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17 septembre 2006

BHL, débat ?

On va parler de BHL et d'Onfray pour faire plaisir à Mathieu. J’ai rencontré les deux, j’ai lu les deux.

 

Ils sont de séduisants orateurs, des hommes charismatiques. L’un est né riche, l’autre s’est extirpé du prolétariat avec rage et huile de coude. Ils n’ont pas fréquenté les mêmes quartiers, ils n’ont pas les mêmes colères.

Prenons BHL, il faut bien commencer. Il est l’un des premiers philosophes médiatiques, tels que les années 70  les ont promus à travers des émissions de télé comme Apostrophes. Un homme qui pense et qui n’est pas un barbon, youpi, voilà le contexte où on l’a vu apparaître. L’homme agace. Il est nanti, vit à Saint Germain des Prés, a du pouvoir. Qu’il sorte un livre et c’est la curée. Je vous renvoie à la somme d’ouvrages écrits sur le « phénomène » BHL, l’ « industrie » BHL, la « BHL connexion ».

Mais restons en aux textes, et surtout à son dernier, American Vertigo. Qu’y lit-on ? Le voyage d’un Frenchie à travers les Etats-Unis. Il a rencontré Sharon Stone plutôt que la belle Sandy de nulle part. En voiture avec chauffeur. Ben on s’en doutait un peu, non ? Il reprend le motif du voyage de Tocqueville, l’argument est marketing et ne trompait personne. Et pourtant, il s’en est trouvé des pleureuses horrifiées en France, et quelques persifleurs goguenards outre-Atlantique ! Peut être parce que ce livre est un malentendu, tout simplement : il s’adressait en réalité à tout ceux qui n’ont pas de connaissances approfondies sur le sujet. Au bon peuple. Mais ça, ni les critiques, ni même l’auteur ne s’en sont aperçu, si je puis me permettre un avis personnel.

Il suffisait d’ailleurs d’écouter/lire BHL dans différents médias français pour connaître la substantifique moelle du livre et se passer de l’acheter. En deux mots, BHL dit que le peuple américain ne ressemble pas forcément à son président, et que, toujours, les Etats-Unis ont généré des « virus » auxquels ils ont toujours trouvé leurs propres anticorps, exemples à l’appui. Donc faisons leur confiance en les surveillant quand même du coin de l’œil. Une pensée positive sur les Amerloques, ça change, non ? Ben voilà. Pas si indigne, pas si crucial non plus.

 

Alors, quid du livre ? Les observateurs, journalistes et philosophes de tout poils n’y auront rien appris. Et c’est ce dont ils font état avec stupéfaction ! Attendaient-ils d’apprendre quelque chose d’un BHL qu’ils méprisent, taxent d’imposteur et vilipendent depuis trente ans ? Il faut croire que oui, tiens, tiens… L’homme énerve et tout texte signé de son nom est prétexte à aboiements. Il y aurait un effet miroir à BHL, une vindicte pulsionnelle.  Si BHL n'a rien à dire d'intéressant, pourquoi parler autant de lui ? S'il a tant de pouvoir, pourquoi contribuer à lui en donner encore plus ? Il nous parle de nous et de nos complexes, nos jalousies. Il y a l'argent, le sien, hérité de surcroît. On ne peut pas être intelligent, médiatique, séducteur et riche en France. Mais attention, je ne suis pas en train de défendre BHL, juste d'essayer de garder une neutralité d'analyse. Ce qui ne me demande pas d'effort particulier : je n'ai pas d'actions BHL, je ne suis pas germanopratine et n'ai aucun complexe à enfouir. Je suis de la génération d'après 68, n'ai donc pas de comptes idéologiques d'arrière garde à régler. Et je n'ai besoin d'épargner personne ou de renvoyer quelque ascenseur pour faire mon boulot correctement. Assez libre, la jeune fille, c'est dit.

On a donc beaucoup parlé du livre et il s’est fort bien vendu. Messieurs les détracteurs, croyez-vous avoir travaillé à ensevelir BHL sous le silence ? Si on veut réduire l’influence de quelqu’un, on commence par éviter de lui ouvrir tant de micros, non ? Chacun des lecteurs a pu se faire son propre avis, mais les euros étaient dépensés. Pour ma part, j’ai toujours préféré Platon, Spinoza, Kant et Nietzsche. Les « philosophes » d’aujourd’hui m’amusent un peu en exhibant leurs Bac+6 ou 8 comme un postulat de sagesse.

N’y a –t-il pas aujourd’hui des livres qui se prêtent à l’enthousiasme ? La critique, ou plutôt la « descente » comme on dit dans le jargon journalistique est si facile. Alors on préfère les livres qui suscitent l'indignation parce qu’on a alors l’impression de penser en disant non. Ca nous ramène à l’âge de 3 ans, où le « non » est une façon de se sentir devenir un individu en s’opposant aux parents. Ca redémarre à l’adolescence. Tous les parents témoigneront de ce passage douloureusement chiant pour toute la famille. La société actuelle (ou ceux qui la disent) se comporte comme un ado. Ou alors comme une très vieille dame indigne, à bout de pensée, mais pas à court de plaintes. Tout ça, bien sûr pour se sentir exister. Enquiquiner tout son monde est l’un des moyens assurés de se sentir exister. Et à peu de frais : on geint, on critique, mais on n’est responsable de rien : c’est le monde qui tourne mal, pas moi. Et tout est tellement beau à travers le prisme du souvenir : « C’était mieux avant ».

Je reprends une autre note pour Onfray un peu plus tard, j’ai écrit un peu long pour une lecture verticale. A plus tard, Mathieu !

12 septembre 2006

Zakouski

Bon alors j'essaie de progresser dans la gestion de ce blog. J'ai inséré une petite photo de Moix dans la dernière note, histoire de faire ma futée. A la demande quasi générale, je vous copie-colle la petite chronique que j'ai écrite sur son livre et on passera ensuite à autre chose. La voici :

Et moi et Moix

Yann Moix a 13 ans quand François Mitterrand est élu président. Il raconte une enfance humiliée, consolée par son admiration pour des grands hommes qu’il égrène dans un Panthéon très personnel. Inventions verbales et ruptures syntaxiques sont mises à profit d’un texte qui mélange anecdotes, jeux d’esprits et réflexion distanciée sur l’époque. En filigrane, la solitude, la sincérité et une lucidité sévère font le terreau d’aphorismes savoureux. Dans ce dernier volet de sa « Trilogie du monde moderne », Moix ne se laisse pas aller au salmigondis d’idées tel que dans Podium. Le plaisir de lire Panthéon est réel.

Panthéon, Yann Moix (Grasset)

Voilà, c'est fait. Je me suis absentée un bon moment parce que j'errais fantôme sur le site. Maintenant, ma page est de retour et pour de bon, Jamal est aux commandes.

 

Elodie, pardon, mais je ne peux rien pour votre prof de droit. Rendez-lui des copies brillantes, émaillées d'aphorismes tonitruants que vous attribuerez... voyons... à tel ou tel auteur contemporain faussement moderne, bêtement choquant ou totalement ringard puisqu'il semble aimer ce genre. Quant à Angot, son livre est à côté de moi, là. Au moins, elle sourit sur la couverture. C'est peut être un bon cru, cela reste Angot. Chacun son truc. Reste à savoir s'il y a encore un public nombreux qui a envie de lire ces / ses livres. Je vous tiendrai au courant des ventes, promis.

medium_Saint_Malo.3.JPG

(... La photo, C'est Saint-Malo, juste pour faire beau).

Il faut absolument parler ici de Littell, j’en serine tout le monde depuis un mois. Mille choses à en dire et vous pouvez aussi bien commencer.  Je le rencontre aussi le 22 septembre prochain et c'est promis, je débriefe. Il vient d'entrer sur la première liste du Goncourt, malgré ses 900 et quelques pages.

 Parlons-en de cette première liste : y figurent Stéphane Audeguy, Antoine Audouard, Christophe Bataille, Jean-Eric Boulin, Alain Fleischer, Nancy Huston, Gilles Lapouge, Camille Laurens, Jonathan Littell, Léonora Miano, Amélie Nothomb (eh oui !), Olivier et Patrick Poivre d’Arvor, Michel Schneider et François Vallejo. Pas vraiment des perdreaux de l’année, mise à part la jeune Camerounaise Léonora Miano dont j’ouvre le livre cette semaine. On note que Gallimard, Grasset et Albin Michel, "Galligralbin" pour les initiés, totalisent la moitié des 14 livres sélectionnés.

Et la liste a été ouverte aux « petits » éditeurs Viviane Hamy, Stock et POL, avec beaucoup d’urbanité et de modernisme, n’oublions pas que le jury compte « quand même » deux petits jeunes, les sémillants Bernard Pivot et Didier Decoin, de vrais amoureux de la littérature ces deux-là et c’est déjà ça.  Pour l’heure, rien n’est joué, les deuxième et troisième sélections interviennent les 3 et 23 octobre prochain, pour un verdict attendu le 6 novembre.

N’oublions pas que la première liste sert à faire plaisir d’une part aux jurés et à leurs coups de cœur personnels, d’autre part aux amis qu’on n’osera pas froisser dès le début de septembre. Après, il faudra être plus raisonnable. Chaque juré a lu une cinquantaine de livres cet été. Ensemble, ils ont essayé de couvrir le plus largement possible l’éventail de la production « goncourable », c’est à dire le Galligralseuil.

Gallimard totalise quatre candidats (Audeguy, Audouard, Littell, Poivre d’Arvor), c’est le concurrent le mieux placé. Derrière lui, ex aequo, Albin Michel (Amélie Nothomb, Gilles Lapouge) et Grasset (Bataille, Schneider). Grasset ne joue pas pour de vrai : l’éditeur a vu son Weyergans récompensé l’an dernier. Simple hommage, donc, à Christophe Bataille, édité et éditeur chez Grasset qui livre un petit ouvrage amusant sur l’histoire de sa maison d’édition. Réservé aux happy few. Michel Schneider vaut le détour avec son Marylin, dernières séances. Dommage que ce soit pour du beurre, comme on a dit.

Pour résumer, à moins de choisir parmi les éditeurs outsiders, comme ce fut le cas il y a deux ans avec Laurent Gaudé et Actes Sud, Gallimard est donné favori. Après il y a la qualité des livres et les grandes manœuvres des éditeurs. Evitons le cynisme facile, la première sélection du Goncourt est une bonne liste, faite de bons livres. Pour la majorité. Question de goûts, aussi bien.

Pendant l’errance de mon blog dans les limbes de sa conception balbutiante, j’ai assisté aux premiers cocktails de la rentrée : la Fnac, puis Virgin donnaient leurs prix. Je n’en ai rien raconté. Je sais, c’est vache. En fait, c’était comme une rentrée scolaire, sans l’odeur des cartables neufs mais avec des coupettes de champagne (en vrai verre) : Il y avait les auteurs, les patrons de presse, en forme, les attachées de presse et les journalistes, et les immanquables pique-assiettes, les hirondelles, rendus plus affamés encore par la trêve estivale. Il y avait ceux qu’on a trouvé plaisir à revoir, ceux qu’on a essayé de ne pas voir, ceux aussi à qui on s’est contenté de faire des sourires, et puis les copains. Nous étions tous bronzés, coupes de cheveux rafraîchies, à l’exception de Frédéric Beigbeder qui avait troqué son teint de jeune fille contre une petite barbe très seyante. L’air du retour au taf se respirait à pleins poumons, effet septembre. Devant l’entrée gardée de la Fnac Montparnasse, des petits groupes s’agglutinaient, tout le monde se balançait d’un pied sur l’autre avant de pouvoir entrer.

Heureusement, les parents n’étaient pas venus.

01:25 Publié dans Coulisses | Lien permanent | Commentaires (8)

 
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