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25 août 2006

De Jacques Lanzmann à Yann Moix

medium_Moix.3.JPGBigre, Elodie a une sacrée mémoire pour se souvenir aussi bien des rencontres du salon littéraire de Caen. Je suis impressionnée. Et gauchère aussi, bien vu ! Quant à Jacques Lanzmann, il était tout sauf gâteux. S’il semblait à côté de la plaque durant le débat, c’est qu’il n’entendait strictement rien des questions que je lui posais. Son sonotone interférait avec le micro. Et puis Janine Boissard l’insupportait. Il m’a confié avoir pris un malin plaisir à la contredire systématiquement. Un drôle de malicieux, bien vert malgré ses moustaches blanches.

Mais revenons à la rentrée littéraire. Première vraie surprise, j’ai aimé le dernier Yann Moix, Panthéon (Grasset). Je vous renvoie au pitch de la chronique qui paraît lundi dans 20 Minutes. J’ai pu finir le livre, sans que la lecture me devienne pénible à partir de la page 60. Ce qui justement n’avait pas été le cas pour ses deux précédents. J’ai donc commencé le texte avec une petite appréhension : la malédiction de la page 60 allait-elle frapper de nouveau ? Vérification dans Panthéon : sur la page fatidique, François Mitterrand tripote des bonbons collants au fond de sa poche et l’auteur cite son copain Benoît Poelvoorde (c’est le côté midinette de l’auteur qui déborde un peu).

On peut continuer. Moix a trouvé une forme en adéquation avec son style dissipé : des séquences courtes, un travail sur la phrase, la langue, sa voix d’écrivain est posée. Et puis le sujet est familier au lecteur, un trentenaire, qui partage avec l’auteur les souvenirs d’une époque politique vécue en culottes courtes. L’enfance du narrateur ne se prête pourtant pas à la nostalgie, orléanaise, maltraitée, solitaire. Il a les mots justes pour la décrire, raviver la morsure des torgnioles et s’en détacher d’un « même pas mal » un peu faraud. Le rire est froid, la carence affective palpable et l’échappée dans l’imaginaire, peuplé de ses grands hommes, est touchante.

L’écrivain Yann Moix a du talent et un univers, c’est indéniable. L’homme, lui, pèche par opportunisme : il travaillerait à l’adaptation cinématographique de son texte. Je ne suis peut être pas assez moderne, mais ce systématisme affiché, qui consiste à sortir le livre et le film à partir d’une même idée m’agace. Yann Moix a-t-il fait ses classes chez Walt Disney qui décline chacune de ses nouvelles histoires en une série de produits dérivés, du DVD à la cuillère à potage ? L’écrivain fait un croc en jambe à son œuvre : c’est lui-même qu’il décline d’un support à l’autre, Moix version livre, Moix version film. A quand le porte-clef vendu avec le livre ? C’est presque dommage de n’y avoir pas pensé pour ce roman-ci :  imaginons un petit Panthéon en plastique dur, pas plus gros qu’un dé, pendouillant au bout de sa chaînette. Ravissant. Succès garanti à l’export.

La prochaine fois, vous parler de Jonathan Littell qui signe le livre le plus impressionnant de la rentrée.

20 août 2006

Drôle d’année pour une rentrée littéraire

C'est parti pour la rentrée littéraire 2006 ! La France n'a pas encore rangé son p'tit bikini que les livres d'automne arrivent déjà sur les tables des libraires. C'est un petit peu comme le catalogue de La Redoute ou les collections de prêt à porter : ils arrivent toujours trop tôt et filent le bourdon aux estivants. De quoi sera faite cette rentrée ? Pas de gros noms pour les prix donc rien de joué, aucun kador sinon les habitués, et surtout, surtout, beaucoup de livres politiques qui s’ajoutent à l’habituel déferlement de romans. C'est malheureusement le fait le plus saillant de cette fin d'août littéraire.

Quelles seront les stratégies de ceux qu’on pourrait appeler les « Peopolitiques » pour convaincre les Monsieur-tout-le-monde que nous sommes d’acheter, et cher, des livres prévisibles. Révéler des pensées politiques personnelles, inédites, profondes ? Faire comme si le sort de la France ne dépendait plus que d’un homme providentiel ? Raconter sa recette de cake aux légumes ?

De tout cela, il ne sera question dans ce blog. J’ai mis assez longtemps à l’ouvrir, me demandant ce que je pourrais bien y raconter. Je vous ferai part des commérages de cocktail, puisque le critique littéraire parisien est un champion de la bouchée-tiède-foie-gras-abricoté diluée à grandes rasades de coupettes de champagne. Et puis ce blog sera bien le lieu privilégié des livres et des lecteurs. Ca tombe bien, la rentrée littéraire s’y prête à merveille, avec des bons romans bien léchés, des idées, des sorties de nombril réussies pour les écrivains, et du style, des pépites à découvrir et des bouquins qui peuvent changer la vie.

Alors plutôt que de s’emparer du dernier Jack Lang qui publie cette année plus frénétiquement que la collection Harlequin, il nous reste les romans qui disent plus sur le monde qui nous entoure qu’un essai politique. Essayez, vous verrez. A condition d’en lire plus d’un. Sur ce, je déblogue et retourne aux pages du livre dont je parlerai bientôt ici.

 

 Karine Papillaud

19:40 Publié dans Coulisses | Lien permanent | Commentaires (7)

 
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