qui ne seront pas forcément des best sellers mais des œuvres littéraires de qualité. Ce doit être comme cela que les choses se passent in fine, n’est-ce pas ?

 

 

 

Commentaires

C'est pour ça que j'aime bien le Goncourt des lycéens, et que c'est le seul prix qui m'inspire confiance : les jurés changent tous les ans et n'attendent rien de personne.
Mon seul regret sur ce prix c'est que les ados ne soient pas libres de faire leur liste eux-mêmes.

Écrit par : Marilou | 03 novembre 2006

Bie vu, Marilou ! Les ados ne font pas les listes et c'est aussi une partie du problème. Mais c'est compliqué de faire une liste, lire des livres est un métier, je ne vais pas vous dire le contraire.
Les Prix ont toujours fait l'objet de tractations, les compromissions ne sont pas plus fréquentes ou outrées aujourd'hui, seulement plus évidentes : une plus grande transparence qui met à jour des pratiques anciennes. Et paradoxalement, le cynisme ambiant fait qu'on ne se formalise décidément de plus grand chose aujourd'hui.

Écrit par : kpapillaud | 05 novembre 2006

Mais ça se passe en classe, ce prix Goncourt. Alors il y aurait un moyen : que les profs établissent eux-mêmes une sorte de pré-liste. Ils peuvent bien lire chacun deux ou trois livres en août, quand même.
De ces pré-listes (avec des notes, les profs sont forts pour ça !) sortirait une liste de dix ou douze titres, les mieux notés.
Ce ne serait pas une sélection d'ados, mais au moins de profs indépendants par rapport aux éditeurs.
Enfin bon, là je rêve... Les éditeurs ne laisseront jamais s'établir loin de leurs grosses pattes avides ce genre de jury libre.
Mieux vaut se fier surtout au seul jury vraiment libre, souverain, et redoutable : le bouche à oreille.

Écrit par : Marilou | 05 novembre 2006

mademoiselle Papillaud va être contente pour Littell, d'autant plus qu'il n'était pas du tout favorit !

Écrit par : elodietoug | 06 novembre 2006

A Marilou
3-4 livres à lire pendant les vacances d'été ? ! Il en sort entre 600 et 700 dans une rentrée littéraire (sept-oct)... C'est un mé-tier, repérer les livres et les lire. Et puis, détail technique : combien d'épreuves (les pages reliées des livres avant leur impression définitive) les éditeurs devraient mettre à disposition des profs ? Et quels profs ? Et comment les rassembler, départager, trancher leurs choix ? Irréalisable. Et au fond c'est tant mieux car encore une fois, ce n'est pas le boulot des profs de faire les critiques littéraires.E t si on peut se le permettre avec les lycéens, ce qui représente déjà un travail colossal pour toute l'équipe de la Fnac et des participants, c'est parce qu'un énorme travail a été fait en amont dans le tri des livres. Rien ne sera jamais parfait !

Écrit par : kpapillaud | 06 novembre 2006

Wouah , je viens juste d'ouvrir ma boîte mailet que vois-je un message me signalant ton blog: article extra et photo sublime d'un pan de ta bibliothèque .... concernant l'article moi ça me paraît éminemment déprimant donc conclusion pour mes velléités de future écrivaine dans 10- 15 ans, je pense que je vais m'orienter vers la littérature harlequin mais genre mary higgins clark : un meurtre, une héroîne avec un passé difficile relaté au début (genre elle sort de prison) ou évoqué par flash back (traumatisme du meurtre de sa mère avec indices fournis au compte goutte), écriture digne d'un électro-encépahlogramme de coma niveau 4, et last but least deux hommes l'un blond, l'autre brun (ou rouquin, ou chauve) et final hallucinant : le meurtrier est celui avec lequel l'héroïne a couché et elle est sauvée in extremis par celui qui n'a pas réussi (mais qui couchera ,happy end oblige, avec elle quand la lectrice émue aux larmes aura refermé le livre)... histoire d'être bien sûre de n'avoir aucun prix littéraire non pas en raison d'arrangement entre amis mais grâce à un style inexistant et une histoire indigente.

Écrit par : celine | 15 novembre 2006

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